Our Body, l’expo qui décape

02/01/09 par  |  publié dans : Arts, Expos | Tags : ,

De vrais corps humains légués à la science en Chine et présentés un peu partout dans le monde dépecés, écorchés, énervés (au sens premier) et vascularisés de sorte que rien de l’horlogerie interne de notre anatomie ne puisse échapper au visiteur.

Refusée par la Villette après un avis négatif du comité national d’éthique, l’exposition Our Body, à corps ouvert est passée cette année à Lyon de mai à août et a engrangé quelques 100 000 visiteurs avant de débarquer à Marseille. Certains médias locaux ont beau râler, il semblerait que l’expo soit vouée au même succès qu’un peu partout dans le monde (on avance le chiffre de 30 millions de spectateurs pour ce type d’expos ces dernières années, lire en fin d’article) et devrait être prolongée un moment au delà de la date initiale (31 janvier).

Présentée comme artistique et pédagogique – le livre d’or ne compte plus les étudiants en médecine ou écoliers venus en groupes – Our body présente différents organes, membres, systèmes nerveux et sanguins sous vitrines, accompagnés de vignettes explicatives. Ici, un bras, là, les minuscules os de l’oreille, ailleurs, un crâne de bébé, un poumon pathogène… cette partie là ne dépareillerait pas dans un museum d’histoire naturelle, et on apprend ou révise facilement des notions vues à l’école.

Mais l’essentiel est ailleurs, dans ces 17 corps ou spécimens selon le vocable de l’expo (!) plasticinés ou “plastifiés” selon un prodécé original, de manière à tenir selon une présentation qui se veut digne… et ludique à la fois.

Un tel fait du vélo (un Btwin de Décathlon : la marque a-t-elle offert son joujou gratuitement en vue de sponsoring ?). Un autre tire à l’arc, muscles bandés par l’effort. X s’élance pour shooter son ballon de foot. Y autre joue aux échecs, en pleine réflexion, rappelle le Penseur de Rodin.

Soit. Impossible de nier qu’il y a quelque chose de fascinant à voir le corps sous l’angle tuyauterie et barbaque, ouvert à la vue de tous comme un calendrier de l’avent au 25 décembre. Mais au fil des remarques déplacées ou neuneus chuchotées autour de nous, le malaise s’installe, et les questions abondent. Est-t-on certain de l’origine de ces corps (condamnés à mort politiques ?) ? Savaient-ils qu’ils allaient finir là, exhibés comme des phénomènes de foire, y compris sur des produits dérivés ?

Si l’installation de 8 panneaux de verre renfermant des lamelles de corps hypnotise, que penser de cette peau déroulée comme un trophée de chasse, poils pubiens inclus ? De ce squelette enguirlandé de veines “artistiques”, dans une position alanguie, rappelant cette pub pour les matelas, celle avec la bimbo vue aux rayons x ? De telles mises en scènes s’imposaient-t-elles ? On en doute.

Alors que certains visiteurs s’interrogent sur la surreprésentation masculine de ces corps, il appartiendra en outre à chacun d’apprécier le côté cheap de certaines parties de l’expo (bouclée en une heure) au regard du prix exorbitant consenti à l’entrée : 15,50 euros par adulte, plus le parking à 5 euros…

Quand tu regardes dans l’abîme…

Marchandisation du corps et néo-colonialisme contre fascination pédagogique et morbide. Bien qu’incapable de la condamner entièrement, on reste très circonspect sur la noblesse de la chose, et les mots du comité national d’éthique ne nous quittent pas une seconde :

« Bien qu’anonymes, les corps représentés n’en ont pas moins été des individus ; leur exhibition (et leur réification) constituent une atteinte à leur identité et donc à leur dignité. »

De la roupie de sansonnet !

Le fond du fond ? Pas tout à fait. Il semblerait même que l’on aie échappé au pire. L’expo met en oeuvre un procédé développé par l’anatomiste allemand Gunther Von Hagen en 1977. Ses expositions, Body Worlds, tournent depuis 1995 aux quatre coins du monde (et actuellement en Belgique) ; selon un crédo a priori honorable : “éduquer le public sur le fonctionnement interne du corps humain et lui montrer les effets d’une mauvaise santé, d’une bonne santé et de nos choix de vie” et encore “stimuler la curiosité des visiteurs pour la science de l’anatomie”.

Une googlelisation de “bodyworlds” à la rubrique Images donne une vision de cauchemar. Ecorchés figés dans des poses lascives, guitares à la main, en skate board, en train de faire du patinage artistique ou des entrechats, bras tendus vers le public ou en équilibre sur leur propre colonne vertébrale… l’abondance de “viande” donne la nausée, le corps devient un produit de consommation vaguement culturel avec l’art comme alibi. A 17 euros l’entrée. Brrrr.

Our body, à corps ouvert Parc Chanot/Palais des arts de Marseille, jusqu’au 31 janvier.

Pour en savoir plus sur Bodyworlds en particulier, voir la page très complète de Artezia.
*C’était ce qui nous avait séduit à la version Las Vegas de Bodies, que nous avons vue, et peiné à retrouver à Marseille.

