Andreja : le hasard d’un regard

01/02/11 par  |  publié dans : Artistes, Arts | Tags :

”Le choix de l’image, du bref instant volé au mouvement, voilà le mystère de la photographie”
J’ai rencontré Andreja par hasard sur un chat. Immédiatement, bien que son prénom suggérât l’ambiguïté, j’ai su qu’elle était femme. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment, une sensibilité au monde plus aiguë, une vérité immédiate, une manière de s’exprimer vive et précise.
Nous fîmes donc connaissance, elle était slovène et s’intéressait à beaucoup de choses mais surtout à la photographie et avant de me quitter elle me transmit l’adresse du site web où elle exposait ses photos tout en me précisant qu’elle n’était qu’amateur.
Je n’ai, pour ma part, aucun goût particulier pour l’art photographique. J’appréhende le cliché sans connaissance de la technique sous-jacente. Mon regard s’arrête devant une image que je juge belle et souvent il s’agit d’un premier regard.
Jadis, je fréquentais les festivals de photos, Perpignan, Arles et c’est d’ailleurs dans cette dernière ville que j’avais entendu Michel Tournier s’insurger contre la vente libre des appareils photos au prétexte que cet art était dévoyé, dans la mesure où chacun pouvait y accéder et qu’en somme la beauté était pervertie par la quantité !
Cette prise de position de Tournier me trottait dans la tête : pourquoi refuser à la multitude l’accès à une technique ? Notre univers est constitué d’une telle profusion d’images, fixes ou mouvantes, qu’il devient incompréhensible si l’on n’apprend pas à voir.
Alors le choix de l’image, du bref instant volé au mouvement, voilà le mystère de la photographie. Je me suis alors interrogé sur la sélection de l’image, pourquoi un cliché s’imprègne t-il dans le cerveau comme la lumière dans la chambre noire ? Pourquoi l’instant devient-il éternité comme le regard de cette femme parmi tant de regards sur les murs de briques des rencontres photos de Perpignan. Un regard surgit de l’extrême douleur, celle de la mère séparée de son enfant qui vient de naître et qu’elle a vendu, vaincu par trop de misère. Ce sont toutes ces sensations déjà anciennes qui ont resurgi de ma mémoire alors que je visionnais les 502 photographies du site d’Andreja. D’abord, virevoltant de cliché en cliché, mes yeux apprenaient à voir et soudain ils s’arrêtèrent sur un cliché très particulier.

Photo extraite de l’album : hamradio meeting in Friedrichafen 2009 par Andreja.

Une photo étrange, un amas d’appareils numériques savamment empilés qui formaient comme une pyramide. Cette photo avait été certainement prise dans une solderie ou autre foire à la brocante ? Tout à coup, ce cliché éclairait de façon particulière l’ensemble des autres, à mon sens un chef d’œuvre de l’instantané, une vanité photographique comparable aux vanités du XVIIeme, chef d’œuvre de la dérision qui resituait l’ensemble des autres photos dans leur dérision et leur évanescence… Un bref instant, j’ai cru approcher le mystère du talent. Et voilà : par cette seule photo, Andreja, qui ignore certainement tout de Tournier, répondait à ses élucubrations et le renvoyait à son presbytère arlésien.
Alors j’ai revisité le site d’Andreja, 502 photos, il y a du déchet certes, mais tant de clichés où flâne le regard, flowers and trees, Slovenia… Instants volés à l’éternité, des ciels, des saisons, des arbres et des fleurs qui disent la poésie du monde et sa vanité…
Voilà à découvrir ce talent, mais il y a déjà beaucoup trop de mots, là où il ne faut que poser le regard.
Rendez-vous sur le site d’Andreja et laissez vous porter par les merveilleux nuages, là-bas, là-bas…

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2 commentaires

    Anaê  | 10/02/11 à 15 h 21 min

  • Dear Chris

    I read all your text, I really liked.
    I would like to read more than you have written.
    Sorry, but did not understand part of the e-mail because it’s all in French.
    and sorry for my English too.
    I really enjoyed your writing, I’m finishing my dissertation about dragons and I want you to read it too.

    Take care

    Thank you.

  • Anita Manull  | 28/02/11 à 10 h 57 min

  • She is a really soul photograph, but it’s just good. No burst of emotions for me, just good, no super.

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