L'Opéra Garnier a été construit par Charles Garnier entre 1860 et 1875. L'histoire mouvementée de sa réalisation, son architecture imposante ainsi que la richesse de ses décors en font à la fois un théâtre et un musée mondialement connu.
Tout, du sol au plafond, de l'extérieur au moindre recoin, fait parti d'un ensemble décoratif mis au service de l'opéra. Le spectateur se voit presque assourdi sous la profusion des pièces et du décor. Vous comprendrez donc qu'il est impossible de tout détailler, mais essayons de comprendre les lieux principaux de cet édifice.
Il était une fois un opéra
En 1860, l'empereur Napoléon III décide de créer une salle de spectacle ayant pour but de devenir le nouveau lieu d'apparat de la haute société parisienne. Un concours est alors lancé entre les architectes du pays pour choisir celui qui remportera cette commande. Charles Garnier (1825 – 1898), jeune architecte peu expérimenté, en fut proclamé le vainqueur par unanimité, supplantant alors les plus illustres de ses confrères.
Les travaux débutent en 1861 mais doivent vite s'arrêter car ils ont atteint le niveau de la nappe phréatique : premier obstacle à surmonter. Et ce ne fut pas le seul... Cela continuera durant les quinze ans de la construction, les contretemps s'enchaînant constamment : restrictions budgétaires, démolitions alentours, guerres et même changement de république.
Mais Charles Garnier surmonta tout et réussi à terminer le bâtiment en 1875. Même si son commanditaire n'aura jamais profité de cet opéra, Garnier a offert à la ville de Paris un lieu unique, temple de l'art lyrique et chorégraphique.
Merci monsieur Garnier !

Jean Léon Gérôme, Portrait de Charles Garnier, huile sur toile, 1867, Bibliothèque-musée de l'Opéra Garnier
Hep toi là-bas !
Voilà ce que nous dit la façade de l'Opéra, non pas avec des mots mais avec un jeu subtil de symboles. Il est vrai que de loin, grâce à la grande grande avenue dégagée devant le monument, l'architecture attire notre œil et nous incite à nous approcher. Une fois devant, les nombreuses sculptures ornant la façade avertissent le piéton : ici, nous célébrons les arts. La présence d'Apollon brandissant une lyre, du drame lyrique, de la danse, du chant, et de tant d'autres allégories des arts nous donnent, en effet, le ton.
Les matières exceptionnelles, marbres et ors, achèvent de proclamer le monde de luxe et de plaisir dans lequel va entrer le spectateur. Ce dernier est alors conquis et ne demande qu'à aller découvrir l'intérieur.
Pari gagné pour Charles Garnier !

Jean-Baptiste Carpeaux, La Danse, marbre.
On ne sait plus où donner de la tête...
Une fois le seuil franchi, le spectateur est quasiment pris en charge par le décor luxuriant, guide inconscient mais omniprésent.
Un exemple : quatre personnages nous accueillent dans un hall au dallage de marbres polychromes. Il s'agit de quatre sculptures des représentants majeurs de la musique : Rameau ou la Musique française, Lulli ou la Musique italienne, Gluck ou la musique allemande et Haendel ou la Musique anglaise. Ils symbolisent toute la musique reconnue, à cette époque, dans le monde civilisé.

Edouard Detaille, Inauguration de l'Opéra de Paris, le 5 janvier 1875, gouache sur papier, 1878, Musées de Versailles et de Trianon
Puis vient le grand escalier, cœur de ce théâtre, monument dans le monument et croisée des chemins qu'emprunte le public. Sa hauteur exceptionnelle est voulue car elle exerce un rôle psychologique inconscient sur les spectateurs. Instinctivement, une personne qui se trouve dans un espace haut va lever les yeux et ressent alors un sentiment de sécurité, de grandiose. Ce sentiment est d'autant plus vrai lorsque le regard atteint le plafond et tombe sur toute l'Olympe peinte au travers de ses dieux les plus célèbres : Apollon, Orphée, Minerve, etc.

