A la découverte d’un ailleurs

01/11/08 par  |  publié dans : Carnets, Tendances | Tags :

Besoin de voir du pays, curiosité, argent, besoin de reconnaissance, goût de l’aventure, intérêt scientifique… Peu importe leurs motivations, les explorateurs ont, à travers les âges, bouleversé les conceptions du monde, révélant soudainement l’existence de terrae incognitae et de la foule de végétaux, animaux et hommes qui la peuplent. On connaît tous les figures qui se sont illustrées dans l’art de découvrir à dessein ou par hasard, de Marco Polo à Magellan en passant par Christophe Colomb ou Jacques Cartier. Et à côté de ces incontournables, il existe d’autres artisans de la boussole et du compas à ne pas négliger.

La curiosité qui ne se mouille pas trop

Les précurseurs de l’exploration sont inévitablement les Grecs. Cette grande civilisation que l’on ne présente plus est de manière incontestable la plus en avance sur son temps avec les philosophes, mathématiciens et autres savants que l’on ne présente plus. Dès cette époque le besoin de voir du pays se fait sentir, on explore sans compter les environs selon une technique un peu frileuse, certes, mais efficace j’ai nommé le canotage. De vieux souvenirs du collège reviennent aussitôt à la mémoire à l’évocation de ce mot : le canotage qui est l’exploration des environs en longeant les côtes ou comment découvrir des terres inconnues sans tomber dans le vide ! C’est de cette manière que l’explorateur Pythéas découvre le détroit de Gibraltar vers -340, permettant ainsi l’accès à l’Europe du Nord au peuple méditerranéen.

Carte du monde

Beaucoup plus tard, aux XIIIéme et XIVème siècles, la grande mode des voyages vers l’est commence. Cette fois-ci c’est la voie terrienne qui est choisie. L’Inde, la Chine et autres pays orientaux attirent nos explorateurs en quête des richesses qui font la renommée de ces pays. Marco Polo est la figure emblématique de ces découvertes même s’il est important de savoir qu’il n’est pas le premier à avoir parcouru la fameuse Route de la Soie. Cet italien, né dans une famille de commerçants Vénitiens, suit les traces de son père et de son oncle déjà familiarisés avec la Chine. En effet de grands enjeux commerciaux et politiques sont à l’oeuvre. L’amitié avec l’Empire chinois favorisant l’échange de biens entre le Vieux Continent et l’Orient : or, pierres précieuses, animaux et fruits exotiques… Est-il utile de rappeler que les Chinois sont les inventeurs du papier, de la poudre à canon etc ?
Mais la route des Indes intercontinentale ou en prenant la mer à partir du Moyen Orient c’est long, très long et dangereux, cela donne des idées à certains…

L’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai

On peut accéder à l’Inde et à la Chine par la voie aquatique, le cap vers l’ouest, Christophe Colomb en est persuadé. Ce qui donne lieu à la découverte erronée la plus célèbre : en 1492 l’Amérique est révélée par ce grand navigateur. Grande date qui a fait histoire depuis, certains la choisissent comme point de repère pour symboliser la fin du Moyen Age. Pourtant même à cette époque, ce continent n’est pas si inconnu qu’on le croit. En effet, au Xème siècle, les Vikings avaient déjà exploré le territoire nommé Terre-Neuve. On parle également de téméraires pêcheurs irlandais ayant été jusqu’au Canada, un Portugais, João Vaz Corte-Real découvre en 1472 le fleuve Hudson et remonte les côtes du Canada et enfin -cocorico- l’explorateur Jean Cousin aurait déjà découvert le Brésil en 1488. Cependant c’est grâce à l’arrivée de Colomb que le pays aux mille merveilles suscite enfin l’engouement qu’on lui connaît, entraînant alors des vagues successives d’exploration où s’illustre (plus ou moins glorieusement) toute une génération de marins-curieux-mercenaires-conquistadores-etc. Le tristement célèbre Hernan Cortes s’emploie à conquérir le Mexique, les espagnols Francisco Pizarro et Diego de Almagro se chargent du Pérou, Jacques Cartier s’aventure au Canada et les Portugais s’intéressent de très près au Brésil. S’ensuivent les péripéties politico-commercialo-religieuses (oui, l’expression est de moi) connues du grand public, la recherche de l’or, du mythique El Dorado et au passage quelques incidents diplomatiques avec la population autochtone de ce continent plein de promesses pour un vieux continent qui cherche à s’étendre. Cette fascination pour l’Amérique ne fait bien sûr que commencer.

Arrivée de Christophe Colomb en Amérique

L’Afrique c’est chic

Le continent africain est déjà relativement connu, mais en surface seulement. Les Européens ne se sont pas encore risqués à entrer plus à l’intérieur et même si le commerce triangulaire est déjà bien en place, il faut tout de même attendre le XIXème siècle pour qu’ils se décident à pénétrer dans l’Afrique australe avec Heinrich Barth et le célèbre David Livingstone qui est le premier à pouvoir apprécier la beauté des chutes du Zimbabwe en 1855. Nos explorateurs partent alors dans toutes les directions possibles et inimaginables : à la découverte des grands lacs, comme celui de Victoria découvert en 1862 par John Speke, des grands fleuves comme celui du Niger, des forêts tropicales, des grande étendues de brousse et de savane. L’exotisme de ces terres immenses est fédérateur, bien que le mot exploration commence à rimer trop souvent avec exploitation.
Mais le climat chaud de l’Amérique du sud et de l’Afrique, à la longue, ça lasse. Pour l’aventure, la vraie, c’est plus au nord qu’il faut aller.

Portrait de David Livingstone

Ne pas perdre le nord

1786 voit la première ascension du Mont Blanc par Jacques Balmat et Michel Paccard. Mais le Mont Blanc, ça reste la France, niveau exotisme ce n’est pas suffisant. Au XXème siècle, l’Arctique et l’Antarctique font alors des émules parmi les assoiffés de toujours plus de territoires inexplorés. C’est le côté sportif qui domine ces explorations un brin plus respectueuses des populations déjà présentes. Robert Peary atteint le pôle Nord en 1909 et deux ans plus tard c’est au tour du pôle Sud de n’avoir plus rien à cacher grâce à Roald Almudsen. L’Arctique surtout intéresse les grands de ce monde, parce que l’Arctique c’est bien pratique. Si je vous dis Guerre Froide, si je vous dis Arctique pas loin des États Unis et pas loin de la Russie, vous me répondez point stratégique et là vous avez gagné. Mais c’est aussi le moment d’avoir quelques considérations ethnologiques et anthropologiques. Le géographe Jean Malaurie a passé beaucoup de temps dans les environs de Thulé en immersion totale avec les populations esquimaudes afin de connaître le plus en profondeur possible leurs coutumes, traditions et quotidien, tentant de faire valoir leurs droits face à une vieille Europe qui tente encore au XXème siècle de tirer profit des brillantes découvertes de nos explorateurs.

Première de couverture du livre Hummocks de Jean Malaurie

L’exploration semble donc être le propre de l’homme, toujours en mouvement, en recherche perpétuelle de l’inconnu, d’espaces encore vierges, de terres lointaines et mystérieuses. L’esprit de curiosité, de bravoure et peut-être d’insouciance ont été les maîtres mots de beaucoup de ces marins et scientifiques qui ont osé se jeter à l’eau. On ne peut que regretter l’utilisation peu éthique qui a été faite de ces grandes avancées géographiques. En tout cas sur la Lune, il n’y a personne à embêter…

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