Le Centre International des Arts en mouvement fait son cirque

26/09/17 par  |  publié dans : A la une, Cirque, Festival | Tags : , ,

Le CIAM fait son cirque, cinquième édition

Oh temps oh mœurs !

Il n’aura échappé à personne que le temps de la culture populaire est obsolète, elle recule devant la culture populiste. Celle qui éveille les esprits perd chaque jour du terrain contre celle de l’esthétique de magazine et du rire gras, le Festival d’Avignon en témoigne. Pendant ce temps là, en France, un nouveau théâtre ferme chaque mois sans déchaîner de passion. Avoir provisoirement échappé au pire ce n’est déjà pas rien, mais la victoire n’en est pas moins amère. Bientôt on introduira des publicités dans le spectacle vivant pour le financer, la radio et la télévision publique l’ont déjà fait depuis des lustres.

Du cirque

Étrange façon d’introduire un festival de cirque, d’autant que l’équipe du CIAM se bat bec et ongles et résiste à la morosité, malgré les coupes sombres dans le budget. Elles se traduisent par le déséquilibre entre grandes formes et petites compagnies : un artiste seul en scène, même excellent, coûte beaucoup moins cher que les britanniques hilarants de Gandini, les indépassables XY ou les canadiens virtuoses de Casus. Nos édiles n’en sont que plus lyriques, au « Vive le cirque ! Vive Aix-en-Provence ! Vive la République ! Vive la France ! » De l’inauguration, (Sic), il ne manquait que vive l’Olympe et vive Jupiter, le Grand Réformateur à la Grande Hache.

Patrimoine

L’un des coup de génie du CIAM est d’avoir investi les Journées du patrimoine, invitant à la rencontre les amateurs de vieilles pierres et ceux du spectacle vivant, comme « Phasmes » de Fanny Soriano sous la pleine lumière de l’hôpital Caroline sur l’île Ratonneau, ou l’ombre mystique de l’Abbaye de Sylvacane, églises ou vieux châteaux, place de village ou Fondation Vasarely. Un spectacle vivant, gratuit, dans des lieux parfois accessibles deux jours par an seulement, le public ne s’y est pas trompé. Ceux qui croient que le « populaire » ne s’intéresse pas à la culture devraient fréquenter le MuCEM le premier dimanche du mois, il est gratuit et on y fait des queues interminables.

 

Cabaret

Sauf si c’est votre premier, avouons le, le cabaret c’est toujours un peu la même chose, une succession de numéros traditionnels sans lien entre eux. Certes brillants, mais on s’en lasse. Créer un cabaret équestre dans le grand Magic Mirror est une grande idée, jouée à guichet fermé. C’est encore du cirque traditionnel, mais la puissance de ces chevaux magnifiques -pony indiens arabes ou percherons- ne laisse personne indifférent. On ne peut échapper à l’imagerie somptueuse des saltimbanques de la période bleue de Picasso ou aux réminiscences de Toulouse-Lautrec avec les belles écuyères, allongées ou à genoux sur la bête, debout ou en apesanteur, ou encore dirigeant à la baguette et à la voix des animaux libres de toute entrave. C’est beau, et on ne s’en lasse pas.

 

 

On retiendra en particulier le « paysage » -Landscape- de la Compagnie La Migration, inventeurs d’un dispositif de fil d’acier à deux étages animé par de grandes roues en mouvement perpétuel, des fildeféristes sur deux niveaux superposés, avec une musique vivante en direct et un récit d’exil. C’est le génie du cirque contemporain, l’excellence de la technique s’efface au service de la création d’un univers singulier, un récit de théâtre ou le cirque devient prétexte à un théâtre d’images et de conte.

Pardon à ceux que le temps n’a pas permis de découvrir, copier le dossier de presse est toujours un exercice possible mais artificiel. Allez les voir sur le site du Festival, il est tout à fait explicite.
Une petite année, d’autant plus méritante que le spectacle vivant a mangé son pain blanc.

Jean Barak

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