Bienvenue dans un monde de brutes

01/04/08 par  |  publié dans : Carnets, Société

C’était il y a quelques mois, tôt alors que j’allais prendre le bus pour Aix en Provence. La coïncidence d’un fait divers avec 3 articles lus pendant le trajet fut trop belle, il fallait que je trouve moyen de vous en faire part.

Aux environs de la gare SNCF d’une petite ville de province, donc, à l’heure où les routes bouchonnent et où les ruches s’éveillent. Je suis encore à une certaine distance de la gare quand je vois plusieurs personnes en sortir. Le premier a la cinquantaine, les cheveux gris, de taille moyenne pour un homme mais les épaules larges, ramassé plus en muscles qu’en graisse. Le deuxième est un cliché de djeuns, vaguement à la mode avec des jeans moulants, un foulard autour du cou, mince comme un clou, une coupe Beckam-L’Oréal et un blouson noir vaguement en cuir. Il est accompagné de deux trois amis tout aussi djeuns que lui. Je suis trop loin pour les entendre mais brusquement le vieux et le djeun se foutent sur la gueule : agrippage de blousons, un coup de pied maladroitement envoyé par le djeun auquel le vieux répond d’un crochet du droit sans fioritures, faisant faire au loulou un tour complet sur lui-même. Sonné, celui-ci fait mine de vouloir répliquer puis bat en retraite. Insultes de part et d’autre et fin de l’histoire.

Je m’interroge un moment sur les raisons qui les ont fait se fritter. Question de politesse grillée au guichet ? Il y avait quand même mieux, pour commencer une journée. Moi-même, ça me met le cafard.

Dans le bus, je commence ma revue de presse matinale sur mon portable – j’ai déjà expliqué ici Pourquoi je n’achèterai pas l’IPhone, mais pourquoi les téléphones portables m’éclatent.

Je commence par trouver dans l’International Herald Tribune un article sur la peine de mort aux USA, ou comment deux avocats de détenus condamnés à morts ont assigné l’État du Kentucky devant la Cour Suprême sous l’argument que les conditions dans lesquelles se passaient les exécutions étaient cruelles et douloureuses (et donc anticonstitutionnelles). L’auteur de l’article fait état du scepticisme grandissant envers la peine de mort aux USA et finit lui-même par se prononcer contre.

“Au Kentucky, et dans presque tous les états qui disposent de la peine capitale, les exécutions se font par l’injection d’un « cocktail » de trois substances. C’est censé être plus humain que la chaise électrique.

Plus on en sait sur l’injection mortelle, moins elle apparaît humaine.

Il y a des preuves considérables que les détenus ne s’en vont ni calmement ni facilement. Des témoignages font état de suffocations, de paralysie et de douleur insoutenable. Cela se vérifie tout particulièrement quand des employés peu qualifiés ou formés sont chargés d’administrer les substances, ce qui est bien trop souvent le cas”.

Je trouve ça encourageant, surtout quand un peu plus loin dans le même journal je trouve un article intitulé Une étude montre que les films violents pourraient réduire la criminalité.

« Les films violents empêchent la criminalité et les violences en attirant les criminels potentiels et en les confinant dans un environnement sombre et sans alcool.

Au lieu de se chauffer dans les bars puis de sortir écumer les rues pour chercher la bagarre, les criminels potentiels passent les heures traditionnellement dévolues au chaos à manger des popcorns et regarder des méchants de celluloïd faire le mal à leur place.

La criminalité n’est pas seulement repoussée après la fin du générique, indiquent les auteurs de l’étude. Les lundis et mardis après les week-ends chargés en films violents [aux US les films sortent le vendredi, note de moi], on n’observe pas de pics de violences pour compenser les heures tranquilles passées au cinéma ».

Rappelons au lecteur que la violence dans les films est régulièrement accusée de tous les maux de la société, et précisons qu’aux USA on vend des lecteurs de DVD qui passent automatiquement les scènes violentes et dénudées, enfin qu’on interdira bientôt aux moins de 18 ans les films mettant en scène des fumeurs. Aussi cette étude est-elle particulièrement à contre courant.

Bref, je regagne en optimisme et souris. Jusqu’à ce je tombe dans le Guardian sur un article à propos des Tasers – ces pistolets à impulsion électrique (stun gun) dont la police française commence à s’équiper non sans polémiques
et qu’on trouve en vente libre dans de nombreux états américains :

“Le iTaser combine un pistolet à impulsion électrique et un lecteur MP3 avec ses écouteurs.
La société basée en Arizona Taser International vend cette arme de poing à impulsion électrique sous la bannière quelque peu hyperbolique de « Pour Changer le Monde et Protéger des Vies”. Elle soutient que le iTaser “permet de la protection des personnes et la personnalisation de la musique pour les gens dans le vent”.
D’après Rick Smith, fondateur de la compagnie, “la protection personnelle peut être à la fois mode et fonctionnelle”.
La compagnie déclare que ce nouvel outil est particulièrement destiné aux femmes – avec des motifs rouges, roses et même léopard pour mettre le port du stun gun à la mode.

“Laissez un design innovant, des performances inégalables, et un style percutant vous aider à adresser au monde un message. Qui a dit que la sécurité ne pouvait pas être stylée ?” – Taser International

Le Guardian termine par une Playlist de son cru pour aller avec le iTaser. Et moi je pense à mes deux zouzous, le vieux, le jeune, je les imagine s’électrocuter au son des Rolling Stones et de Christophe Maé.

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1 commentaire

    malory  | 24/04/08 à 12 h 09 min

  • ma foi si jamais les idiots pouvaient confondre les écouteurs avec les éléctrodes…

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