Les rencontres internationale de la photographie en Arles 2017

22/08/17 par  |  publié dans : A la une, Expos, Photographies | Tags : ,

 

Internationales, elles le sont par la représentation de tous les continents et par leur rayonnement. Quarante expositions qui durent trois mois et ne désemplissent pas, des projections, des stages toute l’année, une semaine d’ouverture en présence des artistes, seuls les grands musées nationaux peuvent avancer un tel bilan. Le gigantisme de la manifestation permet de présenter tous les aspects de la photographie, depuis les tirages rares et vintages jusqu’à l’expérimentation la plus éloignée de son propre sujet d’origine. Comme il y en a pour tous les goûts, vous serez nécessairement toujours déçu, enthousiaste, critique et impressionné à la fois. Enfin, et ce n’est pas le moindre des aspects, la photographie passe en contrebande les frontières fermées, témoin de son temps et de tous les temps, ce qui justifie aux yeux des dictateurs nombre d’emprisonnements et d’assassinats de photojournalistes.

Il y a ceux qui, extasiés, photographient leur nombril, et ceux qui -au péril de leur vie et au risque de nous déplaire- nous montrent le monde tel qu’il va: de mal en pis.

A chacun de choisir -ou pas- sa préférence, mais si vous voulez tout voir, prévoyez bien deux jours. Pensez à éviter de garer au centre ville à trois euros l’heure, sauf si vous avez une voiture italienne rouge très chère : vous avez les moyens. C’est certes abusif, mais quand vous flânerez dans les espaces piétonniers vous serez les rois de la ville, et les autochtones pourront encore se garer près de chez eux.

Dans l’archipel des expositions il y a deux pôles majeurs : le parc des ateliers au pied de la tour de la Fondation Luma et l’Espace Van Gogh, à deux pas de l’Archevêché.

Annie Leibovitz

Dans la grande Halle vous déambulerez à travers l’oeuvre monumentale d’Annie Leibovitz, de 1970 à 1983, la grande prêtresse de la photo people avant la lettre. Passionnée par les groupes de rock et les célébrités, elle semble avoir été partout en même temps et tout le temps, au bon endroit et au bon moment. Les esthètes regretteront que ce ne fut qu’une approche documentaire ou l’artistique n’arrive que de surcroît, par accident. Ainsi, cette photographie du Maître Henri Cartier Bresson surprend, d’une absolue banalité, mais elle a le mérite d’exister. Le parti pris du mur d’images face à un mur blanc laisse perplexe. D’accord, il y en a vraiment beaucoup, mais on eut pu imaginer d’en retirer une sur trente pour la mettre en exergue en vis à vis. A chacun de se coller le nez au mur en attendant son tour, vous ne serez pas tout seul. Ainsi vous ne reconnaîtrez pas du premier coup d’œil une Jane Fonda pétillante, à peine adolescente, c’est le jeu.

Silin Liu est partout, autant dire qu’elle s’y incruste, comme chez elle derrière Charlie Chaplin ou aux côtés de Pablo Picasso, avec le numérique tout est possible. Mais est-ce bien nécessaire ?

Paz Errazuriz

En revanche vous serez payés de vos efforts et de votre billet en découvrant l’oeuvre percutante de Paz Errazuriz, photographe chilienne autodidacte et engagée. Elle nous fait témoins des univers qu’elle a traversé, ceux des proscrits, des exclus, depuis le monde du cirque et ses monstres de foire, jusqu’à la détresse des asiles psychiatriques, ses portraits d’aveugles, ou ses travestis et prostituées des bordels sordides. Ceux qui pensent non sans raison qu’un bordel est toujours sordide y découvriront que certain le sont encore plus que d’autres. Pourtant il n’y a aucun voyeurisme dans ces portraits respectueux, pudiques jusque dans l’exposition de la nudité, une grande leçon de photographie et d’humanité. Une version chilienne de Sabine Weiss, ou l’inverse. A elle seule elle justifie le déplacement.

 

A l’Atelier de Forges vous ferez un pas de côté à la suite de Jean Dubuffet créant ses sculptures monumentales, dont trois photographies d’exception de Robert Doisneau, être là où il faut c’est bien, mais ça ne fait pas tout. Vous serez interpellés par une approche vidéo et digitale -autrement dit avec les doigts- « surréaliste », de l’exploration alternative d’une bouche rouge baiser et d’un vagin sans personne autour, nageant dans un liquide laiteux, n’est pas Bunuel qui veut. Nous ne nous aventurerons pas dans l’éternel débat de la frontière entre l’art et le cochon, on sait où la censure mène : à la dictature.

Plus loin quelques épreuves de Dora Maar et de Man Ray, vous passez devant distraitement et refaites trois pas en arrière, quelque chose vous a accroché, peut-être le génie.

La visite continue, à suivre donc, c’est une belle sortie pour l’été.

Jean Barak

 

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