Rencontres d’Arles 2019

03/08/19 par  |  publié dans : A la une, Expos, Photographies | Tags : ,

Suite et fin

Dabin Park, Corée du Nord Corée du Sud, Jumelles

Chacun cherche son chat

Le spectateur n’est jamais innocent. En se rendant aux cinquantenaire des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles, il a nécessairement une attente à la démesure de l’événement. D’une certaine façon, il cherche des réponses aux questions qu’il ne s’est peut-être pas même encore posées. Ainsi il ne peut qu’être déçu: le Graal ne brille que pour autant qu’on le cherche.

En regard, les Rencontres ont pour ambition -du moins on le présume- de créer l’événement des événements, un peu comme une Histoire de la Photographie depuis les prémisses de son invention jusqu’à après-demain. Ça ne peut que rater, mais peut-on rater mieux?

L’art et la matière

Que la photographie soit un art, la question ne se pose plus. Qu’elle soit, comme les autres, traversée par les excès et les dérives de l’art contemporain, comme par ses fulgurances, on ne devrait plus s’en étonner. Ainsi, la danse a généré ses négations, jusqu’aux négations des négations de sa négation: la “non danse”. Dix danseurs sont là, face au public qu’ils regardent, ils rient et tombent raides morts de rire. C’est tout. Le théâtre n’est pas en reste. Nu, accroupi, immobile il regarde le public, silencieux, à la fin de la “pièce” il dit “caca”, le rideau tombe. En arts plastiques les grincheux prétendent que Duchamp est devenu un maître de la provocation, avec son urinoir, faute de talent de peintre. Jusqu’à rendre jaloux Dali: à Figueras, le musée du génie de la peinture et de la provocation crée une vaste frise tout autour du bâtiment, un haut-relief en lavabos de blanche faïence. On a vu des artistes peignant sur eux-même avec leur propre sang, en faire du boudin, d’autres inventer la peinture monochrome, noire, bleue, rouge, blanche sur fond blanc. Que faire de plus? Euréka! Déchirer la toile! Le Graal est aujourd’hui détenu par Piero Manzoni, plasticien célèbre pour avoir vendu ses excréments en boite de conserve intitulé “Merde d’Artiste”. On n’en parlerait plus depuis longtemps si ça ne se vendait encore au prix -sommes toutes fort modique- de 200 000€ la boite de 30 grammes et ne trônait dans les plus grands musées du monde. L’oeuvre a généré une guerre picrocholine, tranchée par un concile d’experts: L’odeur pestilentielle qui s’en dégage avec le temps dévalue-t-elle l’oeuvre? Les sages ont tranché: le temps, et donc l’odeur, font partie de l’oeuvre et ne la déprécient donc pas.

Au risque de passer pour le dernier soixante-huitard attardé nous présumerons que le marché a tout pourri, qu’à l’exception de quelques rares dinosaures le temps des généreux mécènes -amateurs d’art et connaisseurs- est définitivement révolu. Il a cédé la place aux actionnaires et à leurs mercenaires. A part l’ère numérique, rien de nouveau sous le ciel du Capital: l’argent dématérialisé génère son propre profit, l’objet transitionnel insignifiant et interchangeable n’est plus qu’un schibboleth attestant de l’allégeance au Veau d’Or.

Qui sont les égarés? Le verre est-il à moitié plein ou à peu près vide?

Mario Del Curto, Mise en abyme

A bien y regarder, l’auteur de ces lignes est lui-même trahi par le choix des photographies qui les illustrent: pas de photos absentes, entendez un tirage absent sur un papier solarisé, pas de monticule de photos amassées indistinctement, accompagné d’un discours pseudo-psychanalytique abscons, pas de rétrospectives accrochées en guirlande sur un fil à linge, pas de photos floues, pas d’images timbre poste à se crever les yeux, pas de série de la même image déclinée à l’infini, pas d’accumulations d’images d’une vacuité totale, au motif que tous les instants sont décisifs, et les photos sans autre intérêt que la révolte infantile contre l’excellence à jamais inatteignable, pas de photos accrochées sur d’autres plus grandes, pas d’exposition de photo sans aucune photo.

Maté Barta, Kontact, Ground Control

Et si nous étions dans l’erreur? Si Man Ray était “has been”? Si les reportages chargés de sens étaient des survivances d’un passé révolu?

Si la photo décalée, composée, ouvrant sur un ailleurs qui se puisse concevoir, voire visiter…

…si la photo d’architecture à l’esthétique épurée comme un dessin de géométrie…

Ground Control, Meryl McMaster

Si les autoportraits oniriques remarquablement composés, à l’esthétique irréprochable n’étaient pas déjà des témoins d’un passé disparu? Si le reportage n’avait plus lieu d’être, ni même la photographie humaniste?

Si, comme les “beaux” arts, la photographie était elle même un objet de musée déjà mort?

L’avenir nous le dira.

Jean Barak

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