L’art abstrait

01/07/07 par  |  publié dans : Arts

La peinture abstraite est celle qui ne représente pas les apparences visibles du monde extérieur, et qui n’est déterminée, ni dans ses fins, ni dans ses moyens, ni dans son esprit, par cette représentation. Ce qui caractérise donc, au départ, la peinture abstraite, c’est l’absence de la caractéristique fondamentale de la peinture figurative, l’absence de rapport de transposition, à un degré quelconque, entre les apparences visibles du monde extérieur et l’expression picturale (Léon Degand, Langage et signification de la peinture en figuration et en abstraction, 1956).
En voici une belle définition, mais pour bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce mouvement, essayons d’en percer ses mystères au travers de quelques artistes.

Les origines
L’abstraction est apparue vers 1910 en France, Paris étant, à cette époque, considéré comme la capitale de la culture occidentale. Malheureusement, le public et la critique ne vont pas adhérer à ce mouvement. Ce n’est que vers 1940, avec l’arrivée de la Seconde guerre mondiale, Paris cédant la place à New York, que l’art abstrait prend toute son ampleur, connaissant ainsi son heure de gloire.
Mais revenons en 1910 avec des artistes qui travaillent dans un certain contexte culturel, celui issu d’autres mouvements tels que le cubisme, le fauvisme ou l’art nouveau, qui amènent la sensation qu’un art non figuratif peut être possible. L’avancée de la science va également jouer un rôle majeur.
En effet, l’apparition de la physique quantique (découverte de l’infiniment petit) et de la théorie de la relativité (vision d’un objet en mouvement par rapport à un autre) font changer le point de vue de certaines personnes trouvant que la notion de réalité devient problématique. En adoptant cette nouvelle vision du monde, l’artiste ne va plus essayer de le reproduire en l’imitant ; il va chercher son inspiration dans ses sensations, visuelles et acoustiques, et tenter d’en donner une vision intérieure. Ainsi, pour eux, la réalité n’est pas ce que l’on perçoit à l’aide des cinq sens mais une entité que l’on approche par des expériences de pensée.
Les inventeurs de l’abstraction proposent donc une nouvelle forme de peinture en accord avec cette nouvelle conception du monde.

Les artistes
Dans ce contexte, quatre artistes pionniers de ce courant, ont franchi le seuil de l’abstraction en même temps mais dans des pays différents, symbole des préoccupations communes qui hantent le domaine de l’art à l’époque. Entre 1911 et 1917, Vassily Kandinsky, František Kupka, Piet Mondrian et Kasimir Malevitch aboutissent ainsi, indépendamment des autres, à différentes propositions d’abstraction.

Kandinsky et Der Blaue Reiter
Vassily Kandinsky (Moscou, 1866 – Neuilly-sur-Seine, 1944) est celui qui aurait réalisé la première œuvre non figurative et surtout celle à avoir reçu l’adjectif d’abstraite. Il s’agit d’une aquarelle de 1910, qui serait peut-être datée de 1913 en fin de compte car elle aurait servi d’esquisse pour une peinture à l’huile, Composition VII.

Sans titre, aquarelle et mine de plomb, 1910/1913, Musée National d’Art Moderne, Paris.
Composition VII, huile sur toile, 1913, Tretyakov Gallery, Moscou.

Ces œuvres montrent le travail du peintre, fondé sur l’émotion, sur l’étude de la perception du réel par des mélanges de couleurs formant une certaine rythmique. Kandinsky sera fortement influencé par la musique, cet art abstrait par nature qui ne cherche pas à représenter le réel mais à traduire des émotions.
Il fonde le groupe, Der Blaue Reiter (Le cavalier bleu) avec son ami Franz Marc. Ses théories s’appuient sur la spiritualité et la non-figuration dans l’art, exprimant uniquement des impressions colorées.

Kupka
František Kupka (Opocno, 1871 – Puteaux, 1957) s’intéresse lui à traduire le mouvement et le temps en peinture. Il se penche également sur la verticalité, s’interrogeant sur la fonction des formes dans la construction d’un espace pictural.
À partir de ces réflexions, il tend vers une abstraction géométrique qui s’inspire des kaléidoscopes ou des images vues au microscope.

Plans verticaux I, huile sur toile, 1912-1913, Musée National d’Art Moderne, Paris.
Machine comique, huile sur toile, 1928, Musée National d’Art Moderne, Paris.

Mondrian et le néo-plasticisme
Parti d’une peinture académique, très réaliste, Piet Mondrian (Amersfoort, 1872 – New York, 1944) réfléchit sur les formes en les simplifiant de plus en plus. L’univers se réduit alors à une structure géométrique composée uniquement de quelques lignes directrices. Il s’impose également une deuxième contrainte, celle de n’utiliser que les couleurs primaires et les non couleurs (noir, blanc et gris). Cet art, caractérisé par l’utilisation exclusive de l’orthogonalité et des couleurs primaires, Mondrian le baptise du nom de néo-plasticisme.

