Dada ? C’est quoi ?

01/05/07 par  |  publié dans : Arts

Dada ? Mais c’est quoi ?

La révolution est en marche

Dada… signe de ralliement, mot-étendard qui rassemble derrière lui une génération d’artistes lassés des drapeaux. A la source de la naissance de Dada, la première Guerre Mondiale, un homme et une légende largement alimentée postérieurement. Nous sommes à Zürich en 1915, îlot de paix dans une Europe déchirée par le tout premier conflit mondial, un poète, un Roumain : Tristan Tzara, horrifié par les ravages de la guerre et par son absurdité, ainsi que plein d’espoir pour un renouveau de l’art, entraîne avec lui nombre d’autres artistes. Ils se réunissent au Cabaret Voltaire et échangent leurs idées et idéaux pour finir par créer le mouvement Dada. Un courant artistique qui compte bien en découdre avec les « -ismes » et révolutionner le monde de l’art en proposant quelque chose de radicalement différent. Un souffle de modernité et d’irrévérence se répand sur la Suisse, puis sur toute l’Europe, franchissant même l’Atlantique. Les responsables d’un tel prosélytisme ? Une jeunesse européenne décidée à montrer et démontrer la réelle signification de l’avant-garde : Hugo Ball, Jean Arp, Richard Huelsenbeck, Marcel Janco ou encore Sophie Taeuber. Ils sont écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, photographes… et profondément dadaïstes.

Affiche Dada au Japon

Dada… un nom comme ça, ça ne s’invente pas !

Quoique… Une véritable légende est née autour de la création de ce nom. Il apparaît la toute première fois dans la revue d’Hugo Ball, Cabaret Voltaire, du nom de leur Flore à eux si vous avez bien suivi. C’est au sujet de cette trouvaille vocabulairesque que les sources divergent. Pour le poète Huelsenbeck, Dada a été trouvé au hasard par Hugo Ball qui cherchait un pseudonyme pour une chanteuse de cabaret dans un dictionnaire franco-allemand. Pour Marcel Janco au contraire c’est Tristan Tzara qui en est à l’origine. En effet celui-ci l’aurait trouvé, au hasard toujours, dans un dictionnaire Larousse en cherchant pour le nouveau mouvement artistique et sa revue un mot qui soit approprié aux sonorités de toutes les langues. Cette version est corroborée par un poème de Tzara, « maison flake » écrit en 1920 :
“Arc distendu de mon coeur machine à écrire pour les étoiles
qui t’a dit = écume hachée de prodigieuses tristesses-horloge
t’offre un mot qu’on ne trouve pas dans le larousse
et veut atteindre ta hauteur.”

Photo de Man Ray de la joyeuse bande dadaïste

Tristan Tzara, la pierre d’angle du mouvement

Ce jeune poète a 19 ans lorsqu’il décide de quitter sa Roumanie natale pour poursuivre ses études à Zurich. Son vrai nom est Samuel Rosenstock, il est né le 16 avril 1896 dans une famille assez bourgeoise et privilégiée dans le pays pauvre qu’est la Roumanie à cette époque, son père étant exploitant dans le pétrole. Il commence sa vie littéraire au lycée. A 16 ans, il est fortement impressionné par le symbolisme et, sous le pseudonyme de Samyro, il commence à écrire. Ses influences se remarquent aisément dans ses premiers poèmes très inspirés du symbolisme, d’ailleurs Tzara les reniera par la suite. Cependant il montre déjà son esprit pratique en montant une revue avec certains de ses amis, dont le fidèle Marcel Janco, Simbolul. Mais, à partir de 1913, le jeune poète s’affirme et ses écrits s’affranchissent de l’imitation. C’est à cette date qu’il trouve son pseudonyme de Tristan Tzara, Tristan étant un prénom prestigieux auprès des symbolistes car étant issu de l’opéra de Wagner, et Tzara signifiant « terre » en roumain. En 1915, Tristan Tzara rejoint son ami Marcel Janco à Zurich pour y suivre des études de philosophie mais le désoeuvrement s’installe progressivement et Tzara s’ennuie. Au cours d’une de ces soirées, Janco rencontre Hugo Ball. Ensemble, ils imaginent la création d’un cabaret littéraire. Tzara n’est pas long à convaincre et Le Cabaret Voltaire, « centre de divertissements artistiques », voit bientôt le jour. Le succès est immédiat, une ambiance de douce folie règne dans ce cabaret où la scène est un véritable autel au renouveau de l’art : déclamations de poésie, danses, musique africaine… Il faut refuser du monde à l’entrée et faire attention aux débordements ! Tzara s’affirme bien vite comme l’éminence grise du mouvement naissant et Huelsenbeck le compare même à un barbare du plus haut niveau mental et esthétique, un génie sans scrupules. Ses capacités d’organisation se révèlent tant pour la programmation du Cabaret que pour l’écriture de la revue du même nom ou que pour la publication du Manifeste.

