Tout sur le tatoo

18/04/16 par  |  publié dans : Artistes, Arts | Tags : , ,

Anton Zvir

L’âme slave

Anton Zvir est biélorusse, ce pays issu de l’ex URSS qui est une démocratie populaire exemplaire, c’est à dire une dictature impopulaire.

Il est français aussi, danseur au Ballet National de Marseille, la deuxième compagnie de danse après l’Opéra de Paris, la première compagnie contemporaine. Ses parents sont danseurs dans une troupe prestigieuse de danse traditionnelle biélorusse, il est donc quasiment né en danseur. Mais comme son grand père était peintre il l’est aussi. Ses tableaux réalistes, très graphiques, portent la marque et la précision du dessinateur autodidacte, et celle d’une culture post soviétique douloureuse. Il a remporté le premier prix de peinture à l’huile de “La ronde des artistes peintres” en 2007 à Marseille.

Anton Zvir

Les hasards de la vie l’ont amené à fréquenter le salon de tatouage de Victor Minko de Minsk, une passion est née là. Il a commencé par la peinture sur soi, c’est à dire sur lui, puis sur les autres, dans une version pour le moins originale du peintre et son modèle, modèle qui est lui même la toile. Ce n’est donc pas par hasard si il s’est offert la folie d’ouvrir un salon de tatouage à Marseille. Il danse dans le monde entiers, peint chez lui et tatoue au 59 de la rue du Docteur Escat, préparant sa reconversion, l’âge venant. Imaginez : bientôt trente six ans !

Le tableau ne serait pas complet si il ne gardait sous le coude une série originale inédite de photographies des danseurs du Ballet National de Marseille en « light painting », qui trouverait sa place aux rencontres internationales d’Arles, pour autant qu’il y postulat.

Anton Zvir

Un salon, une équipe

A l’école de danse du Bolchoï de Minsk il a côtoyé Pavel Yakauleu, ils sont devenus amis, lui est aujourd’hui danseur de cabaret à Marseille. Celui ci vit avec Natacha Marini, une jeune femme qui a abandonné la sécurité de son travail de Directrice de crèche pour la passion du tatouage. Il y a aussi Damien Mabit, graphiste, l’apprenti d’Anton. Pour le moment ils sont trois, mais ils espèrent être bientôt rejoints par Jénia Yurevich, une artiste peintre et tatoueuse biélorusse qui a fréquenté le même salon de tatouage, avant de fréquenter Anton. Dès que seront aplanies les incommensurables tracasseries administrative qui nous protègent des artistes étrangers (mais pas du travailleur déplacés des différents pays de la communauté européenne pour remplacer ceux de nos colonies -hélas- perdues, il faut bien que les actionnaires optimisent leur investissements) ils seront quatre.

Après un an d’existence, le salon « tourne » suffisamment pour couvrir les frais, mais pas encore assez pour dégager des salaires. La passion n’est pas toujours rémunératrice, l’art encore moins.

Anton Zvir

De l’art ou du cochon ?

Anton raconte qu’un tatoueur fou tatoue des cochons japonais qui vivent leur vie de cochon avant qu’il ne reprenne son œuvre sur la bête, mais seulement quand ils sont vieux. On ne sait pas si il les mange aussi. Ceux, inquiets, qui ont l’âge des souvenirs d’après guerre, objecteront que nombre de déportés ont fini en abats jours, reconnus pour la qualité de leurs tatouages, les nazis étaient des esthètes et des collectionneurs avisés.

Heureusement on n’en est plus là, mais les souvenirs profèrent parfois des menaces d’avenir.

Anton Zvir

Aujourd’hui le tatouage est devenu sinon banal, du moins populaire. Les durs, les vrais les tatoués existent encore certainement, ceux à l’encre de marine sur l’épaule ou à la tête de mort sur les biceps et les pectoraux, mais il y a aussi les frêles jeunes filles aux dessins délicats et ailes dans le dos, des hommes et des femmes de tous les âges et de tous les milieux. Comprenne qui pourra, le tatouage est une passion qui se répand, pour l’esthétique, l’originalité, la transgression peut-être, il y a là matière à thèse de sociologie.

Anton Zvir

Le tatoueur n’est pas reconnu comme artiste, tous ne le sont sans doute pas, mais leur syndicat s’y emploie. En ce qui concerne nos protagonistes, ils le sont. Ils allient le professionnalisme de l’artisan à la passion de l’artiste. Qu’on ait ou non l’envie de se faire tatouer, visiter l’exposition de peintures qui décorent le salon est en soi une découverte, mais prudence, ça peut donner des idées ! Dans ce cas, vous seriez entre des mains expertes.

Anton Zvir

Comme on dit dans les guides, « Vaut le détour ».

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