Pommier en fleur, huile sur toile, 1912, Haags Gementemuseum, La Haye.
Composition en rouge, jaune et bleu, huile sur toile, 1922, Musée Granet, Aix-en-Provence.

Malevitch et le suprématisme
Kasimir Malevitch (Kiev, 1878 – Leningrad, 1935) fait table rase du passé pour ne travailler qu’avec sa sensibilité plastique. Ne devant plus recopier la nature, il préfère les formes abstraites et géométriques.

Carré noir sur fond blanc, huile sur toile, 1913, Musée d’Etat russe, Leningrad.
Carré blanc sur fond blanc, huile sur toile, 1918, Musée d’Art Moderne, New York.

Ces recherches vont aboutir à ce qu’il appelle le « point zéro », c’est-à-dire l’art à la limite du néant. Il invente le terme de suprématisme afin de caractériser son art et de créer un mouvement particulier au sein même de l’abstraction.

Parti de divers pays d’Europe, l’abstraction prend ainsi plusieurs aspects, tantôt géométrique, tantôt sensations colorées, en fonction de son lieu de naissance ou des artistes qui s’expriment. Sa domination incontestée dans le milieu de l’art mettra ce mouvement au devant de la scène durant presque vingt ans. Son caractère universel permet de parler d’un art mondial que peu d’autres courants atteindront, faisant de l’abstraction l’un des mouvements le plus important du XXe siècle.

Voici donc quelques clefs pour déchiffrer ce courant mais libre à vous de les développer pour maîtriser parfaitement l’abstraction.
Quoi qu’il en soit, si vous vous trouvez devant une œuvre abstraite sans encore la comprendre, ne vous en faites pas. Il vous suffit de vous placer devant et de laisser aller votre jugement, vos propres sensations qui découlent de l’œuvre. C’est à ce moment là que vous approcherez vraiment l’art abstrait.

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Pas de commentaire

    onomatt  | 01/07/07 à 17 h 32 min

  • Comme d’habitude, c’est un super article que tu nous offres là Marie. Ca me permet de revoir mes cours d’art de cette année par la même occasion ;-)
    Joli style et contenu accessible, rien à redire, si ce n’est merci !

  • Marie  | 01/07/07 à 18 h 18 min

  • Merci Onomatt. :)

  • Bertrand  | 11/07/07 à 22 h 00 min

  • Rien à faire! J’accroche pas! Je resterai un pur et dur de l’art figuratif…

  • Marie  | 18/07/07 à 18 h 32 min

  • C’est très personnel les goûts. Bientôt je vous parlerais d’ailleurs d’une découverte devenue un gros coup de coeur.
    Je préfère aussi l’art figuratif, mais, forcée d’approcher l’art abstrait, je me fais peu à peu à ces théories et j’apprend à comprendre les démarches des artistes. C’est intéressant (en fin de compte…).

  • zuzu  | 24/07/07 à 18 h 47 min

  • Pas bcp de commentaires! c’est l’art ou l’abstraction qui n’attire pas? pourtant l’abstraction est sans doute une caractéristique d’un esprit jeune qui par déf s’envole et délire facilement. Moi j’ai aimé et compris un peu mieux cet forme souvent décriée de la peinture, mais comme tjs les explications çà permet d’avancer. Je pense même qu’intellectuellement l’abstrait est plus intéressant que le figuratif. D’ailleurs les impressionistes si souvent adulés sont aussi à l’origine de l’abstrait. N’oublions pas l’ombre sur la neige de la pie qui était posée sur le poteau….Bravo, continuez.

  • Marie  | 25/07/07 à 8 h 56 min

  • Tout à fait zuzu. Autre exemple de précurseur; Cézanne, avec Le jardin des Lauves en 1906.
    [url=http://img510.imageshack.us/my.php?image=cezannela5.jpg][img=http://img510.imageshack.us/img510/5229/cezannela5.th.jpg][/url]

  • nul en arts  | 16/12/07 à 13 h 17 min

  • Moi je cherche un exemple d’oeuvre abstraite à la fois lente,ondulante et avec une empreinte.

  • ansi  | 12/02/08 à 19 h 59 min

  • essayez de jeter un coup d eoil sur mes abstraits
    numerique !!! dans espace.com an.vuvan@free
    il y a plein de pulsion…

  • greg  | 24/03/08 à 12 h 14 min

  • cette article est super merci

  • Madeline  | 10/11/08 à 13 h 40 min

  • Merci. XD

  • Catherine  | 21/12/08 à 15 h 18 min

  • Si le coeur vous en dit, vous pouvez voir ce que je fais sur la page myspace,
    Je suis ravie d’être par hasard ici, la magie du net…
    Merci à Marie

  • Catherine  | 21/12/08 à 15 h 19 min

  • ah, ben oui voici l’adresse :
    http://www.myspace.com/catherineruchmann

  • maurane  | 21/03/10 à 0 h 43 min

  • avoir histoire de l’art et des oeuvres de mondrian

  • laurence  | 14/11/10 à 22 h 23 min

  • merci pour ces petits textes il m’ont bien dépannés pour un devoir en art :)

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