Génération Manga

02/10/08 par  |  publié dans : Carnets, Tendances

En être ou ne pas en être. L’univers Manga peut sembler parfaitement étrange pour celui qui n’a pas eu l’occasion de le fréquenter. Une séance de rattrapage s’impose !
Paris, Porte de Champerret, Septembre 2008.

Au détour d’une rue, un plombier moustachu en salopette bleue et T-Shirt rouge croise un groupe de collégiennes japonaises en uniforme. A deux pas de là, d’étranges chevaliers progressent armés d’épées de deux mètres de long vers des combattants aux tenues aussi colorées que leurs cheveux. Ceci n’est pas la scène d’ouverture d’un nouvel épisode de la quatrième dimension, ni le récit de l’expérience du LSD, c’est la vision commune pour qui se rend à une convention manga. Alors, si les mots “Gashapons” ou “Manhwas” ne vous évoquent rien; si la dernière “Japanim” que vous avez vue était “Cobra” ou pire “Goldorak”, vous comprendrez facilement ce qu’a pu ressentir votre humble serviteur en poussant les portes de “Paris Manga”.

Heureusement épaulé par ma rédactrice en chef préférée, j’évite la pendaison en ne demandant pas si cette foule colorée et hétéroclite est échappée d’un asile voisin. Il s’agit en réalité d’adeptes de “Cosplay”, activité qui consiste à se costumer comme les personnages de séries d’animation, de mangas ou même de jeux vidéo. Ce mouvement né avec les fans de Star Wars et de Star Trek (ce qui bizarrement me parle beaucoup plus) qui les premiers voulurent recréer les univers propres à leurs héros. Alors que certains sont adeptes du système D, d’autres poussent le jeu jusqu’à adopter les postures et mimiques de leurs héros. Les costumes sont soignés et l’on devine aisément les heures de travail nécessaires pour faire naître de toutes pièces certains d’entre eux.

Je m’attendais à ce que les “cosplayers” soient une poignée de gentils allumés, je découvre en réalité une multitude de personnages divers. Nombreux sont ceux qui jouent le jeu, que ce soit juste pour l’ambiance ou pour participer au concours organisé sur la grande scène. Ma co-équipière me souffle à l’oreille quelques précieuses indications. Ainsi, j’apprends que le petit garçon en orange et bleu qui se tient devant nous est déguisé en “Naruto”, l’une des séries les plus représentées sur le salon. Mais les cosplayers ne se contentent pas de se grimer en super héros, il est clair que le choix d’un rôle plutôt que d’un autre résulte d’une recherche précise. Le personnage choisi correspond manifestement à la sensibilité ou au fantasme du cosplayer. Ainsi même les rôles secondaires sont représentés.

Nous croisons sur le salon nombre de personnages tirés des séries “Nana” et “Bleach”. Ces noms ne m’évoquent rien, mais je remercie Engy pour ces infos, j’aurais été à deux doigts du lynchage si j’avais osé demander pourquoi il y avait des clones de Tokio Hotel !

Pas de doute, cette visite est un véritable choc de générations ! La moyenne d’âge doit être de 16 ans et nombreux sont les “Cosplayers” qui ont du venir accompagnés. Pour les valeureux parents la journée s’annonce longue. Le concours de costume semble interminable pour le néophyte mais déclenche l’enthousiasme des fans. Et ce show attire du monde !

Accompagner ses enfants à une convention Manga, c’est accepter l’idée de lutter pour ne pas acheter une petite figurine par ici, un T-Shirt par là, ou encore un poster, une épée ou tout autre objet omniprésent sur le salon. On est alors en droit de se demander s’il ne s’agirait pas là d’une machine marketing parfaitement huilée. Il suffit de voir l’enthousiasme des participants et des visiteurs pour comprendre que cela va bien au-delà du simple phénomène “underground”. A ma grande surprise, j’apprends que la France est le second marché au monde pour le Manga (après le Japon, naturellement) avec plus de 13 millions d’exemplaires écoulés (Source: Wikipedia) dans une collection qui s’enrichit chaque année de plus de 1200 nouveaux titres ! Comme me le fait remarquer un amateur éclairé, Les chevaliers du Zodiaque ont fait leur temps !

