Carnet Austral : un petit coup de soleil

18/06/10 par  |  publié dans : Carnets, Voyages | Tags :

Lorsque tout le monde a su que je partais pour l’Australie, tout le monde s’est senti obligé de donner son conseil. Chose absurde car si l’idée de partir seule à l’autre bout du monde ne vous faisait pas peur, lorsque chacun y va de ses recommandations « l’idée » devient beaucoup moins alléchante.
Ainsi, lorsque je me suis retrouvée sous le soleil australien, telle Jeanne d’Arc, des voix m’ont parlé : “Couvre-toi”, “ne te met pas au soleil”, “ils ont plein de cancers de la peau là-bas”, “le trou dans la couche d’ozone, tu y penses ?”…
Et c’est un fait : l’Australie a le plus important taux de cancer de la peau dans le monde, 2 australiens sur 3 sont diagnostiqués avant 70 ans et 1700 australiens en meurent par an. Des chiffres qui donnent la chair de poule, même en plein soleil !

Je me suis donc penchée sur la question – enfin, sur LES questions : qu’est-ce qui favorise les cancers de la peau, pourquoi l’Australie et comment éviter d’être victime ?

La particularité australienne

Le cancer de la peau est une maladie qui résulte d’un endommagement des cellules ou plus particulièrement de l’ADN de celles-ci. Cela génère des changements dans la structure et le fonctionnement de ces cellules qui mutent et grandissent de façon anormale. Cet endommagement est dû à une exposition aux radiations ultraviolettes émises par le soleil mais aussi celles de source artificielles qui peuvent être jusqu’à 5 fois plus fortes que le plus dangereux des soleils.
L’atmosphère absorbe une bonne partie de ces ultraviolets, ou UV, mais le taux d’absorption et par conséquence l’intensité des UV atteignant le sol, dépend de beaucoup de facteurs. La couverture nuageuse, par exemple : plus elle est épaisse, mieux elle protège. Mais elle peut aussi augmenter la diffusion par réflexion si elle est éparse. L’altitude : plus on est haut, moins l’atmosphère est épaisse et absorbe moins d’UV. Ou encore l’heure de la journée : autour de midi, le soleil est haut dans le ciel et ses rayons peuvent prendre le chemin le plus court pour atteindre la surface de la terre.
Mais en Australie, il faut additionner la proximité du pays avec l’équateur, ce dernier étant le point sur terre le plus proche du soleil, c’est là que l’intensité des UV est la plus importante.

Ensuite, du fait de l’orbite planétaire, l’Australie est plus proche du soleil pendant l’été que ne l’est l’Europe, par exemple, pendant le sien. Quant au trou dans la couche d’ozone au dessus de l’Antarctique, il joue son rôle dans l’importance des UV en Australie mais pas énormément dans le taux des cancers de la peau. Il existe 3 types d’UV : UV-a UV-b et UV-c. Les radiations UV-c sont pratiquement toutes stoppées par la couche d’ozone ainsi qu’une bonne partie des UV-b. Quant aux UV-a, même si l’atmosphère en absorbe une partie, beaucoup atteignent le sol et ce sont eux les principaux responsables des cancers de la peau.

Ultraviolet rays : rayons ultraviolet. Ozone layer : couche d’ozone. Outer space : espace. Ground surface : surface terrestre

“Le côté sombre du bronzage”

Alors pourquoi l’Australie ? Ce n’est bien sûr pas le seul pays sur Terre qui combine ces conditions et il semblerait plus “normal” pour la population de pays plus proches de l’Equateur d’avoir le taux de cancer le plus élevé.
Chaque exposition au soleil est une exposition aux UV et est irréversible dans le sens où chaque exposition endommage un peu plus la peau de façon définitive même sans la présence de coup de soleil. Ainsi, toutes les personnes qui sont exposées de façon répétitive aux UV tout au long de leur vie comme les travailleurs en extérieur, ceux qui passent leurs vacances au soleil, sont plus à même de contracter un cancer de la peau.
Et la façon de vivre des Australiens, leur culture de la plage, du barbecue, des mini-shorts et du grand air est une importante explication dans ce taux élevé de cancers de la peau.

