Bettie Page : Independent woman

06/07/11 par  |  publié dans : Artistes, Arts | Tags : ,

Encore un peu de “cheese cake”*  ?

Le vintage est à la mode plus que jamais. Que ce soit dans l’habillement, la décoration ou le spectacle, le monde entier semble nostalgique d’un certain american way of life de l’après guerre: marché de la mode vintage, shows burlesques, et pin up opèrent un revival du genre remarqué depuis quelques années, avec en tête d’affiche Dita Von Teese.
Mais dans les années 40/50, elles ressemblaient à quoi les demoiselles que les GI et autres camionneurs punaisaient au mur ?
Fraîches, jamais trop dénudées, un air de jeunes filles de bonne famille qui découvraient leurs jambes en souriant parfois timidement dans des situations de la vie courante, telles des Martine est à la plage, Martine promène son chien ou encore Martine enfile ses bas. On les aurait croquées avec autant de gourmandise qu’un appétissant cheese cake. De vraies-fausses coquines peintes ou photographiées (d’où la naissance du Pin-up art) qui faisaient vendre les magazines (Titter, Esquire, Eyefull…), la presse écrite et leurs calendriers à des milliers d’exemplaires élevant ces jeunes femmes au grade de fantasme masculin (et féminin) à l’échelle planétaire.

Gil Elvgren, l’un des illustrateurs les plus connus de l’époque, définissait la Pin up parfaite comme ayant : “le visage d’une adolescente de 15 ans et le corps d’une femme de 20, un front haut, un cou de cygne, des yeux bien écartés, de petites oreilles, un nez espiègle,une chevelure luxuriante, des seins généreux mais pas trop, de jolies jambes, de belles mains, une taille de guèpe et enfin une grace et un port naturels”.

Les modèles parfaits ne courraient pas les rues, et même si les photographes avaient leurs petits trucs pour magnifier les midinettes (comme les faire poser systématiquement les pieds tendus en pointe pour allonger leurs jambes), il était de coutume de prendre le modèle en photo puis de le repeindre retouchant ainsi allègrement une poitrine trop prononcée, l’ovale d’un visage ou la finesse de leur hanche.
Parmi ces modèles, quelques pépites ne nécessitant aucune retouche: Marlène Dietrich, Norma Jean Baker (future Marilyn Monroe) et…

… BETTIE PAGE, The queen

Brune aux yeux bleus, un teint naturellement parfait, un sourire enjôleur et une plastique à faire baver. Betty Page était la cerise sur le cheesecake. Mais qu’avait-elle de plus que toutes ces starlettes minaudant devant les objectifs?
Et bien la Bettie, c’était une sacrée nana. Loin des standards habituels de la jeune fille posée, elle véhiculait une image de femme libre. Plusieurs mariages, plusieurs divorces. Une vie personnelle mouvementée qu’elle ne laissait pas transparaître sur ses clichés. Hormis son charisme évident, elle avait le “truc en plus” : une aisance naturelle à poser. Une liberté totale avec son corps qu’elle assumait entièrement et une intelligence dans le mouvement qui donnait à ses pauses et à son port une grâce un brin sexy, jamais vulgaire.
C’est en 1950 que Jerry Tibbs, un photographe amateur, la découvre alors qu’elle se promène à Coney Island. Il lui réalise son premier book de pin up et l’aide à se construire une image…

“[Jerry Tibbs was] the one who got me wearing bangs. For years I had my hair parted down the middle in a ponytail, tucked down around the sides. But he said to me, ‘Bettie, you’ve got a very high forehead. I think you’d look good if you cut some bangs to cover it.’ Well, I went and cut the bangs, and I’ve been wearing them ever since. They say it’s my trademark.” **  Bettie Page

 

Toute fraîche et enthousiaste qu’elle est, Tibbs l’entraîne dans des “camera clubs” où quelques photographes paient des modèles pour qu’elles posent nues. Bettie accepte, elle cartonne, la nudité ne lui fait pas peur, et c’est le début du succès. S’en suivront des séances photos pour les plus grands magazines : Wink, Flirt, Beauty Parade, Eyeful… Et très rapidement on la retrouvera partout sous le format cartes postales, calendriers, et sur les couvertures des romans à l’eau de rose. Bettie Page fait vendre, et ils seront nombreux à vouloir jouir de son image gentiment aguichante.

Une pin-up un brin trash

Repérée dans les revues, Bettie rencontre alors Irving Klaw qui cherche des modèles acceptant de poser ligotées et bâillonnées pour satisfaire une nouvelle demande penchant vers l’érotisme, c’est le “dérapage”.

“The only person I did bondage for was Irving Klaw and his sister Paula. Usually they would shoot four or five models every Saturday. He wouldn’t pay for the regular pictures unless we did some bondage. So I did bondage shots to get paid for the other photos.” *** Bettie Page

S’adonnant au bondage, elle franchit un cap. Les photos ou vidéos sur lesquelles elle apparaît n’ont rien de bien trash, mais imaginez un peu à l’époque ! Klaw est accusé de pornographie pour des images aux poses suggestives qui restent somme toute plutôt soft. Pas d’homme (ni de sexe en érection, donc); les images les plus osées : deux femmes légèrement vêtues mimant des pratiques érotico-saphiques (sans attouchement), histoire de satisfaire l’appétit des mâles en mal d’exotisme. Peu de photographies entièrement nues, et si c’est le cas, pas de poses qui pourraient être jugées vulgaires (de nos jours). Pour l’Amérique puritaine, c’est un poil too much, pour ne pas dire un scandale. L’icône érotique était née.

 

*** Les seules personnes pour qui j’ai fait du bondage étaient Irving Klaw et sa soeur Paula. D’habitude, ils auraient photographié 4 ou 5 modèles en un samedi. Il n’aurait pas payé pour des photos normales à moins que nous en fassions avec du bondage. Alors j’ai fait une scéance de bondage pour payer les autres photos.”

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