Amma : et si Jésus était une femme ?

17/02/10 par  |  publié dans : Carnets, Tendances | Tags : ,

Réfléchissons-y deux minutes. Il y a eu le premier briquet à silex. La roue. Les mathématiques. L’imprimerie. La machine à vapeur. La pénicilline. Un petit pas pour l’homme, sur un caillou dans l’espace. Caramail. L’Iphone. Histoire de dire qu’en deux mille dix, on est censés être un minimum avancés. Et pourtant : d’un côté les barbus n’ont toujours pas fait la différence entre politique et religion. De l’autre, le héraut number 1 de la chrétienté n’en démord pas : les capotes, c’est pas bon pour ton âme, l’ami, range ton zizi dans la poche.

C’est à désespérer.

Pendant ce temps, au pays des vaches sacrées et des hotlines à bas prix, un petit bout de femme fait sa révolution avec un retour aux sources : l’Amour avec un grand A. Mata Amritanandamayi, “la mère de la béatitude immortelle”, ou Amma pour les intimes, 57 balais, jouit en Inde d’un culte ultra populaire. Depuis quelques années, elle a ses fans en occident, où elle vient prêcher son Darshan. Une idée bête comme chou qui a de quoi décontenancer les plus cyniques : pour faire passer son message, elle prend les gens dans ses bras (darshan = étreinte, ou plus précisément “un moment de contact visuel avec un maître spirituel ou sa représentation et la transmission d’énergie spirituelle associée à cette vision” d’après Wikipédia). Parfois des jours entiers, à la chaîne, comme ça, pour transmettre son énergie spirituelle autant que symboliser le peace and love. Ses partisans en sortent tourneboulés. Elle en aurait étreint quelques 27 millions, assure son exégèse.

Fille de pêcheurs, peu lettrée – elle a arrêté l’école à 9 ans pour s’occuper de sa famille – la petite Amma a très tôt fait preuve d’un sens de l’altruisme à faire rougir le ministère de l’Immigration . Devenue “sainte”, elle est à la tête d’un trust caritatif (Embracing the world) qui rend la vie plus facile à des milliers de gens, nous dit son site internet. Micro-crédit et formation, programmes éducatifs et bourses d’étude, secours d’urgence sur les catastrophes naturelles, rénovations de logements insalubres et construction de HLMs, soupes populaires, gestion d’hôpitaux… la liste est longue.

Embracing the world se finance par des dons, des stages de développement personnel dans l’ashram… et une boutique bien fournie en merchandising autour d’Amma, selon des modalités parfois cocasses. 2 euros l’encens Amma’s rose. 15 euros le cd “Amma chante en français”. 20 euros le DVD “A day with mother”. 30 euros le poster d’Amma en pleine méditation (les photos sont commentées pour que les aveugles sachent ce qu’ils achètent. Oui oui). Des recettes de cuisine, des colliers, et des livres en pagaille…

Entre le culte de la personnalité et le système du gourou (mentor) propre à l’hindouisme, la sainte patronne lève des millions. Faut-il s’en plaindre ?

Je l’avais rencontrée il y a quelques années, à la sortie du – très joli – documentaire de Jan Kounen qui lui était consacré. A la fin de l’interview, j’avais eu droit à mon petit darshan privé. Si je n’ai pas ressenti la béatitude céleste ou l’illumination divine, je dois avouer que son charisme et son sourire indestructible m’avaient touché. Elle fait un mètre douze, elle est pas vraiment svelte, mais elle respire la confiance, la tranquillité. Elle est même – je cherchais mes mots – un peu fun. Les barbus et les pères la morale feraient bien de s’en inspirer.

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