Le Symbolisme

01/02/07 par  |  publié dans : Arts

La Saint-Valentin approche, vous avez trouvé le cadeau idéal pour votre moitié mais ne savez toujours pas comment le surprendre. Si vous avez envie que votre chouchou vous regarde avec un œil nouveau il suffit de l’épater. C’est bien beau me direz-vous, mais comment faire ? Pourquoi ne pas l’emmener dans un musée (en ces périodes glacières c’est un endroit parfait pour faire une ballade au chaud) et lui parler un peu d’art ? Je vous propose ce mois-ci une promenade dans l’art symboliste.

Le symbolisme naît en Europe occidentale au milieu du XIXe siècle mais c’est le journaliste Jean Moréas qui donna naissance au terme dans son Manifeste du symbolisme : «Ennemie de l’enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d’une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l’Idée, demeurerait sujette. » (Supplément littéraire du Figaro, 18.02.1886).

Comme beaucoup de courants qui se créent en opposition à une société contemporaine déplaisante, le symbolisme fait face à la montée du scientisme, d’un monde nouveau fondé sur la raison et la technique. La culture évoluant avec la société, la conception chrétienne de l’existence d’un monde réel et d’un monde irréel meurt au profit d’une seule réalité, celle de la nature.

Les symbolistes, en margent de cette nouvelle société, prônent l’irréel, l’étrange et tentent de le traduire de manière plastique. Ils signifient ce qui est absent, ce qui est au-delà, hors du monde. La narration est alors abandonnée, la représentation des objets perd son importance et devient une vision subjective. En peinture, la perspective prend des libertés pour rendre l’espace très plat, le graphisme est souvent épuré et la lumière joue un rôle majeur en renforçant les impressions de mystère ou de silence. Ils s’opposent à l’impressionnisme, courant en vogue à ce moment-là, qui nie le sujet, les allégories, au profit d’une peinture très réaliste, basée sur la représentation de la vision rétinienne.
Les thématiques sont souvent issues des légendes anciennes, du rêve voire même de l’angoisse ; elles évoquent aussi un âge d’or perdu ou un orient inquiétant.

Gustave Moreau, L’Apparition, vers 1874-76, huile sur toile, Musée Moreau, Paris.

C’est ce dernier thème qui inspire Gustave Moreau, artiste français original et solitaire considéré comme le premier symboliste. L’abondance et la préciosité des détails sont une des marques de fabrique de ses œuvres. Ses peintures laissent libre court aux fantasmes ou aux drames au travers de figures mythologiques ou historiques comme ici Salomé. Le clair-obscur minutieusement travaillé crée un climat à la fois sensuel et mystique qui donne toute l’intensité dramatique à la scène.

Fernand Khnopff, L’Art ou Le Sphinx ou Les Caresses, 1896, huile sur toile, Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles.

L’androgynie est également récurrente chez les symbolistes qui effacent ainsi les différences entre les sexes. L’artiste belge Fernand Khnopff représente bien cette tendance avec par exemple Le Sphinx où les traits des visages des deux personnages, l’un féminin et l’autre masculin, se ressemblent. Cela va plus loin puisque les deux regards dans le vide évoquent un autre monde voire même la mort. Dans cette toile, l’œil est d’abord attiré par l’emphase de la mise en scène ou l’esthétisme de la facture mais c’est un sentiment de malaise dû à ces deux visages qui reste en mémoire.

Edvard Munch, Madone, 1895-1902, lithographie en couleur, Musée Munch, Oslo.

Munch, généralement connu pour Le Cri, réadapte de manière dérangeante la thématique traditionnelle de la Vierge. Atteint très jeune par la mort de sa mère et de sa sœur, ses rapports aux femmes seront très perturbés. Il les dépeint tour à tour castratrices, hallucinées ou bien inaccessibles. C’est de cette manière qu’il brosse La Madone, montrée ici sensuelle et offerte mais demeurant pourtant inatteignable par la frise de spermatozoïdes. On ne comprend pas bien ce que représente le rejeton sur la gauche. Est-ce le Christ, l’ange Gabriel ou un symbole masculin accablant ? On imagine même un fœtus avorté, donnant ainsi un air pathétique à la toile, replié sur lui et les membres disproportionnés. Mais alors, que signifie t-il ici ?
Le problème de ce mouvement symboliste est qu’il transmet plastiquement les sentiments profonds des artistes qui peuvent parfois être difficile à comprendre en tant que spectateur, laissant l’artiste seul face à sa démarche.

Frantisek Kupka, Le principe de la vie, aquateinte et couleurs, 1900-1903, Centre Georges Pompidou, Paris.

Frantisek Kupka, pionnier de l’abstraction tchécoslovaque, commença sa carrière en tant que symboliste. Passionné par les sciences occultes, ce mouvement lui permet de s’exprimer, de donner libre court à son imagination. Dans cette toile, il s’inspire du Bouddhisme avec le lotus comme symbole de l’âme et mêle spiritualité et science cherchant peut-être ainsi à faire le compromis entre les deux.

Il ne faut pas croire que ce courant ne touche que la peinture ; la poésie, la sculpture ou bien la musique sont également empreintes de ces idéaux. L’arrivée de la première Guerre Mondiale donne naissance à de nouveaux courants et les valeurs représentant l’art et l’esprit symbolistes sont peu à peu abandonnées. Mais ils ne meurent pas totalement car ils inspirent fortement des mouvements comme le surréalisme, le futurisme ou l’abstraction.
Vous voici maintenant un peu plus calé sur ce sujet, alors pour frimer auprès de votre amoureux (se), ou même de vos parents, vous êtes prêt à les emmener au musée. A Paris, le musée Moreau peut-être un lieu de sortie idéale ou bien le musée d’Orsay. Pour les provinciaux comme moi, ne désespérez pas, le musée des Beaux-Arts de votre région possède sûrement de telles œuvres. Alors n’hésitez pas, la gloire est au bout du chemin…

Si ce courant vous plait, n’hésitez pas à approfondir le sujet avec quelques lectures. Je vous
conseille ce livre-là, assez complet et rempli de belles illustrations:
Le Symbolisme, Michael Gibson, Editions Taschen.

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Pas de commentaire

    Cuervo  | 01/02/07 à 19 h 17 min

  • Un de mes courants artistiques préférés qui aurait mérité une partie plus développée sur la poésie et la littérature…

  • dolly  | 02/02/07 à 10 h 34 min

  • ben le prochain coup tu nous le feras toi !!! :D

  • Camiiille  | 03/02/07 à 15 h 35 min

  • Attention au prochain numéro bertranchou ;) les pros vont te concocter un truc de folie :D

  • Cuervo  | 04/02/07 à 16 h 54 min

  • Faudra que je ;e trouve un nouveau laptop et un trou dans la semaine et vous savez que je vous suis toujours de près.

  • engy  | 07/02/07 à 15 h 09 min

  • Cuervo, on le sait bien! Et on aime ça, nous lire toujours, revenir encore, il en faut peu pour qu’on soit heureux, notez bien ça chers lecteurs :)

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