Etat d’urgence électorale

21/09/16 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags : , , ,

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Vers un homme providentiel

Les français veulent un homme providentiel ? Un dirigeant autoritaire ? Les grenouilles veulent un roi ? L’extrême droite est aux portes du pouvoir ? Qu’à cela ne tienne. En mal de reconquête Nicolas Sarkozy a droitisé son discours pour séduire les électeurs du Front National, tout le monde s’est engouffré dans la brèche.

Pataquès

Manuel Vals -encore officiellement « socialiste »- surfant sur l’horreur des attentats de 2015 et 2016 a repris la proposition phare du F.N., la déchéance de nationalité. On sait quel invraisemblable pataquès s’en est suivi, n’est pas Machiavel qui veut, mais le mal est fait. A peine ce chiffon rouge usé il en trouve un autre : le vêtement de bain intégral. Curieusement, on n’a pas demandé leur avis aux dermatologues qui crient à longueur d’été de ne pas s ‘exposer au cancer de la peau. Le « burkini », si bien nommé pour faire peur, peut-il cacher une ceinture d’explosif ? Que dire des israéliennes qui l’ont également adopté ? Le sens explicite de ce comportement en apparence incohérent est : « je caresse l’électorat de droite, je coupe l’herbe sous les pieds des partis de droite et d’extrême droite et moi, le binational, je me fais élire roi des français de souche ».

Explicite, implicite

Mais il y a un sens caché : si on peu expulser les criminels vers leur « pays d’origine » on signifie que le problème n’est pas français. Que ce soit de nature à terroriser ceux qui sont prêts à se suicider à l’explosif tombe sous le sens, on expulsera leurs restes dans des tuperwères, sauf si, comme c’est le plus souvent le cas, ils sont français nés en France. Cette mesure dispense donc d’analyser le problème et surtout de le comprendre. Ça écarte toute forme d’intelligence au bénéfice de l’affect, de la réaction émotionnelle à chaud. Les sociologues assurent qu’il n’y a pas de profil type de l’apprenti terroriste, arguant a juste titre que tous les milieux sociaux et culturels sont susceptibles d’être concernés. Toutefois, force est de constater que les patronymes de ceux qui passent à l’acte sont massivement maghrébins, et les auteurs d’attentat peu ou prou musulmans, en échec scolaire, et petits délinquants. Ce sont des enfants des immigrés de la révolution industrielle, ceux que les patrons français allaient sélectionner directement dans leur pays, les anciennes colonies et protectorats de l’empire. En quelque sorte, le retour du refoulé de l’humiliation des pères s’empare des fils, la « génération perdue », ceux qu’on a oublié au pied des barres de H.L.M. Le nier par soucis d’éviter les amalgames est pure folie, autant que la généralisation de Trump : «  tout musulman est potentiellement un terroriste », alors que ce sont les pays musulmans qui sont massivement les plus attaqués par l’intégrisme islamique. Comme l’inquisition était un symptôme du christianisme, l’islamisme radical est un symptôme de l’islam, au premier titre un désastre pour les musulmans qui en sont les premières victimes. Si c’est à l ‘évidence une des interprétations possible du Coran, le problème des attentats terroristes en France commis par des français nés en France d’immigrés musulmans est bien un problème français, c’est l’héritage que nous laissent nos grands patrons. Qui se portent aussi bien que jamais, merci pour eux.

 

Mahmoud Darwiche

Mahmud Darwiche

Symptôme

Cette dénégation de la réalité se justifie par la posture « Expliquer c’est déjà excuser ». Outre l’insulte à l’intelligence, aux historiens, aux philosophes et aux journalistes comme à la culture et à la vie intellectuelle en général, cet écran de fumée signifie « je pense pour vous, élisez moi et obéissez ». Pour autant, devons nous nous sentir responsables de ce qui nous arrive?

 

Cochinchine

Éloge de la repentance. Tous coupables ?

Il y a l’accusation « avec ce que vous avez fait de ce pays !» difficilement soutenable : avec la même mauvaise foi on peut rétorquer « qu’avez vous fait depuis l’indépendance »? En miroir il y a l’auto-accusation : « avec ce que nous leur avons fait !» qui est le fardeau du masochisme de gauche. La plupart d’entre nous ne leur avons rien fait, la plupart des bourreaux coloniaux et de leurs donneurs d’ordre sont morts dans leur lit ou sont des vieillards cacochymes. Il est d’autant moins question de repentance ou de recherche en culpabilité collective que chaque combattant des guerres coloniales a toujours eu son libre arbitre, même sous les ordres : tous n’ont pas commis de crimes de guerre. De surcroît, le poids de l’histoire et de ses crimes ne peut porter que sur leurs auteurs, pas sur un peuple, encore moins sur les ascendants ou descendants des criminels, pas plus que sur les descendants de leurs victimes.

