Biennale de Lyon: dégustons La Sucrière

01/12/09 par  |  publié dans : Arts, Expos | Tags : , , , , , , ,

La Sucrière prend ses aises sur les bords de la Saône, à Lyon. Rien que le nom fait saliver, et la vue de ses deux silos extérieurs, épais et ronds, annonce une dégustation gourmande. Ancienne usine à sucre (sans blague !), La Sucrière fut aménagée en espace d’exposition en 2003 – transformer des bâtiments industriels en lieux culturels, c’est tendance et c’est pratique, puisque les anciens entrepôts et autres gares de marchandises désaffectées ne manquent pas sur le territoire français. Ici, ce sont 7000 km2 consacrés à l’art contemporain, au cœur de la 10e Biennale qui anime Lyon jusqu’au 3 janvier prochain. Ou plutôt de la « Xe », puisque les X ont envahi la ville depuis début septembre. X, X, X, sur les abribus et les panneaux publicitaires. Excitant, non ?

L’art a grignoté toute La Sucrière, y compris sa façade. L’artiste Rigo 23 a ainsi orné les silos de deux immenses inscriptions, « Gauche » et « Droite », pléonastiques ou arbitraires, selon le point de vue. On est prévenu : il s’agit ici de détourner et d’interroger la fonction des objets, ce qui se donne au regard comme allant de soi. Ainsi, les Event Glasses et les Chair Event de Georges Brecht, qui émaillent les trois niveaux de La Sucrière : les premiers sont de discrets morceaux de verre sur lesquels « Event » est gravé ; les Chair, quant à elles, associent sans lien logique une chaise et un objet. « L’événement compte plus que la chaise », expliquait l’artiste, issu du mouvement Fluxus. Pas besoin de maîtriser l’art contemporain pour se laisser saisir par la question ancienne, récurrente, de ce qui constitue une œuvre d’art.

Le petit, voire l’invisible, comme les Event Glasses de Brecht, côtoie l’imposant, à La Sucrière. Il y a cette installation géante de Sarah Sze, qui évoque à la fois la fragilité et la solidité. Des objets usagés s’assemblent pour composer un tout, un monde à soi, l’explosion d’un imaginaire minutieux. La bulle de Sze s’examine dans son unité et en détails, comme un terrain de jeux dans lequel on brûlerait de se glisser. A la fin de la Biennale, ce Portable Planetarium sera démonté, ses matériaux réutilisés pour une autre création.

Le mouvement, discret, léger, est incessant, comme celui de l’installation de Shilpa Gupta. Sauf que chez l’artiste indienne, le bruit agace, le déplacement dérange. Elle a installé pour la Biennale une grille qui s’ouvre et se referme selon un rythme ininterrompu, venant frapper un mur de plâtre qu’elle détruit peu à peu. Grincement, frappement, silence, grincement, frappement… Contrairement à la « vie normale », cette fois, il n’y a personne pour fermer la porte et mettre fin aux sons parasitaires. Non seulement on contemple le désagrément et l’incomplétude (Shilpa Gupta n’expose qu’une demi-grille), mais on les supporte contre son gré, tandis que les bruits agressifs résonnent dans La Sucrière. La Biennale a classé cette œuvre dans la thématique « La magie des choses », aussi floue et ouverte (fourre-tout ?) que les autres formules choisies pour ordonner les expositions : « Vivons ensemble », « Un autre monde est possible », « L’Eloge de la dérive ».

Mais on se fiche bien des formules, finalement, lorsqu’on pénètre dans les Cabanes d’Agnès Varda, au deuxième étage de La Sucrière. La cinéaste et plasticienne, veuve de Jacques Demy, prête à la Biennale ses Cabane de plage, Cabane aux portraits et Cabane de cinéma. Cette dernière se compose des pellicules de son film Les créatures, bel échec à sa sortie en salles en 1966. Les visages minuscules de Michel Piccoli et Catherine Deneuve forment les murs et la toiture de la maisonnette. On entre dans le film au sens propre ; aujourd’hui, j’ai vu Les créatures, ça m’a plu ! D’un geste ludique et enfantin, Agnès Varda mêle les disciplines et crée des refuges dans le refuge, des intérieurs dans l’intérieur de La Sucrière.

La Biennale de Lyon n’est pas « d’art contemporain », elle est juste Biennale, ce qui illustre combien elle est pensée loin des qualificatifs réducteurs. Si l’exposition du Musée d’Art contemporain est d’un accès moins évident pour les non initiés, celle de La Sucrière s’offre, et s’apprécie, plus facilement.

La Xe Biennale, jusqu’au 3 janvier 2010, à Lyon. www.biennaledelyon.com

Photos: Sylvie.

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