Les rencontres internationales de la photographie d’Arles 2016

22/08/16 par  |  publié dans : Arts, Expos | Tags : , , , , , , , ,

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Photographie Pablo Ernesto Piovano

Si vous pensez visiter les expositions des Rencontres d’Arles en une journée, abandonnez cette idée. Il vous faudra au minimum deux jours particulièrement intenses.

Ces rencontres 2016 sont dédiées à l’écrivain Michel Tournier disparu cette année, après Lucien Clergue en 2014, fondateurs avec le conservateur Jean-Maurice Rouquette de la manifestation, il y a quarante sept ans. Avec la nouvelle direction de Sam Stourdzé c’est une nouvelle impulsion et un recentrage sur la photographie des photographes dont la champ avait été peu à peu envahi par les plasticiens, la photo devenait de plus en plus prétexte à installation, détournement, et discours savant. La “vieille école” à tendance à penser que la photographie parle d’elle même, elle privilégie le discours de la méthode sur la méthode du discours. Les plasticiens sont encore là, bien sûr, et pourquoi pas, mais ils ne prennent plus tout le lit.

Vous pourrez soit vous concentrer sur la friche industrielle des anciennes usines électriques, vous immerger dans le labyrinthe photographique de ce lieu d’histoire propre à la méditation ou parcourir le jeu de piste de la vieille ville intra muros, et butiner de lieu en lieu. Les rencontres internationales d’Arles sont un immense terrain d’exploration où tous les aspects de la photographie sont représentés, jusques et y compris ceux que vous n’auriez choisi en aucune façon. C’est le paradoxe de l’art, il ne supporte pas la censure, ça le tue, l’éclectisme est un enrichissement, et personne n’est obligé de tout aimer.

C’est un immense archipel à explorer, une accumulation d’œuvres majeures et de photos mythiques qui donnent une leçon d’humilité radicale. Quand les plus grands ne sont plus qu’un parmi les grands, certains entrés au panthéon de leur vivant, chaque visiteur se sent tout petit, qu’il soit photographe amateur ou professionnel, ou simple spectateur.

 

Don Mccullin

Photojournalisme

La presse a magnifié Doisneau, Cartier Bresson, Izis, Kappa, Ronis, Weiss et Silvester, les plus connus de la tribu des photographes humanistes. Grâce au progrès des techniques d’impression elle a fait de la photographie un art populaire et de Paris la capitale du monde. Les photographes parisiens des années trente sont devenus les ambassadeurs de la photographie mondiale et les témoins de leur temps, ceux de la douceur de vivre comme de la misère, ou des horreurs de la guerre. Il n’étaient certes pas les seuls, mais on en répertoriait soixante et dix à Paris et vingt dans le reste du monde. Aujourd’hui les progrès fulgurants de la technologie numérique ont fait de photographe un métier qui se meurt, paradoxe de ce siècle dominé par l’image, un art qui ne cesse de croître, et un grand marché. Tout le monde est photographe, on trouve des millions d’images à un euro sur internet, les agences ferment, les journaux débauchent. On peut créer des objets photographiques à partir des portables de témoins, ça a déjà été fait à Arles. Pour nécessaire et utile que ce soit, ce n’est pas comparable à l’oeuvre d’une vie. Chaque amateur peut réaliser “la photographie de l’année”, mais ce qui ne peut changer et qui fera toujours la différence, c’est le long travail d’apprentissage, le regard, l’engagement de ceux qui risquent leur vie pour êtres témoins de leur temps. Nombreux d’entre eux en sont mort, heureusement pas tous.

Don Mccullin

Don Mccullin

 

Don Mccullin né en 1935 vit dans le somerset, on peut découvrir son travail à l’église Sainte Anne, la guerre la misère ou les paysages y sont traités avec la même force.

Correspondants de paix

Ce sont souvent les mêmes, question d’époque et de circonstances, Jacques Prévert disait de Boubat qu’il était un correspondant de paix. Hans Silvester est le petit dernier de la bande à Doisneau, dernier vivant avec Sabine Weiss, ils exposent dans le monde entiers. On peut voir son travail sur les Bench d’Ethiopie à la Chapelle du Méjean.

 

Hans Silvester

 

Curieusement enchâssé en son centre mais sans se nuire, il cohabite avec le travail glacé de Danila Tkachenko  sur le cimetière de la grandeur soviétique, tellement épuré qu’on pourrait croire à des dessins à la mine de plomb. Un grand écart qui peut surprendre ou donner à voir deux aspects totalement différents du grand reportage.

 

Arles 2016

 

Au rez de chaussée, vous découvrirez le travail de Eikoh Hosoe sur Kazuo Ono couplé avec le regard de William Klein, né en 1928 à New York qui vit et travaille à Paris.

 

Eikoh Hosoe

Eikoh Hosoe

William Klein

William Klein

Correspondant de guerre

Correspondant de guerre qui aspirait à la paix, Yan Morvan a entrepris de répertorier les lieux des batailles mythiques partout dans le monde. Sur certains, la nature a repris ses droits comme si rien n’avait jamais eu lieu, sur d’autres les traces des combats demeurent, à vif ou à peine visibles. Ce sont des lieux de la mémoire effacée.

 

Ian Morvan

Ian Morvan

 

La photographie de rue

C’est un genre à part entière, la vie au quotidien, l’instantané de la rue, la vie simple de gens simples. Sid Grosmann en est un des maîtres peu connus, pour autant il photographiait aussi les grands, comme ici Woody Guthree à côté de Peete Seeger. Né en 1913 et mort en 1955 il a fait école, les travaux de ses élèves l’accompagnent. Il partage l’Espace Van Gogh avec Eamonn Doyle dont les tirages monumentaux et les murs de portraits dans un espace confiné écrasent le spectateur, totalement immergé dans l’univers de l’auteur.

Rencontres photographiques d'Arles 206

Sid Grossman

Arles 2016

End de Eamonn Doyle

 

D’autres encore

Dans un style très différent vous pourrez voir à quelques pas les monstres japonais de l’île de Yokainoshima, île imaginaire inventée par Charles Freger, masques de cérémonie mis en scène par l’auteur avec la complicité de leurs officiants.

Charles Fréger

Charles Freger

Aux confins de la photographie, les collages de Maud Sulter, née en 1960 et morte en 2008 confrontent l’art “nègre” à des images de l’Europe blanche, c’était sa manière de dénoncer la violence faite aux peuples colonisés et l’idéologie raciste et raciale.

Maud Sulter 1U7A7551

Maud Sulter

 

La photographie témoin de ceux qu’on massacre en silence

La photographie ça peut aussi vous serrer la gorge, c’est plus qu’un témoignage, c’est une dénonciation.1U7A7557

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C’est jusqu’au 25 septembre 2016 mais attention, 10 expositions fermeront le 28 août. Renseignements au 04 90 96 76 06

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