Phasmes et fantasmes au Théâtre du Merlan

16/02/17 par  |  publié dans : A la une, Cirque | Tags : , , , , ,

Le Théâtre du Merlan fait son cirque

En partenariat avec Archaos, organisateur de la Biennale Internationale des Arts du Cirque, le Théâtre du Merlan proposait deux spectacles ces 1er et 2 février 2017.
Deux petites formes intimistes en opposition aux grandes formations, ce qui ne signifie sûrement pas des spectacles au rabais. Dans le nouveau cirque tout est possible, Ils peuvent être quinze ou seul en scène, très spécialisés, en jonglage comme les Gandini’s ou en acrobaties comme les XY, ou encore décliner toutes les disciplines du cirque. Le champ est si vaste qu’il peut aussi bien intégrer la danse, la musique, le chant ou le théâtre. Comme dans la danse contemporaine, passé les frontières il n’y a plus de limites, ni à la création, ni au métissage.

Clément Dazin

« Bruit de couloir » aborde une question délicate dont on aimerait oublier la réalité : le coma et les images troublantes que rapportent ceux qui en reviennent. Un long couloir de lumière dans la ténèbre, une traversée au ralenti, trois boules blanches qui tournent sans cesse entre ses mains et sa poitrine. Il jongle, mais rate, encore et encore, il recommence, tombe, tombe, et tombe encore. Un fois ou deux il réussit a atteindre la septième balle, mais ça paraît une pure illusion. Il pourrait presque se passer de jongler pour développer son univers singulier mais il a adopté cette discipline, alors il s’en sert.
C’est un spectacle original, différent de ce à quoi on s’attend ou de ce qu’on aurait fait si on avait su jongler. « Tout ce qu’il a fait j’aurais pu le faire! » maugrée un jeune garçon présomptueux, habitué à des séries télévisées où un plan séquence ne doit pas dépasser dix secondes. « Trop lent ? » lui demande sa mère, « De folie ! » s’exclame-t-il.
Comme le reste, et plus que jamais, la lenteur s’apprend.

 

Phasmes

Nous avons vu « Hêtre » de Fanny Soriano, le solo qu’elle a créé, repris en 2016 par la jeune Kamma. Formée à l’acrobatie, à la danse contact et aux performances, elle s’irrite si on lui parle de catégories. Peu importe la ou les disciplines qu’on emprunte, seul compte l’univers qu’on crée, la poésie qui s’en dégage et les rêveries auxquelles renvoient ses images. Si les techniques sont ici remarquablement maîtrisées, l’élégance suprême c’est quand elles ne se voient pas, quand l’exploit paraît simple et naturel. « Tout ce qu’il a fait… »
Le phasme est un insecte étrange qui imite les plantes qu’il habite, camouflage idéal contre les prédateurs ou pour approcher ses propres proies. L’étrange animal se révèle être androgyne, comme dans le mythe d’Ovide il est double, on ne sait quelle divinité jalouse ou courroucée le sépare en deux parties, une masculine et une féminine, bien que nettement inégales : il est deux fois plus grand qu’elle. On n’en tirera pas d’enseignement hâtif, si ce n’est que la tradition veut que le porteur soit athlétique et la voltigeuse légère. Quoique. On a découvert les filles porteuses de Circa, capables de porter seule toute la troupe sans effort apparent.
Toujours est-il que, depuis, chaque moitié cherche son autre. Mais refaire de l’un quand on est devenu deux ne va pas de soi. Ça paraît même impossible, alors il faut faire avec, apprendre à s’articuler, s’entraider, compter avec l’autre et s’appuyer sur lui.
Ce sont des acrobates et ce sont des danseurs, les deux font de l’un, d’ailleurs on trouve Mathilde Monfreux à la collaboration artistique, acrobate danseuse et performeuse, il n’y a pas de hasard.
De la belle ouvrage.

Jean Barak

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