Arles à nu

15/05/18 par  |  publié dans : A la une, Arts, Expos, Festival, Photographies | Tags : , , , , , , ,

L’édition 2018 du Festival International de la photographie de Nu a vécu, bientôt 2019…

Manon et Sarah enthousiastes devant l’exposition d’Alain Rivière-Lecoeur

A tout seigneur tout honneur: il avait impressionné le public avec ses “Chairs de Terre”, sculptures vivantes en argile à fleur de peau, oeuvre monumentale dont la mise en oeuvre digne des travaux d’Hercule se laisse totalement oublier devant la beauté et l’originalité du résultat, troublant et émouvant.

Il revient avec “Chair de Pierre”, creusant le même sillon dans la terre glaise, ses personnages lovés dans des anfractuosités de rochers de la forêt de Fontainebleau. On ne peut s’empêcher d’évoquer les métamorphoses d’Ovide, mais nombre de visiteurs y retrouvent les êtres pétrifiés de Pompéi. C’est le début d’une série plébiscitée par les passants, ce qui le conforte dans sa démarche dont il doutait encore, il est bien le seul. Après la terre et la pierre, on attend l’air l’eau et le feu. Pour le feu ce sera plus difficile.

 

Alain Rivière-Lecoeur

Dans cet écrin précieux de la Chapelle Sainte-Anne on peut voir, juste à côté et en majesté, les dernières œuvres de Bruno Rédares, fondateur de la manifestation en 2000, dix huit ans déjà. Des modèles sublimes dans des paysages sublimes au cœur des Cyclades, des images absolument parfaites, peut-être un peu statiques, quand paradoxalement les pétrifications de son voisin respirent le mouvement en devenir.

Juste à côté Giuseppe Leone ne cache pas sa référence à Robert Doisneau et au néoréalisme italien, d’une grande beauté classique. Léa Lund n’a qu’un seul modèle, EricK., mis en scène dans une multitude de décors avec son invraisemblable prestance de “sapeur” quelque peu insolite, voire incongrue.

Espace Van Gogh

A l’Espace Van Gogh on retiendra les œuvres de Didier Gillis, en regard de celles de Justine Darmon: lui, révèle les corps, elle, les nimbe d’obscurité. La photographie est là comme une peinture intimiste, le noir et blanc accuse l’abstraction.  Jean-Michel Rousvoal y présente ses vanités à la précision picturale digne des maîtres du XVIIème siècles. Thibault Duchier photographie une chambre d’hôtel anonyme, des personnages attendent comme dans un tableau de Hooper, tout est créé artificiellement en studio mais le résultat est d’une réalité saisissante.

Inventée par des peintres, entre la photographie -“Servante idéale de la peinture” selon Charles Baudelaire- et la peinture, le dialogue n’a jamais cessé. 

Didier Gillis

Le nu au féminin

Justine Darmon

Jean-Michel Rousvoal

 

Pour être aussi juste que possible il faudrait faire plusieurs visites, prendre le temps de revenir sur ses pas, de faire d’autres trajets, de critiquer ses propres sensations, de remettre en cause ses propres choix esthétiques, être spectateur s’apprend aussi.

Programmation

Nous ne parlerons pas des nus de Florences Gruère, les heures d’ouvertures des Docks étant des plus fantaisistes et les amateurs fort contrariés, frustrés d’être passés plusieurs fois pour rien. Quand ça veut pas ça veut pas, dommage pour elle, à lire son propos elle ne le méritait pas.

Souvent, dans un festival de photographies, on s’interroge sur l’opportunité de certains choix. On a pu y voir jadis du trivial et du vulgaire, du malsain et du pervers. Ce n’est plus le cas depuis quelques temps, on ne s’en plaindra pas, mais la diversité y a beaucoup perdu. Reste encore ici ou là le banal et l’inutile, mais qui peut en juger et de quelle place? Transformer un femme en salami pendu au plafond afin d’être plus aisément violentée pourrait heurter aujourd’hui le public européen, après “me too” et “balance ton porc” c’est moins bien porté. Pourtant les maîtres du bondage et du shibari sont des demi-Dieux au Japon. Que les mateurs et les amateurs se rassurent, il suffit  de taper shibari sur google pour apercevoir des images glaçantes dont vous n’imaginiez pas qu’elles fussent possible.

O tempora o mores…

Tel critique priera à genou devant une image sublime dont vous n’auriez surtout pas voulu, même si on vous l’offrait. Il en est ainsi de l’art depuis la révolution Duchamp, “c’est le regardeur qui crée l’oeuvre”, ouvrant à toutes les audaces et à tous les canulars, comme le mythique peintre Levantin Aliboron, qui a produit les plus grands chefs-d’œuvres du mouvement Dada. Si l’oeuvre ne vous plait pas, c’est que vous n’avez pas de talent. Vanitas vanitatum, omnia vanitas… Vanité des vanités, tout est vanité dit ecclésiaste.

Pourtant, même avec des moyens plus réduits, le Festival International de la Photographie de Nu vaut encore le déplacement.

Jean Barak

 

Installations monumentales de Bruno Fournier

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

4 commentaires

    Riviere  | 15/05/18 à 16 h 41 min

  • encore merci pour l’article
    comment le partager sur FB ou autres
    merci

  • envrak  | 16/05/18 à 12 h 04 min

  • Ben…en copiant le lien de l’article et en le collant où on veut…

  • ROBIN  | 16/05/18 à 12 h 19 min

  • Tu as l’oeil Et le style Jean. Merci
    Faire les grandes expos m’epuise mais ton compte rendu était, comme toujours, très intéressant.
    Tu parles très bien des œuvres des autres …

  • Justine Darmon  | 12/09/18 à 10 h 37 min

  • Merci pour ce super article que je viens de découvrir par hasard!
    Justine

Laisser un commentaire