[MP 2013] L’art à l’endroit : un parcours d’art contemporain à Aix en Provence

17/01/13 par  |  publié dans : Artistes, Arts, Expos | Tags : , ,

Mp13CoursMirabeauAix

MP2013 est une grande fête, on vous dit : partout en Provence, les initiatives locales pullulent, et si la cité phocéenne est sous les projecteurs, d’autres communes veulent tirer leur épingle du jeu culturel. A l’image d’Aix en Provence, qui fidèle à son image de ville bobo, évacue le populaire (trop vulgaire) au profit de l’élitiste. L’art contemporain s’y taille donc la part du lion, avec une exposition à ciel ouvert où le m’as-tu-vu se décline à grands coups d’oeuvres démesurées. Quitte à avoir les moyens de ses ambitions, autant les montrer. Les oeuvres livrées sont aussi hautes que la renommée mondiale des onze artistes qui les exposent. C’est là, manifestement, la seule contrainte imposée par le cahier des charges, tant ce “parcours d’art” intitulé “L’art à l’endroit”, au fil de ses escales, donne plus d’une fois l’occasion de passer de la fascination à la circonspection.

CoursMirabeauMP13Première étape : le cours Mirabeau, et ses platanes rhabillés pour l’hiver par Yayoi Kusama. Un “geste d’art”, plus qu’une œuvre, consistant à multiplier le motif du pois (blanc sur fond rouge) avec une frénésie obsessionnelle. Il serait vain de s’arrêter devant un platane pour étudier le détail du tissu et tenter d’y déceler un sens. Car l’intérêt est ailleurs, dans la fantasmagorie de la couleur étirée à l’infini et dans le vertige provoqué par la profondeur de champ. L’arbre seul est ridicule, autant qu’un teckel auquel on aurait enfilé un pull. Mais les deux rangées de platanes, contemplées de loin, dans leur unité, sont hypnotisantes. Ce début de parcours est une surprise.

RotondeAixmp13A quelques mètres du Cours, la Rotonde accueille elle aussi un objet d’art insolite : un carrosse échoué là, entre les jets d’eau. Rachel Feinstein en a imaginé la silhouette sombre et féérique. L’artiste américaine y utilise ses matériaux de prédilection – plâtre, bois, peinture à l’huile sur verre – pour donner forme à cette œuvre symbolisant selon elle, les voitures à cheval du 17ème siècle. On s’y attarde quelques minutes, avant de se diriger vers la place François-Villon. Là encore, le Parcours donne l’illusion du sans faute. Au beau milieu de l’allée commerçante où les passants vont et viennent, davantage happés par les soldes que par l’exposition monumentalement discrète offerte à leurs yeux, se dresse un amas de fers à cheval de 3 mètres de haut, érigé là par Mark Handforth. Une installation qui tient davantage du mobilier urbain, les promeneurs étant invités à s’y asseoir à leur guise. Une manière pour les “spectateurs” (ou ceux qui acceptent aixvillonmp13de l’être) de s’approprier l’art contemporain. Et une manière pour l’art de s’approprier l’espace public. On commence à comprendre le sens de la démarche, le questionnement initié sur le patrimoine aixois et la place donnée à l’art lorsque celui-ci sort des musées. Au coeur de la ville, l’oeuvre, aussi monumentale soit-elle, peut aussi se perdre, échapper à la vigilance, se fondre dans le décor en dépit de ses ambitions démesurées. Fascinant.

Mais les choses se gâtent, et les fautes de goût commencent à pleuvoir, transformant le parcours d’art en chemin de “QUOI ?”. Dans la cour intérieure de l’Hôtel de ville, d’abord, où une installation rouge vif de 8 mètres sur 5 (humblement nommée “Le Monument”), création de Xavier Veilhan, suscite l’intérêt de nombreux enfants, heureux de s’avachir sur ses banquettes. Les parents se montrent plus sceptiques, et règlent leurs appareils en mode portrait (braqués sur les bambinous), signe flagrant de détachement vis à vis de l’œuvre exposée.

AixMP13Hoteldeville

Des noms prestigieux, pour des oeuvres qui ne le sont pas forcément

MP13AixSaintjeandemalteLa Cour d’Appel a aussi droit à son édifice artistique. On doute quelques secondes, mais à la vue des badauds photographiant compulsivement la chose sans savoir par quel bout la prendre, on finit par comprendre que l’espèce de volière posée devant la porte est bien une œuvre d’art. Hallucination collective. La Mexicaine Sofia Taboas – qui livre ici une commande, reconnaissons-lui au moins cet effort – a offert à MP2013 quatre cages aux formes géométriques différentes (une carrée, une triangulaire, une pentagonale et une cylindrique) dont on saisit très bien le sens – l’emprisonnement, tout ça tout ça – mais pas vraiment la valeur AixMP13Courdappelesthétique. Idem pour l’arbre en aluminium de Ugo Rondinone, qui sur la place Saint Jean de Malte, défie de toute sa blancheur les silhouettes noirâtres et décharnées des hôtes naturels des lieux. Un végétal spectral dont on admire les finitions, mais qu’on imagine tout aussi bien placé au milieu d’un rond-point à l’entrée d’une ville de 10 000 habitants.