Photo de Tristan Tzara

1918 : Dada se manifeste

Il est temps pour Tzara d’officialiser le mouvement : celui-ci prend de plus en plus d’ampleur et les soirées au Cabaret Voltaire ne désemplissent pas. Le noyau originel de Dada est désormais au complet, chacun apportant sa spécificité : peinture, collage, photographie, poésie. Ils mêlent leurs arts pour donner au mouvement toute son originalité. Ainsi, les poèmes s’apparentent à des collages de mots les uns à la suite des autres ou se font sonores avec une recherche très poussée de la musicalité, celle-ci prennant complétement le pas sur le sens. Mais Dada c’est aussi des thèmes qui reviennent sans cesse, comme la modernité et le progrès, symbolisés par l’irruption de machines et d’assemblages mécaniques dans les tableaux. Dada, c’est encore le triomphe de l’abstraction, la forme qui s’impose face au sens premier ou plutôt le concept qui s’impose face à tout. Dans ses poèmes, la joyeuse bande souhaite revenir “à l’alchimie la plus intime du mot, et même la dépasser pour préserver à la poésie son domaine le plus sacré”.
Juillet 1918 est donc la date clé du mouvement, la date de la lecture du Manifeste Dada. Ce texte traduit pleinement l’impétuosité et l’irrévérence profonde contenue dans le dadaïsme, il s’agit d’un véritable cri de vie, d’espoir et d’illusion de la jeunesse.
Extrait : “Croyance absolue indiscutable dans chaque dieu produit immédiat de la spontanéité : DADA ; saut élégant et sans préjudice d’une harmonie à l’autre sphère (…) Liberté : DADA DADA DADA, hurlements des douleurs crispées, entrelacement des contraires et de toutes les contradictions, des grotesques, des inconséquences : LA VIE.”
Ce manifeste connaît un retentissement immédiat et mondial qui conduit Dada à s’internationaliser : Picabia les rejoint à Zurich tandis que Breton les appelle de Paris.

Affiche du Manifeste, 1918

La Diaspora dadaïste

Vers 1920, Dada devient un pur produit d’exportation qui réussit à s’implanter en Europe, sa veine littéraire s’exprimant pleinement à Paris, et franchit l’Atlantique où les oeuvres de Marcel Duchamp (l’auteur du fameux urinoir ou Fountain dans la langue de Shakespeare et du très célèbre tableau de la Joconde L.H.O.O.Q.) ne laissent pas les Américains indifférents. Ses ready-made comme la Roue de Bicyclette ou le Porte-bouteilles surprennent et destabilisent l’establishment car ce sont tous des objets issus de la vie quotidienne, des objets qui nous entourent sans cesse, sans que l’on pense qu’ils puissent un jour devenir des objets d’art. La justification du ready made est qu’il a été choisi par l’artiste et qu’il crée une pensée nouvelle de cet objet : ses fonctions utilitaires sont oubliées au profit de sa fonction artistique. Mais New-York, c’est aussi Man Ray, photographe et cinéaste, le fameux Picabia, peintre de son état et Rros Sélavy (Eros, c’est la vie), l’alter-ego féminin de Duchamp.
A Paris, Breton, Eluard, Aragon et bien d’autres se laissent séduire par Dada. Ces grands hommes de lettre s’abandonnent à diverses pratiques pour faire éclore une vérité de l’écriture comme l’écriture automatique, la transe (aidée de certaines substances comme l’absinthe ou l’opium)… Ce qui ne manque pas de susciter l’indignation dans une France encore conservatrice et traditionnaliste à tous points de vue. Maurice Barrès, figure emblématique de la droite “très droite” de l’époque (avec Charles Maurras, tous deux membres de l’Action Française), en fait d’ailleurs les frais : victime d’une parodie de procès intenté par Dada où il est accusé “d’attentat à la sûreté de l’esprit”. Mais tous les dadaïstes ne sont pas d’accord avec cette initiative de Breton, juge de ce faux procès, à commencer par Tristan Tzara.