(Certains descendants des victimes de la Shoah s’érigent en bourreaux de plein droit dans les massacres méthodiques de palestiniens, comme pour venger les crimes perpétrés par d’autres contre leurs pères sur ceux qu’ils ont à portée de main, mais ce n’est pas le sujet).

Il n’est au demeurant pas inutile de rappeler que des milliers de français se sont battus farouchement contre les guerres coloniales, par le verbe et par le geste, se couchant sur les rails des convois d’armes et de troupe, manifestant dans la rue, jusqu’à cette manifestation interdite aux conséquences tragique dite « du métro Charonne », grimace de l’histoire par le préfet Papon, grand collaborateur et ami de François Mitterrand. (On a évité la répétitions avec l’interdiction des manifestations contre la « loi travail », mais ce n’est ni grâce à Vals, ni à Hollande, ni à la police).

Machine infernale

Peut-on juger et condamner quelqu’un pour les crimes de ses parents ? N’en porte-t-il pas déjà la blessure ? Donald Trump préconise de « tuer toute la famille des terroristes ». Même le roi du Maroc se contentait d’emprisonner à vie les familles de ses opposants, et les Israéliens de détruire leur maison, les écoles et les hôpitaux…. Et encore, au Moyen Orient c’est la loi du talion à chaud, le temps de l’histoire n’est pas encore passé.

Analyser l’histoire

Analyser l’histoire, les causes les faits et leur enchaînement dans leur complexité est le seul moyen pour combattre ses effets pervers. La réalité est toujours complexe :

Il y a eu la colonisation romaine, ils ont laissé les routes, les rues pavées, le tout à l’égout, la médecine, l’eau courante, l’éducation et l’administration de la ville. Il y a eu a colonisation française et ses crimes, mais également ses ingénieurs, ses enseignants, ses médecins. L’un ne justifie ni ne compense l’autre : les justes n’excusent pas les canailles et les tortionnaires, mais -ne fussent-ils que leurs alibis- ils ont aussi existé, ils ont semé les graines de la culture, de la démocratie et de la modernité, même si elles tardent encore à lever. Il y a eu les guerres d’indépendance, elles n’ont pas amené les lendemains qui chantent qu’on attendait, les nouveaux maîtres sont souvent pires que les anciens. Comment les combattants de l’indépendance eussent il pu penser que ce fut possible ?

Il est facile de juger à posteriori, mais le recul de l’histoire a -t-il rendu leur combat moins juste ?

 

Le peuple

Le “petit” peuple

Chômage structurel

Il y a eu la révolution industrielle et l’emploi systématique des travailleurs immigrés, l’Europe manquait de bras. Les patrons faisaient venir leurs esclaves modernes, ils allaient les recruter en personne sur place. Il y a eu les bidonvilles portugais, puis les bidonvilles algériens, puis les bidonvilles Roms mais ceux là n’ont pas vocation à travailler dans le bâtiment, alors on n’en veut pas. Aujourd’hui, une à une les entreprises délocalisent, elles s’implantent là où il n’y a pas de droits sociaux, il faut toujours de nouveaux esclaves pour les nouveaux maîtres. Parallèlement ils importent des travailleurs « déplacés » soumis aux lois du travail de leur pays d’origine. Le chômage structurel ne baissera pas, même si quelques radiations conjoncturelles font illusion.

Qui sera notre nouveau roi ?

La liste de ceux qui voient midi à leur porte s’allonge de jour en jours, de facto ou de jure l’état d’urgence électorale est promulgué, tous les coups sont permis, nous n’avons encore rien vu. Il y a foule au grand bal des egos, nous risquons fort d’en être les gogos.

Primaire à gauche, primaire à la gauche de la gauche, primaire chez les écolos, primaires à droite, Mélanchon tout seul, mais une seule extrême droite qui prépare ses écharpes tricolores. Pour la gauche, les carottes semblent déjà cuites.

A moins d’un miracle, à ce jour, on peut craindre que le moins désastreux des scénarios possibles s’appelât Juppé.

 

Lyon 2016

Mais où et à qui adresser nos prières ?

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1 commentaire

    ALLEMAND  | 28/09/16 à 8 h 46 min

  • je ne changerai pas une ligne à cet exposé, je partage totalement cette analyse qui fait tout de même froid dans le dos,
    à quoi, à qui, devrons nous un avenir très incertain

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