Franz West nous achève : devant le Palais de Justice, la farce est énorme. Des sculptures qu’on croirait effectuées en papier mâché par des élèves de primaire adeptes des couleurs pastel, trônent ici avec insolence. On essaie de comprendre : “Les trois formes monumentales sont réalisées en aluminium laqué, et comme toutes les oeuvres de Franz West, elles sont à la fois organiques et abstraites” explique le panneau informatif. “Posées sur un grand socle neutre, elles sont conçues pour créer leur propre espace au coeur de la ville (…) Placée sur le seuil du palais de justice, la sculpture évoque la procédure judiciaire comme mise en scène (avec le juge, le prévenu et l’avocat) et confronte son humour et sa légèreté à la solennité du lieu”. On a la vague impression d’être pris pour des imbéciles, surtout quand on sait que “l’oeuvre” n’en est pas à sa première exposition, et qu’elle n’a pas été systématiquement présentée devant des Palais de justice.

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Le prie-Dieu en bois installé par Marc Camille Chaimowicz dans la chapelle de la Consolation nous fait doucement marrer. L’objet est plutôt joli, d’une pureté bienvenue parmi les ornements indigestes que tout édifice religieux digne de ce nom nous abreuve contre notre gré. Dans une boutique design du centre ville, il passerait inaperçu.

AixMP13HouseagoThomas Houseago nous réconcilie avec le Parcours. Devant la Chapelle Saint Sauveur, une grande sculpture en bronze semble avoir débordé de son moule. Le visage liquéfié et le regard vide de cette Seating Woman interpellent, tout autant que le choix de l’artiste de fendre son œuvre en deux (dans le sens de la longueur). Manière sans doute de sonder les reliefs et de torturer la matière, ou peut-être de jouer avec les limites de la tridimensionnalité. Au Mausolée Joseph Sec, Houseago a installé des bas-reliefs géants, mais on n’a pas eu le temps d’aller les contempler. Une rapide recherche nous a permis de constater qu’à la volumineuse femme assise dont il nous invite à explorer les fêlures, il oppose l’écrasement et le déploiement de ses Panels. On ira y faire un tour.

En fin de parcours, on découvre Abbottabad, de Huang Yong Ping Patio, dans la cour de l’Hôtel Gallifet. Une reproduction en terre cuite traditionnelle chinoise, du dernier bunker de Ben Laden. De loin, on pense à une vaste blague, tant l’œuvre pourrait aisément passer pour du mobilier extérieur. Une généreuse végétation envahit l’installation, donnant à l’ensemble des airs de décoration de jardin laissée à l’abandon. En se rapprochant, et en faisant abstraction des commentaires sardoniques des visiteurs (“les tâches, là, c’est une représentation des caries de l’artiste, non ?”), on y voit autre chose : un symbole de liberté retrouvée, d’apaisement. Pour autant, là encore, on en vient à se questionner sur la légitimité formelle de l’art contemporain là où seul le geste semble prévaloir. Car rien ne nous a transporté dans ce Parcours, sinon la possibilité d’envisager la ville de façon inédite : comme un immense lieu d’exposition d’envergure internationale. “Rares sont les musées qui peuvent proposer un programme avec des noms aussi prestigieux” estime le commissaire de l’exposition, Xavier Douroux (codirecteur du Consortium à Dijon). Des noms prestigieux, certes, pour des œuvres qui ne le sont pas forcément. Chacun pourra en juger, jusqu’au 17 février.

AixMP13Hôtelgallifet 

Tous les week-ends, des médiateurs accompagneront le public. Plan disponible à l’Office du tourisme d’Aix-en-Provence.

On les a loupés :

– Les coussins de velours sur les assises de la nef centrale, et les 102 faux livres de l’abbaye de Silvacane, par Marc Camille Chaimowicz. – Les bas-reliefs géants de Thomas Houseago au Mausolée Joseph Sec.- Les affiches de Kimsooja sur les façades de la ville.- L’installation inspirée des motifs floraux des années 60, au Pavillon Vendôme, par Jorge Pardo.

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