“Pour le jour de la fête nationale australienne, barbecuetez comme vous n’avez jamais barbecueté : votre pays a besoin de vous”. Cette publicité, que j’ai pu admirer dans les journaux, montre à quel point le barbecue en plein air fait partie intégrante de la culture australienne.

Bien sûr, une certaine prise de conscience émerge dans les esprits. Les Australiens sont vivement encouragés à se faire détecter souvent et à tout age depuis 1980, date à laquelle la première campagne nationale pour la prévention du cancer de la peau a été créée.
Cette année, elle cible les jeunes car c’est pendant l’enfance, particulièrement les 15 premières années de vie, que les expositions prolongées et les nombreux coups de soleil créent le plus de dommages et augmentent de façon importante le risque de développer un cancer de la peau au cours de sa vie.
Mais de façon plus générale, elle a pour but de propager la compréhension des sérieux risques qu’entraîne une exposition aux UV ainsi que ceux d’un cancer de la peau de type mélanome (le plus mortel), de faire comprendre que mettre de la crème solaire et se couvrir des yeux a la tête, c’est cool… contrairement aux séances de bronzette. Bonne chance !

Il n’est pas rare, bien au contraire, de voir des enfants sur la plage jouer et se baigner avec des tee-shirts spécialement étudiés à cet effet. On peut y voir le témoignage d’une réelle prise de conscience des dangers du soleil en Australie.

Cours de science

J’ai aussi été très surprise par le nombre important des centres spéciaux, en dehors des hôpitaux, pour la détection ou la surveillance de cancers de la peau, qui se trouvent un peu partout, même dans les petites villes.
Il existe différents cancers de la peau, chacun apparaissant et évoluant de manière différente. La distinction entre les cancers mélanomes et non-mélanomes qui regroupent le cancer basocellulaires et spinocellulaires, est importante. Le cancer mélanome se développe très rapidement et génère des métastases, c’est-à-dire qu’il peut se propager à d’autres parties du corps et créer ainsi d’autres cancers. C’est le moins commun des cancers de la peau (seulement 5% des cancers détectés) mais de loin le plus mortel et il atteint toutes les catégories d’âge. Le premier signe de la présence du cancer est marqué par l’apparition ou le changement d’un grain de beauté qui prend du relief sur la peau et se pare de plusieurs couleurs. Il peut être guéri s’il a été détecte très tôt.

Le cancer basocellulaire, dans la partie la plus profonde de l’épiderme, est le cancer de la peau le plus fréquent (en Australie comme en France) et le moins dangereux. Le cancer spinocellulaires atteint les cellules supérieures de la peau ; il est moins commun et un peu plus dangereux que le cancer basocellulaires car il peut générer des métastases.
Tous deux apparaissent sur les parties du corps les plus exposées au soleil (tête, cou) sous la forme d’une petite lésion de couleur rosée. Il se développe lentement et aboutit à une guérison la plupart du temps s’il est détecté assez tôt.

Basal cells: cellules basales.

C’est le travail de ces centres anti-cancers de la peau, de surveiller l’apparition de marques. Mon copain est allé dans un de ces centres récemment et il m’a dit qu’ils l’ont d’abord examiné de partout. Oui : PARTOUT. Ensuite, ils ont fait des photos avec une caméra digitale spéciale qui permet, grâce à un savant programme, de détecter des taches suspectes sur la peau. N’ayant rien trouvé, il lui ont demandé de venir une fois par an pour refaire des photos et les comparer aux anciennes afin de voir une quelconque évolution de ses grains de beautés.

Bon. Pas besoin de pousser à la paranoïa comme moi et de conclure que ce grain beauté là sur votre épaule est définitivement différent par rapport à hier. Mais examinez-vous un peu tout de même et la prochaine fois que vous avez la grippe et que vous allez chez le médecin, demandez lui de jetez un coup d’œil. Mieux vaut prévenir que guérir !

Moi, terrifiée par le soleil et donc couverte des pieds à la tête pour mon premier boulot dans les champs.

Épisode précédent – Poisson d’avril

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire