Les photographies de Anne-Marie Filaire au MUCEM

09/03/17 par  |  publié dans : A la une, Expos, Photographies | Tags : , , ,


Anne-Marie Filaire est photographe, elle parcourt les mêmes territoires que les reporters de guerre mais sa démarche est différente. Son premier travail est une commande, elle répertorie les paysages d’Auvergne, sa terre maternelle, et leur évolution dans le temps, ou plutôt leur dégradation. C’est donc un travail sur la trace qui s’inscrit dans la durée, où elle accumule au fil du temps une quantité d’œuvres monumentale. Tout naturellement, la réflexion sur le temps qui passe et la marque des hommes sur leur territoire, les effets de leur histoire avec ses convulsions, l’ont amené il y a maintenant dix huit ans vers d’autres territoires dans une démarche similaire.

 

 

En Israël et Palestine, Liban, Érythrée, Yémen ou encore Cambodge, elle explore les frontières, les « no man’s land » et les espaces de confrontation, dans une démarche où elle présentifie l’absence. D’une certaine façon elle fait exister le rien qu’elle photographie, comme on photographierait une cicatrice qui serait la marque et le témoin d’une opération ancienne. On peut trouver ce travail aride comme les déserts qu’elle nous présente, ces territoires où la vie est impossible ou ravagée,  comme cet immeuble éventré de Beyrouth.
On prétend depuis Duchamp que l’œuvre d’art existe dans le regard de celui ou celle qui le voit, elle n’en est pas moins préalablement dans celui que pose l’artiste sur son objet.
Est-ce par choix que l’humain est quasi absent de ces images ? Juste une enfant qui se retourne à un check-point en Palestine, des personnages flous au Yemen, tout s’efface et tout passe.

 

Il y a des photographes du temps présent, de la vie ou de la souffrance qui est aussi la vie, ce travail là est celui d’une errance dans des paysages désolés, comme un auto portrait.
Son dernier travail est une série sur les portes blindées d’Alger. Entre temps Anne-Marie Filaire aura filmé des entretiens avec des jeunes gens en Égypte et en Algérie, pendant les « printemps arabes », l’humain n’est pas totalement absent de sa démarche.

 


Là ou d’autres recherchent l’évènementiel, l’actuel ou le sensationnel, Anne-Marie Filaire nous présente l’absence, là où le « rien » est la trace de ce qui a été. En le présentifiant elle le fait exister.
Pour peu qu’on s’y abandonne, on peut s’abîmer dans la contemplation de ces déserts, paysages désertés par les humains, voués à la mélancolie de ce qui a été et qui n’est plus.

Jean Barak

au MUCEM du 4 mars au 29 mai, « Zone de sécurité temporaire » au Fort Saint Jean

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