Rencontres Internationales de la photographie d’Arles 2018

04/08/18 par  |  publié dans : A la une, Expos, Festival, Photographies | Tags : , , , , , , ,

Photo Mathieu Ricard

Déambulation aléatoire au travers des Rencontres Internationales de la Photographie en Arles

Pour voir toutes les expositions des rencontres d’Arles, il faut compter deux jours intenses sous un soleil de plomb. Toutes les salles n’étant pas climatisées, bien loin de là, vous passerez d’une chaleur tropicale avec humidité de Sud-Est asiatique à une température quasi hivernale. L’édition de cette année laisse perplexe, vous sortez de certaines expositions comme vous y êtes entré, avec l’impression de n’avoir rien vu qui ait imprimé votre rétine, ni même éveillé votre mémoire immédiate. Ce sont les mystères de la programmation. Mais comme il y en a pour tous les goûts, à chacun de tenter d’y trouver son miel. Généralement, d’une année l’autre, à la réflexion, ça vaut quand même le coup.

 

Laura Henno “Rédemption”

Laura Henno vous emmènera à Slab City en Californie, dans un désert où les épaves sont humaines, un lieu oublié de la nature et des hommes, la vie pourtant. Quand on n’a plus nulle part où aller, il vous reste la foi et le désert. Photos sensibles d’une jeune photographe parisienne. L’humanité qui s’en dégage tranche avec le regard froid de Raymond Depardon, gloire internationale qui, à défaut d’aimer l’humanité, est très apprécié  pour la valeur marchande et historique de son oeuvre. Quoique, en prenant son temps, on peut toujours y trouver une ou deux photographies que n’aurait pas renié le courant dit “humaniste”.

Qu’on aime ou pas, c’est un incontournable.

 

Raymond Depardon

Si vous détestez le monde de la mode, l’instrumentalisation des femmes transformées en poupées de porcelaine animées, allez voir “Les inachevés” de Ann Ray, autre photographe parisienne, consacré à l’univers visionnaire  de Lee Mcqueen, Directeur artistique de Givenchy aujourd’hui disparu. Ses femmes à la beauté irréelle et au regard vaguement absent vous réconcilieront avec le côté caché du clinquant, celui du temps long de la création. D’une grande beauté plastique.

Ann Ray “Les inachevés”

Au détour de vos pérégrinations ne manquez pas de vous arrêter au hasard du Off, aux entrées libres, c’est parfois là que dans les interstices de l’art officiel ou marchand, se niche la sensibilité, l’humour et l’originalité. Comme au Festival d’Avignon, c’est parfois au Salon des refusés que l’art se réfugie.

Eric Droussent “Décalage immédiat”

Guy Monnet “Cri dans la nuit”

Pour le coup, il vous faudra revenir si vous voulez tout voir!

Peut-être vous étonnerez vous de la double billetterie de la Fondation LUMA, il semble que quelques querelles de prestance ou de préséance ait primé sur l’harmonie de l’ensemble. L’exposition “The great exhibition” de Gilbert et Georges est plus plasticienne que photographique, on y découvre un humour fin et délicat, une monument érigé à l’homosexualité. C’est mode tendance, les œuvres valent la peau de ce qu’on voudra, mais très très cher.

Un cathédrale d’images flashy post wharoliennes, c’est un acte de foi ou un manifeste.

 

Un rien cabot

William Wegman possède deux braques de Weimar, pas le peintre, les canidés. Où on découvrira que ces chiens un rien cabot sont de bonnes pâtes, qu’ils se prêtent avec une bonne volonté évidente à tous les caprices de leur maître. La remarquable continuité de l’oeuvre force l’admiration, il leur aura tout fait, et avouons le, c’est fort bien vu, et drôle. Peut être pas de quoi crier au génie, mais tout de même une mention spéciale.

Jésus Reviens!

Tant crie-t’on Noël qu’il vient, Jésus est revenu. Ou plutôt ils sont revenus. Jonas Bendiksen a fait le tour du monde des frappadingues, il n’y a pas que nos illuminés du Mandarom, partout Jésus lève une armée de disciple. Saurez vous reconnaître le vrai? Comme il se doit, c’est à la Chapelle Sainte Anne.

 

Il faudrait parler de tous, notamment des photographes palestiniens, mais ça finirait par être fastidieux. Qu’ils veuillent bien nous pardonner. Dernière mention honorable pour la rétrospective de mai 68, un demi siècle ça se fête, les étudiants en art avaient du talent, les affiches ne vieillissent pas.

 

Un Ricard, sinon rien

En tout état de cause, a elle seule l’exposition de Mathieu Ricard vaut le déplacement.

Gardez cette exposition pour la fin, sinon le reste vous semblera vain ou médiocre.

Le Maître d’oeuvre Simon Vélez signe le bâtiment en bambou qui évoque les maisons tribales du Vietnam conservées au musée de Hanoï. On eut crié au chef d’oeuvre s’il n’avait triché en incorporant des tubes métalliques, certes fort ingénieux, mais quand même. Les photos sont très belles, inspirées, certaines confinent au sublime, même aux yeux d’incorrigibles athées agnostiques.

Une foule se presse pour recevoir un peu de thé, peut-être, effet de masse humaine. Au centre de l’image une petite fille ne regarde pas la théière comme les autres, interrogative elle observe le visage du moine, hors champ, elle capte toute la lumière. Tiré sur une sorte de papier à dessin japonais les tirages font merveille pour les paysages de brumes, ils manquent de noirs profonds pour les portraits. Qu’importe, pour un peu, on y méditerait. A Trinquetaille au bord du Rhône, difficile à trouver.

C’est jusqu’au 23 septembre, mais le Off ne tiendra pas autant la distance, question de sous.

Photos et commentaires Jean Barak

 

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