N’est pas Jean-Michel Larqué qui veut

14/06/10 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags :

Mais on peut faire semblant. Acte 1: France / Uruguay, vendredi 11 juin.

J’y connais rien en foot. Rien du tout, incapable de distinguer un joueur talentueux d’un autre médiocre, je suis juste en mesure de constater que Zidane allait hyper vite avec le ballon et que certains gardiens sautent très très haut. Sinon, je trouve le foot ennuyeux car les types tombent trop souvent, car trop souvent aussi, l’arbitre siffle et le match s’interrompt. Et puis, vu de la télé, il y en a toujours quelques uns qui ne bougent pas sur le terrain. Au moins, au tennis, ils sont deux et n’arrêtent pas.

Mais c’est la Coupe du Monde, alors comme toute la France patriotique, je regarde les matchs. Suivre une compétition sportive procure le même genre de plaisir que regarder une série bien fichue, ou lire un tome de Harry Potter: on a envie de savoir ce qui se passe après, même quand on y connaît rien.

Vendredi, j’avais rendez-vous dans un appartement du 10e arrondissement de Paris. On m’avait prévenue: “Tu vas voir, y’aura que des mecs.” Plus exactement, je compte 11 hommes entassés entre les canapés et le parquet, soit un banc de touche tout prêt en cas d’épidémie inopinée en Afrique du Sud. Au mur, une gigantesque affiche de l’édition 2009 de la Foire d’art contemporain, une autre rappelant une expo consacrée récemment à Obama. Dans les toilettes, Emile Hirsch perché sur son camion Into the wild. Fort bien, le message est clair: on est chez des garçons cultivés, grande école dans le rétro et bon boulot sous le pied. D’ailleurs la majorité porte la chemise – venus direct en sortant du bureau ? –, tandis que deux ou trois petits malins ont sorti le maillot. Second degré… même pas sûr, en fait.

Pas évident de saisir les références d’experts : par exemple, deviner que “France-Roumanie” signifie “match merdique”, et désigne une rencontre honteuse de l’Euro 2008, ou qu’il aurait fallu mettre Malouda titulaire, ou Henry j’ai pas bien compris, mais sérieusement ce capitaine, c’est pas possible… Marqué par ses années de bachotage en classe prépa, un des supporters présents s’est lancé dans la rédaction de fiches sur les joueurs, listant tous les clubs par lesquels ils sont passés. Bien utile quand commence un débat sur le CV de Nicolas Anelka.

Sur la table basse, s’accumulent canettes de bière et paquets de Tuc. Le saucisson disparaît vite, la salade de concombres résiste mieux. D’ailleurs, des concombres, inattendu ? C’est que dans l’assemblée se cachent quelques filles, et les légumes, c’est elles. En 2010 les clichés se la coulent douce.

La plus grosse surprise durant ces 90 minutes, c’est que finalement, on ne regarde pas tant le match que ça. Bonne élève, je me rapproche de l’écran à la mi-temps. Comment ils font, eux, pour reconnaître les joueurs de si loin ? En plus les Français jouent en blanc, c’est déroutant. En réalité, on passe plus de temps à commenter l’avant-match, à prédire l’après-match et à tailler un costard à Domenech qu’à regarder le ballon. Ce n’est pas ce soir que je vais combler mes lacunes en matière d’analyse footballistique. A la mi-temps, les conversations dérivent sur Rama Yade, la gaffeuse du moment, et sur le salaire de Christine Boutin. Après le match, on écoute vite fait Domenech (“Il s’est passé quelque chose” : ricanements), puis, la télé éteinte, on discute. Pas de ce match-là, dont il n’y apparemment pas grand-chose à dire, mais de foot.

Le score: Deux saladiers de pâtes ingurgités, un carton jaune pour Ribéry, un morceau de pastèque inentamé dans la cuisine.

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