Couverture de Dada à Paris, livre de Michel Sanouillet

Splendeur et décadence, la rupture Breton-Tzara est fatale à Dada

La première divergence naît donc pendant le procès parodique de Barrès quand Tzara tente de le tourner en dérision pour que Dada ne tombe pas dans la récupération médiatique ou autre. Les choses s’accélèrent avec l’attitude de plus en plus équivoque de Breton qui tente de désavouer Tzara et qui s’emploie à démocratiser le modernisme – ce qui va totalement à l’encontre du principe de Dada – en conviant une foule d’hommes et de femmes (artistes, journalistes…) à rejoindre Dada sans demander l’avis des autres membres du mouvement. Un clivage s’opère alors et chacun choisit son camp : le noyau originel autour de Tzara ou la contestation autour de Breton. Or ces événements ont lieu alors que Dada est au plus haut de sa popularité et que de nombreuses expositions et manifestations culturelles ont lieu en son honneur. Peut-être le mouvement n’était-il fait que pour vivre dans une élite culturelle restreinte.
En septembre 1922, lors d’une conférence à Iéna, Tzara exprime son hostilité face au modernisme et proclame la mort de Dada. A l’été 1923, celle-ci est officielle. Dada s’efface progressivement au profit de son “petit frère” : le surréalisme. Celui-ci s’écarte de l’instantanéisme de Dada et est perçu par les dadaïstes par un retour à l’accadémisme et comme un succédané d’avant-garde. C’est pourtant le surréalisme qui survivra.

Tableaux et collages dadaïstes :

A gauche : Francis Picabia. Parade Amoureuse. 1917. Oil on cardboard. 95 x 72 cm. collection privée
A droite : Raoul HAUSMANN. DADA Siegt. collage. 1920. 60 X 43. collection privée.

Dada, c’est donc un art, un art de vivre, un art d’être au monde. Une déclaration d’amour à la vie et à ses promesses, une force qui emporte tout sur son passage mais une force ténue, facilement corruptible car exposée dans toute sa vérité. Le dadaïsme a ceci de beau qu’il est mort de façon prématurée et violente, une façon pour lui de passer à la postérité.

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9 commentaires

    Coralie  | 07/05/07 à 0 h 59 min

  • J’en ai beaucoup appris! Merci :)

  • Marie  | 07/05/07 à 16 h 04 min

  • Voilà qui est bien dit! Merci pour toutes ses informations.

  • Camiiille  | 20/05/07 à 1 h 41 min

  • :)

  • charlotte  | 22/03/08 à 7 h 54 min

  • merci beaucoup pour les photos !! avec ça j’ai pu complété mon exposé ! (parce que j’ai que 12 ans )

  • michel edouard  | 06/05/09 à 19 h 55 min

  • qui etre vous et que faite vous je voudrais une expliquation bien determiner en d aderé au mouvement merci

  • dadadadadadadada  | 04/05/10 à 21 h 36 min

  • j’aime l’art dada

  • Luc  | 13/11/11 à 17 h 00 min

  • Je suis un inconditionnel du mouvement dadaiste et de tous les surréalistes. Ce mouvement, cette révolution au niveau de l’art et de l’expression est fabuleux. Merci Tristan Tzara, merci Francis Picabia, si vous nous écoutez quelque part….. Merci à votre site qui est superbe.

  • juli scaggs  | 08/12/14 à 20 h 59 min

  • DADA FOREVER
    got your own world to live through and aint copy anybody

  • Dadalevrai  | 19/12/15 à 19 h 46 min

  • Alors comment dire… J’ai choisi ce pseudo voici maintenant 6 ou 7 ans sans connaître ce fabuleux mouvement qu’est le dadaïsme. C’est génial :)

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