Photos Holden et DR.
Merci à Nicolas S. pour son aide “logistique” ;)

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12 commentaires

    Gérôme  | 02/01/09 à 15 h 18 min

  • Quand je suis parti pour la capitale des Gaules voir cette exposition, je ne m’attendais à rien de particulier. Pourtant ma déception a été grande. L’humanisation des dépouilles, la dénégation de l’enveloppe charnelle (bidoche étalée, peau symboliquement comparée à une peau de tigre dans une demeure coloniale et la pénible comparaison: “poumon de fumeur / poumon de non fumeur”).
    Au fond le problème de cette exposition c’est qu’en devenant grand public, elle a fait disparaître sa dimension scientifique (ou de modèle artistique – d’ailleurs on ne trouve pas de croquis ou de peintures de cette exposition, juste des photographies) pour s’enfermer dans un “spectacle” navrant. Une représentation de plus de ce que peut devenir un monde sans dieux.
    En prime, le commissaire d’exposition, les autorités françaises et chinoises sont heureuses d’offrir à nos yeux les cadavres d’opposants politiques chinois fusillés (pour l’exemple et la grande révolution maoïste) dont les corps ont été “donnés” à la science.

    Par contre le catalogue de l’exposition est bien foutu. Et l’espace d’exposition lyonnais appelé à devenir une curiosité architecturale digne de ce nom.

  • H.  | 02/01/09 à 15 h 46 min

  • [i]Une représentation de plus de ce que peut devenir un monde sans dieux[/i]

    Toi, tu cherches encore des ennuis… ;) enfin on est du même avis.

    Check la recherche Goggle Images de “bodyworlds”, c’est à pleurer.

  • elise  | 02/01/09 à 16 h 56 min

  • vraisemblablement ce genre de truc me dérange au plus profond de moi…rien que de voir ça…je sens mes entrailles qui picotent…

  • Bertrand  | 03/01/09 à 5 h 22 min

  • Où qu’elles passent, ces expositions ne laissent pas indifférent. Pour ma part, je pense pouvoir faire la part des choses. Etudiant les civilisations de la Mésoamérique où le sacrifice humain, notamment de prisonniers de guerres, un archéologue se place dans la même problématique scientifique. Mais du moment où l’aspect spectacle et mise en scène prend le pas sur l’aspect scientifique voir même sur la dénonciation d’idéologies, ça devient morbide, vulgaire et m’as-tu vu ? En tout cas, le commissaire de l’exposition est sûr de se faire des testicules en or qui ne seront certainement pas exposé au public…

  • Bertrand  | 03/01/09 à 5 h 23 min

  • J’ai oublié une partie de ma phrase “où le sacrifice humain, notamment de prisonniers de guerre, est un acte de foi”
    Sans compter la faute d’orthographe “exposées”

  • H  | 03/01/09 à 14 h 54 min

  • En guise de commissaire d’exposition, c’est de producteur qu’il faut parler. Pascal Bernardin a produit des concerts de Bob Marley, Michael Jackson, les Rolling Stones, Madonna, Disney sur glace, Riverdance, Lord of the Dance…

  • ariane  | 03/01/09 à 18 h 40 min

  • Terrifiant! En Belgique, un gorille figurait sur l’affiche de pub… Heureusement qu’il y a des projets moins montrueux tels que le Svalbard Global Seed Vault (oui, rien à voir)
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Svalbard_Global_Seed_Vault

  • nempower  | 09/01/09 à 18 h 15 min

  • j’ai vu la totalité des photos prisent par holden et j’avoue que c’est très impressionnant….

  • Pr Chiaroni  | 20/01/09 à 17 h 21 min

  • Bonjour, Cette exposition est intéressante mais cet article est fastidieux à lire rempli de phrases vides. A croire que “l’auteur” n’a rien compris … et tous ces copier-coller pris sur la toile !

  • Holden  | 20/01/09 à 19 h 08 min

  • Libre à vous d’apprécier la mise en forme de mes propos, ou pas. Je ne peux en revanche pas vous laisser réduire cette article à un amas de phrases vides et de copié-collés pris sur la toile. Je n’ai rien à gagner à rédiger mes articles sur le dos des autres et n’y suis pour rien si une revue de presse intensive peut faire apparaître des similitudes d’idées d’un auteur à un autre. Je préférerai lire votre avis sur l’exposition puisque vous semblez avoir compris tant de choses.

  • Engy  | 13/02/09 à 8 h 08 min

  • Pour info, l’exposition Our Body est désormais à Paris et ce jusqu’au mois de Mai.

  • WilloW  | 27/02/09 à 10 h 03 min

  • Qui amènerai un enfant ou un groupe de classe de primaire à cette expo? … Pas moi.
    Etudiant en médecine je peux éventuellement comprendre l’aspect scientifique de ces écorchés. Mais je pense que les mettrent en scène pour avoir un aspect “ludique” c’est vraiment n’importe quoi… Tout ça pour de l’argent.MERDE ALORS!!! c’est pas nouveau.Il y a des musées de science humaine qui montre ce genre de chose…Tout ça c’est vraiment que du marketting.

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