Alcatraz : une évasion

02/02/09 par  |  publié dans : Carnets, Voyages | Tags : ,

Alcatraz, prison célèbre et connue de tous notamment par sa présence cinématographique, recèle bien des secrets et réserve bien des surprises à ceux qui s’aventureront sur l’île rocheuse de la baie de San Francisco. Aussi cliché que cela puisse être !

Deux mots étranges – ironiques ? – inscrits en lettres rouge sang, Indians welcome contrastent avec le panneau d’accueil United states penitentiary. En 1969, six ans après la fermeture de la prison, 78 Indiens s’installent dans la nuit du 9 novembre sur le rocher. Très vite, ils seront plus de 600 à y vivre provenant de 50 tribus différentes. Ils se proposent de créer un centre d’études indiennes pour l’écologie, afin par exemple de dépolluer les eaux de la baie de San Francisco. Ils ne souhaitent qu’une chose, qu’on les laisse vivre tranquillement, et pour cela ils ont choisi un endroit dont personne ne voulait. Cela n’empêchera pas les forces fédérales américaines de les expulser un an et demi après leur arrivée.

La vie à Alcatraz n’était pas la même pour tous. Les gardiens et leurs familles menaient une vie bien paisible dans les maisonnettes prévues pour les accueillir. Les enfants allaient à l’école en bateau et jouaient dans leurs jardins, les pères de famille passaient leurs soirées au bar des officiers, et les femmes jardinaient et papotaient entres elles ; c’était le Desperate Housewives des années 40.

Belle vie aussi pour les prisonniers, ou presque : douches chaudes pour ne pas s’accoutumer à l’eau froide qui donnerait la force de franchir les courants glacés de la baie, pas de surpopulation, une grande bibliothèque, une cantine avec son propre chef – et pas de surgelés à cette époque ? – des cellules qu’ils pouvaient décorer à leur guise. Mais bon, petites les cellules, forcément c’est la prison ! Et puis on ne voit pas beaucoup le soleil à travers les barreaux de cette toute petite fenêtre. Ce qu’on voit à longueur de journée, ce sont les pires des criminels, des grands méchants. D’ailleurs il fait bien froid dans le couloir gris et glauque de « Broadway ». Dehors on entend les mouettes, et les vagues qui se brisent aux pieds de la prison, et plus loin les bruits de la vie dans la baie. La vie la vraie, se déroule à l’extérieur, d’où les quatorze tentatives d’évasion.

Ils étaient un petit groupe et ils ont tout orchestré. L’un s’occupait des gardiens, l’autre des clés, le suivant s’emparait des armes. Des coups de feu, des otages, à eux six, ils feront vingt victimes dont deux morts. C’est la Bataille d’Alcatraz, dont seule l’armée viendra à bout le 4 Mai 1946 après deux jours de combats.

Comment imaginer que ce caillou incultivable, lieu de combats féroces, site touristique depuis 1973, constitue actuellement une réserve de faune et de flore ? Les oiseaux s’y sentent comme chez eux. Pas étonnant, vu que le nom d’Alcatraz vient de l’espagnol alcatraces qui signifie “drôle d’oiseau”. Et effectivement, ça pue la mouette !

Il n’y a plus qu’à reprendre le bateau vers le Pier 31 de San Francisco. Dans l’autre sens, la prise en charge se fait à peine arrivé : d’abord les rangers, ensuite un petit film de témoignages, puis un guide audio vivant et complet qui nous mène à travers l’île. “Y’a pas dire les américains savent nous en mettre plein la vue“. C’est ce qu’on se dit sur le bateau qui nous ramène dans la baie, cheveux au vent sous le soleil qui nous réchauffe à peine mais qui justifie les lunettes teintées.

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