Vies d’ordures au MUCEM

22/03/17 par  |  publié dans : A la une, Expos, Société | Tags : , , ,

La vie des Roms sur une décharge, par le photographe Franck Pourcel

Vides ordures

Nos villes produisent de plus en plus de déchets. Jadis, une fois jetés dans le vide ordures, ils ne nous encombraient plus. Pourtant, derrière ces poubelles, tout un monde survit depuis bientôt près d’un siècle sur une montagne d’ordures qui ne cesse de croître. Ce n’est pas une métaphore, parfois elle s’effondre et tue. Les chiffonniers du Caire, les enfants cambodgiens de la montagne fumante, « nos » roms et tant d’autres, tout un peuple miséreux tente de survivre au jour le jour, totalement dépendants de ce que nous jetons, emballages inutiles ou objets dont nous ne voulons plus.

Hier, un rétameur

La montagne fumante

Mais les poubelles débordent, ce monde produit de plus en plus de déchets. Ni les vautours, les nettoyeurs du désert, ni les parias, ni même la planète ne peuvent plus en venir à bout. Nous sommes face à une urgence écologique dont les signes se multiplient à une vitesse folle. Quand les écologistes hurlaient « au feu ! » dans un désert d’indifférence on les appelait les « khmers verts », un ministre socialiste surnommé « Hernucléaire » avait même ordonné la « neutralisation » des trublions de Greenpeace, qui prétendaient déjà qu’il fallait sortir du nucléaire. On connait la suite, un meurtre d’état, pardon un « regrettable accident » dans le sabordage du Rainbow Warrior, le « combattant de l’arc en ciel ». Nos valeureux agents secrets se sont fait oublier, ils ont depuis reçu une belle promotion, ils vont bien, merci.

 

Un triporteur privé du Caire pour récupérer les “encombrants”

Trier recycler

Les mégapoles ne retourneront pas à la campagne, la ville la dévore. Nourrir sept milliards d’être humains est une gageure, éliminer ses restes en est une autre, il y a urgence. Les plastiques sont indestructibles, des industriels ont inventé des plastiques « biodégradables », on les retrouve à l’état de microparticules délétères et indécelables, perturbateurs endocriniens. « Désormais vos sacs plastiques sont compostables », qu’en pensent les lombrics ?
Un cinquième continent à fait son apparition dans l’océan Pacifique: un amas gigantesque de déchets plastiques sur trois millions et demi de kilomètres carrés. Alors il faut trier et recycler, composter même sur nos balcons, lutter contre le gaspillage…
C’est le propos nécessaire et généreux de « Vies d’ordures » dont le titre choc éloquent se passe de commentaires.

Des objets en pneus recyclés fabriqués par un cordonnier au Maroc

Le pouvoir des seins

Est-ce regarder par le petit bout de la lorgnette si le pouvoir des seins a remplacé celui des saints ?
« Nos femmes sont les plus belles du monde » dit-on fièrement au Brésil ou en Colombie, «… elles sont toutes refaites ! ». Quelle femme n’a pas rêvé d’avoir la poitrine de Marilyn Monroe ? Quel homme n’a pas été fasciné par ses courbes ? Mais quand une prothèse remplie de silicone industriel provoque des cancers, c’est l’horreur du système capitaliste qui apparaît nue. La femme fière de ses prothèses de rêve est-elle coupable ? Le consommateur du super marché l’est-il ? Qui, dans une ville de dix ou vingt millions d’habitants peut aller se servir chez le paysan ?  Trier est indispensable, mais n’est-ce pas là le petit bout de la lorgnette?

Pour nécessaire et utile qu’elle soit, la limite de cette exposition est dans les questions qu’elle ne pose pas : qui détruit la planète? Qui empoisonne les humains? Pourquoi ? Il y a au Parlement Européen plus de lobbyistes que de députés, des laboratoires pharmaceutiques imposent des médicaments qui provoquent des accidents cardiaques et des malformations des fœtus, les industries agro alimentaires nous empoisonnent, l’air et l’eau sont polluées, mais jamais les actionnaires ne s’étaient autant enrichi.

 

Éduquer

Si elle n’était accompagnée de toute une armada d’actions culturelles et pédagogiques sous forme de conférences, projections, ateliers et rencontres qui abordent des questions essentielles comme « Comment en sommes-nous arrivés la ? » cette exposition sponsorisée par le groupe SUEZ serait défaillante. Mais elle ouvre des portes et propose des pistes. On y voit Beyrouth crouler sous ses ordures, la vie de Roms dans une décharge, l’incinérateur de Fos dont la commune et la population ne voulait pas, la pollution majeure de la pétrochimie également à Fos, les ravages d’ALTEO sur les calanques et la Ville de Bouc Bel Air, les chiffonniers du Caire, les produits en pneus recyclés, et ainsi de suites. On y apprend certes que planter du thym dans les calanques les dépolluent, mais après un siècle d’usine Mante à la pointe rouge il faudra un peu de temps, comme éviter les infusions à l’arsenic, plomb, cadmium, antimoine et autres médicaments.

Reste la question essentielle : comment en sortir ? Est-il encore temps ? Nous n’avons d’autre choix que d’essayer.
Il faut le marteler sans cesse : éduquons n’est pas un gros mot, c’est une absolue nécessité.
Dans un musée où on s’attend à découvrir les « beaux arts », éclairer la côté sombre de la civilisation -on dit aujourd’hui  anthropocène- est une œuvre de salubrité publique, c’est le pari du Conservateur en Chef Denis Chevallier. Commissaire de l’exposition. Pour tous les publics, surtout les « scolaires » qui vont hériter de la montagne fumante.

Jean Barak


Du 22 mars au 14 août 2017 au MUCEM renseignements au 04 84 35 13 13

 

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