Les rencontres internationales de la Photographies en Arles, suite

26/08/17 par  |  publié dans : A la une, Expos, Photographies | Tags : ,

Il vous reste trois semaines pour visiter les quarante expositions de photographies en Arles.

 

Les Gorgan

Au centre d’Arles il y a l’Hôtel de Ville et l’Archevêché. L’exposition du japonais Masahisa Fukase est incontournable. Fasciné par les chats, les corbeaux et lui même, c’est un « égotiste incurable » comme le titre de l’exposition l’affirme. Prévoyez une lampe de poche pour mieux voir les œuvres, les bougies plus festives n’étant pas autorisées : l’éclairage est quasi d’époque, c’est dommage et dommageable. Outre les chats et les corbeaux, on retiendra ses portraits de famille posés, très japonisants comme il se doit. Exotique.

 

Incurable égoïste

Plasticien

A partir de là, si vous avez écumé la friche rénovée de la Fondation Luma et l’Espace Van Gogh, vous pourrez retourner vers le fleuve. A côté du siège des Rencontres il y a Michael Wolf à l’Eglise des frères-Prêcheurs. Fasciné par l’univers déshumanisé des mégapoles verticales, il hisse la photographie d’architecture Hongkongaise au plus haut niveau du courant plasticien. Remarquablement mis en espace et effectivement fascinant. Comme ses papillons un entomologiste, il épingle les humains entrevus aux fenêtres, images de solitudes absolues dans un univers de verre et d’acier, mais le doigt d’honneur vengeur d’un homme ordinaire plus vigilant les sauve de l’anonymat. Au plus près, il photographie les quidams écrasés contre les vitres d’un métro bondé au delà de l’inhumain, il avoue guetter les vaines tentatives de ses victimes pour échapper à son voyeurisme. Digne, une jeune femme le regarde droit dans l’objectif, toute l’humanité nous regarde à travers cette vitre contre laquelle elle manque d’être écrasée.

 

Colombie et Latinité.

Nous avons vu qu’il y avait au moins une très grande photographe au Chili. Il y en a quarante en Colombie qui, pour échapper à la complexité d’un monde à feu et à sang, se sont réfugiés dans la plus pure abstraction et la vidéo. Parfois la révolution ressemble à une contre-révolution. A visiter uniquement si vous tenez à vérifier qu’il n’y en a pas dans ce pays, de photographes, ou qu’on a mal cherché. De même, les clichés colombiens de l’espace croisière se traversent rapidement, on se demande parfois si les commissaires n’ont pas été promus à l’ancienneté. Bordélique.

 

Croisière

 

Curiosité

Une curiosité vous attend à « Ground Control », derrière la gare ferroviaire. Blank Paper est l’histoire du présent immédiat de l’école madrilène qui prône l’anti moment décisif, au motif que tous les moments sont décisifs. Donc, au lieu d’attendre parfois longtemps et de prendre la photo au moment où, ils filment en plans fixes et présentent une série d’images aléatoires d’un intérêt strictement conceptuel. De même, on sait que les photographes de l’école documentaire vomissent Cartier Bresson, l’accusant d’esthétisme et d’intellectualisme, quand eux photographient la réalité. Les mauvaises langues persiflent qu’ils ne sont capables ni d’attendre, ni de saisir l’instant décisif, que les médiocres détestent le génie, et que la réalité, c’est un fantasme. A traverser comme un naufrage.

 

Un monde qui se noie

Bien heureusement, il y a hélas juste en face « Un monde qui coule ». Gidéon Mendel pratique la vidéo, dans la boue jusqu’à la ceinture, au plus près des victimes d’inondations, partout dans le monde. Il en tire des photographies bouleversantes, où ces victimes posent avec une dignité impressionnante devant l’objectif, avec parfois de l’eau jusqu’au cou. A gauche : me, I and myself; à droite, un appel à la prise de conscience de la réalité du réchauffement climatique et de celle des humains qui la subissent, debout dans le désastre. Encore une leçon d’humanité. Mais comme il est écrit « que serait le jour sans la ténèbre ? ».

 

The house of the Ballenesque

Enfin ne ratez pas la « Maison des Peintres », avec sa route de la mort ou la recherche obsessionnelle des lieux ou se sont tués tous les peoples, de Lédidi à Colucci en passant par James Dean et les Kennedy, uniquement pour les commentaires de bas de page et l’éclairage néon original. A découvrir à côté l’univers glauque de Roger Ballen : dans un appartement sordide digne de Murnaü, un bric-à-brac morbide met mal à l’aise l’esprit le plus rationnel.

Mais le meilleur y est le travail remarquable de Mathieu Pernot. Entre la gare et le fleuve, année après années, il a photographié une famille de gitans. Le père, la mère, les deux fils et les deux filles, autant de monographies qui traversent le temps, d’une force et d’une beauté qui vous traversent. A voir absolument.

Mathieu Pernot Maison des peintres “Les Gorgan”

Enfin faites une pose au Musée Réattu, avec sa collection de grands maîtres dont on ne se lasse jamais, Strand, Doisneau, Weiss, Bouba, Giacomelli et bien d’autres, ou encore les tatouages de Kishin Shinoyama. Intemporels.

 

 

Il y en a beaucoup d’autres qui méritent ou d’exister, ou d’être oubliés, c’est selon. Nul ne peut dire où demain le génie soufflera. Pour 2017 la messe est dite, bientôt c’est déjà 2018.

Jean Barak

The house of the Ballenesque

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