Arles nue

03/06/19 par  |  publié dans : A la une, Arts, Expos, Festival, Photographies | Tags : ,

Un Festival de photos de nu à Arles, dix neuf fois!

Olga Caldas

C’était du 4 au 12 mai 2019, plus de quarante artistes internationaux et autant d’expositions de photographies de nu, dans tous les styles, pour sa dix neuvième édition, en Arles.

Pour la première fois à l’affiche, un nu masculin pudique, dans l’air du temps. Initiés par Bruno Rédarès et Bernard Miniez, le festival draine aujourd’hui 15 000 visiteurs de toute l’Europe, une manne pour la ville, avant celle du Festival International de la Photographie, de juillet à septembre. Une innovation cette année: la chapelle Sainte Anne est entièrement dédiée aux femmes photographes.

Olga Caldas

Idées reçues

De quoi tordre le cou aux idées reçues, selon lesquelles la photo de nu est un truc de vieux vicelards pour mater des femmes à poil, ou pour les transformer en salamis ficelés, pendus au plafond, selon cet “art” “mythique” japonais, le kinbaku-bi. Ce n’est pas toujours vrai. D’ailleurs, Sade n’était pas Japonais, Roger Vaillant non plus, de plus ils consommaient. On ne s’étonne plus de rencontrer un public mixte, quasi paritaire, le nu est sorti du ghetto sexiste. Paradoxalement, les femmes nues d’Olga Caldas n’ont pas de visage puisque ce sont des auto-portraits. Pascale Lander peint ses modèles et les photographie, entre peinture corporelle et photo réaliste, croisant les techniques et les approches.

Pascale Lander

Maréva Druilhe joue de l’illusion de la caméra oscura qu’utilisaient les peintres de la renaissance, dans une superposition d’images projetées sur les murs, dans la pénombre, sur un corps abstrait. Ariane Clément photographie des personnes très âgées, avec pudeur et respect, recherchant la beauté là où celle du corps a passé.

Ariane Clément

Au Palais de l’Archevêché on trouve un “minotaure” qui n’avoue pas son nom, coquetterie ou prudence, poursuivi comme il l’est par l’obsession du sexe ouvert de la femme. Où il apparaît que dévoilé, le mystère s’épaissit. L’image du travesti gynoïde au sexe d’homme et à la poitrine de femme ne fait qu’augmenter la confusion, c’est dans l’air du temps. Images baroques ou sadiennes, c’est aussi ça, la photographie, la mise en scène de ses fantasmes archaïques. Et la chirurgie sur Photoshop fait des miracles.

Le minotaure

Bien plus pudiques, les enveloppements de Corti Luciano évoquent autant la momie que les grands brûlés, ou les enveloppements psychiatriques, la souffrance, la beauté et la jeunesse en plus.

Corti Luciano Délirium

On s’étonnera du beau travail de Jean-Claude Sanchez, à la recherche de Frida Kahlo: la belle comédienne ne pose pas nue. On a trouvé des nus aux rencontres internationales de juillet, pourquoi pas des textiles dans un festival de nus? La frontière est-elle aussi naturelle qu’il y parait? Pierre sage ne l’est pas tant que ça, qui met en scène des bars louches avec hôtesses accortes, il nous fait partager son petit cinéma intérieur dans une ambiance glauque de lanterne rouge.

Pierre Sage

A l’Espace Van Gogh vous croiserez les nus très épurés de Lucas Izzo inspirés de Mondrian…

Luca Izzo

…les constructions de Christian Coite, danseur puis acteur avant d’être photographe, un univers plasticien qui joue de montages signifiants, entre cinéma d’animation et bande dessinée.

Christian Coite

et bien entendu ceux de Bruno Redares à l’Atelier de l’Image, le fondateur du Festival.

Tout décrire serait fastidieux et ne remplace pas une visite, l’année prochaine est la vingtième, une date anniversaire. Prévoyez une grosse journée, voire deux. Attention, le dernier jour, certains décrochent bien avant l’heure de fermeture. Le Festival, c’est aussi l’occasion de nombreuses rencontres et de stages, il y avait et il y aura du grain à moudre.

A suivre donc.

Jean Barak

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