Isidore Pils, détail du Triomphe d'Apollon, plafond du grand escalier.
Des paliers et des loges, rappelant un théâtre, ornent cet élément d'architecture pour permettre aux arrivants de contempler les nouveaux venus et de se donner soi-même en spectacle ; vanité tant appréciée par la bourgeoisie parisienne.
Quel génie monsieur Garnier !
Luxe, calme et volupté
Nous voici arrivés au centre même du sujet, la salle et la scène, parties sûrement les plus difficiles à réaliser. Charles Garnier le résume d'ailleurs bien : il faut là non seulement tâcher de faire de l'art, mais il faut surtout tâcher de faire de la science, et de la science la plus difficile de toutes, de la science sans exactitude et pleine d'imprévu ! Il faut penser à l'acoustique, bien que cela soit un peu dérisoire ; il faut penser à l'optique, à l'éclairage, au chauffage, à la ventilation ; il faut penser à la facilité des entrées et à celle des sorties, à la division des places, à des constructions difficiles, à des cloisons mouvantes, enfin à mille choses, toutes sont importantes, mais toutes se combattant et formant antagonisme.
Au premier regard, nous trouvons du marbre, du bois, du velours et beaucoup d'or. Pourtant un matériau majeur manque : le fer. Et oui, la salle de l'Opéra est faite toute en fer et recouverte d'un habillage en maçonnerie subtilement ornée de feuilles d'or. Utilisant des techniques de construction et un matériau en plein essor à ce moment, Charles Garnier réussi à trouver des solutions à des contraintes de poids, de surface et d'ouverture.
Le rouge du velours est également une nouveauté au sein d'une salle de spectacle. Ordinairement blanche, l'artiste voulait que la couleur flatte les spectatrices, elles-mêmes en représentation. Ainsi, il opta pour un rouge aux reflets rosés donnant sur le visage et les épaules plus de jeunesse et d'éclat.
Il fallait y penser…

Vue d'ensemble de la salle de l'Opéra Garnier.
Un intrus à l'opéra
Le plafond d'origine de la salle a été peint par Eugène Lenepveu et représentait Le Triomphe de la Beauté, charmée par la Musique, au milieu des Muses et des Heures du jour et de la nuit.

Eugène Lenepveu, maquette du plafond peint de la salle de l'Opéra, huile sur toile, 1872, Musée d'Orsay.
Aujourd'hui, il n'a pas été détruit mais il est simplement masqué par celui de Marc Chagall. André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, décide en 1960 de donner un nouveau plafond à l'Opéra. Geste médiatique ou politique, on ne connaît rien des raisons d'une telle commande. Quoi qu'il en soit, il faut avouer que ce plafond moderne a remis l'Opéra Garnier à la mode en lui insufflant de la nouveauté et de la jeunesse.
Chagall respectera l'iconographie voulue par Garnier en continuant le « panthéon » des compositeurs illustres de tous les temps. Ainsi, quatorze musiciens d'opéra et de ballet ornent ce plafond.

Marc Chagall, le plafond de la salle de l'Opéra Garnier, 1964
Pour la petite histoire, Marc Chagall refusa d'être payé et l'État ne combla que les frais de réalisation matérielle. Voici ce qu'il dit lors de l'inauguration : J'ai travaillé de tout mon cœur et j'offre ce travail en don, en reconnaissance à la France et à son École de Paris, sans lesquelles il n'y aurait ni couleur ni liberté.
Quelle générosité monsieur Chagall !
Je pourrais encore écrire plusieurs pages sur cet ensemble architectural somptueux tant le lieu est grand et le décor foisonnant. Mais je pense qu'il faut vous laisser maintenant le soin d'aller le découvrir ou le redécouvrir en vous imaginant au XIXe siècle. Laissez-vous emporter dans un autre monde par les matériaux, les sculptures, les peintures, les lampadaires, etc. Pour ceux qui ne peuvent se rendre à la capitale, je vous conseille d'utiliser la magie d'Internet en allant visiter le site officiel de l'Opéra. Vous pourrez ainsi vous offrir une balade virtuelle au sein de ce lieu prodigieux.
Pour connaître les détails techniques sur l'Opéra ainsi que la programmation : http://www.operadeparis.fr
Pour en savoir un peu plus sur le décor : L'Opéra de Charles Garnier, Gérard Fontaine, Editions du Patrimoine, Paris, 2004.
Marie
Commentaires
Par Dolly, le 01-06-2007 à 22:27
Et dire que certains affirme que Berçy c'est le top du top lol merci marie !!
Par Soleil, le 24-11-2008 à 16:01
J'ai trouvé l'article fort intéressant; vous avez mis en relief des artistes qui ont collaboré avec Charles Garnier : Pils, Baudry, Carpeaux
Par Jaio, le 01-02-2010 à 15:02
Je croix que depuis cette rosace de Chagall, la France a enterré le sens de la beauté e de sa culture et il vaut mieux ne pas en faire une ode.


