Festival d’Avignon 2014 : le Off, le In et le Out

16/07/14 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags : , , ,

 


Festival d’Avignon 2014 – Photos : Jean Barak


 
Ce samedi 12 juillet, en Avignon, le spectacle était dans la rue. Au propre comme au figuré : les intermittents manifestaient, dans les rues étroites, jusque sur le parvis du Palais des papes.

Toutes les générales et presque tous les spectacles du In étaient annulés, les autres ont joué dans des conditions techniques précaires. Pour le off, les chiffres divergent. Sur 1200 spectacles et 850 compagnies, si la solidarité était totale, la plupart jouaient. Question de survie.

Convergence

A priori, la relation entre « sortir du nucléaire » et les intermittents ne tombe pas sous le sens, si ce n’est le principe des ruisseaux qui font de grandes rivières. Il y avait bien mille personnes selon la police et cinq mille selon les organisateurs, sur l’immense parvis du palais des papes.

Miroir aux alouettes

Le Festival d’Avignon est sans conteste le plus grand théâtre du monde, on y rencontre les très grands, dans le In comme dans le off. « Ils y sont tous », dit-on. Du cirque, du chant, du conte, de la danse, et bien entendu, du théâtre. Citer les uns serait faire offense aux autres. D’autant que, sur toutes ces manifestations, il y en a bien une centaine excellentes, qui tireront -peut-être- leur épingle du jeu.
En vaut-il la chandelle?

Arbitraire

On a vu des spectacles magnifiques ne pas trouver leur public et sombrer, d’autres indigents ne jamais désemplir. Parfois, on se demande si tout ça est vraiment nécessaire, alors on se souvient de la sentence d’Abraham Lincoln: « Si vous trouvez que la culture coûte cher, essayez l’ignorance ».
C’est le cœur du problème. Qui juge ? Le public ? Les critiques ? Les producteurs ? Les autorités compétentes ? Les politiques ? Les artistes ? Certains ont essayé la culture officielle, jugée par les plus compétents et les plus méritants, la nuit est tombée sur le réalisme socialiste. Le fascisme a réglé la question dans les autodafés et les camps. Alors, que chacun cherche son chat, et chaque spectacle son public.

Jour de colère

La visite d’Aurélie Filippetti est annoncée, il est peu probable qu’elle se jette dans la tourmente: « Voulez-vous qu’Aurélie Filippetti vienne en Avignon ? » demande le meneur de jeu : « non » crie la foule. « Et Manuel Valls ? » « Non », « Et pourquoi pas Gattaz ? » « Ils ne franchiront pas les portes de la ville » « On les jettera dans le Rhône! ».
Ça fait sourire, le dire n’est pas le faire, il le remplace, mais la colère est là.
La rage même. Ce gouvernement qui capitule en rase campagne devant une centaine de « Pigeons » auto proclamés sur internet n’entend pas les smicards qui font vivre la culture. « Les intermittents, combien de divisions ? »

Jouer, ne pas jouer ?

Olivier Py l’avait promis : si le front national passe à Avignon, il n’y aura pas de festival. Le miracle a eu lieu. La CGT l’a promis, si l’accord passe, il n’y aura pas de festivals. Y-a-t-il festival et Festival? Quand le front national a emporté Toulon il y a ceux qui disaient « Nous n’irons pas à Toulon jouer chez les fachos » et ils avaient raison. Les autres ont dit « Nous n’abandonnerons pas notre public, qui n’a pas élu ces fachos », et ils avaient raison. Olivier Py dit « jouer c’est résister », et il a raison. Les intermittents disent « ne pas jouer, c’est résister », et ils ont raison. Et si ensemble, ils avaient raison de jouer et de ne pas jouer?
L’affaire est complexe, comme la vérité, comme la vie.

Les chômeurs, intermittents compris, ont la chance de vivre dans l’un des moins mauvais systèmes au monde, sauf ceux qui ne sont pas indemnisés. Il y a des pays où il n’y a pas de chômage, parce qu’il n’y a même pas de travail. Il y a moins de yachts dans les ports également, et moins de palaces à un an de smic la nuit.
Ils sont frappés dans leur maigre porte monnaie, ils frappent là où on les touche, c’est de la légitime défense.

Merci à la minorité agissante de s’exprimer pour la majorité subissante. Peut-être est-ce un combat perdu, pour autant qu’on ne l’ait pas mené. « Venez à Avignon » disent les intermittents, « il y aura du spectacle».
En effet.
Pour eux, la survie, c’est maintenant.

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