Les plus âgés d’entre nous ont vu arriver à la télévision des “japanimations” qui ont brillé par leur violence et par l’inadéquation au public auquel elles étaient exposées. Le surnom de “japoniaiseries” reste encore collé à l’ensemble du mouvement regroupé sous le terme “manga” (qu’il soit au format papier ou animé) dans de nombreux esprits.

Pourtant la culture “manga” mérite d’être reconnue. Pour n’évoquer que la partie bande dessinée, la preuve de la richesse de ce genre est apportée par l’immense variété des styles et des sujets.

Le “Kodomo” s’adresse plus particulièrement aux jeunes enfants (vous avez par exemple surement déjà vu quelque part le hamster de la série Hamtaro) auquel il adresse des idées simples et des valeurs de base.

Le “Shōjo”, avec ses histoires un peu plus fleurs bleues est plutôt destiné aux pré-adolescentEs. On y retrouve des titres comme “Lovely Complex” (pour la partie Romance) ou “Sailor Moon” (pour le côté Magie / Super Héroïne). Les adolescents préfèreront eux les “Shōnen”. Le plus célèbre d’entre eux étant “Dragon Ball”. Là encore le manga a un rôle de projection, le personnage évolue et sert de modèle au lecteur. Les valeurs classiques d’amitié, de respect et courage sont mises en avant.

Les adultes ne sont pas en reste car sans aller jusqu’aux “Hentai” qui sont clairement pornographiques, un héros comme Nicky Larson (tiré du manga “City Hunter”) a un côté obsédé à ne pas mettre entre toutes les mains. De même pour la violence de certains “Seinen” qui s’adressent à un public masculin majeur.

Mais l’âge du lecteur ciblé n’est pas le seul critère qui détermine la catégorie à laquelle appartient un manga. Le sujet traité ou l’approche de l’histoire sont aussi très importants. Il existe ainsi des mangas historiques (Jidaimono); d’autres porteurs de messages sociaux (Shakai) ou étant juste humoristiques (Yonkoma dont le format s’apparente au “comic strip”).

Tout le spectre de la société est couvert par la bande dessinée “Manga” et il serait réducteur de n’y voir qu’un univers de combattants sanguinolents. Alors si un tel salon ouvre ses portes près de chez vous, soyez curieux, je vous parie qu’au-delà du spectacle vous y trouverez des bandes dessinées qui vous surprendront et que bientôt vous aussi vous lirez ces drôles d’ouvrages de la dernière à la première page.

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Pas de commentaire

    Novice  | 14/10/08 à 1 h 33 min

  • Bonjour Nicolas M.,
    Merci pour cet article, justement je voulais me faire une culture manga car je m’intéresse à la culture japonaise et je ne savais pas par quoi commencer, tellement cet univers est vaste…Quand j’étais ado je regardais “Ranma 1/2”, “Nicky Larson”, “Juliette je t’aime”, “le collége foufoufou” et “Les chevaliers du zodiaque” mais maintenant je suis complétement larguée il faut que je m’y remette! Grâce à vous j’ai maintenant quelques repéres…Dans le style humoristique j’ai découvert “GTO” (great teacher Onizuka). Dans le style bagarre un ami m’a fait découvrir “shigurui”, j’aime bien car c’est violent mais poétique en même temps et sobre, un peu comme un haiku…
    Connaissez vous un site spécialisé où on peut télécharger gratuitement (et légalement bien sûr :-)) des mangas? Je vois que vous n’êtes vous même pas un spécialiste dans le domaine alors je ne vais pas vous cribler de questions mais j’aimerais bien me constituer une mangathéque avec des mangas vraiment intéressantes et bien faites dans le registre social, dramatique, science fiction, etc… A propos je n’y connais rien en BD non plus mais j’ai découvert récemment XIII (en série) et j’aime bien Frank Miller…
    A bientôt!

  • adrien f.  | 26/10/08 à 12 h 25 min

  • Cher monsieur Nicolas M.,
    votre article, bien que finalement assez méritant dans la mesure où il reflète une recherche minimale d’information sur le sujet que vous traitez, ne m’a pas vraiment emballé… Bien sûr, il a le mérite de vouloir retracer la surprise qui saisit le néophyte devant un rassemblement de fans de manga. Mais une fois le premier étonnement passé, le premier devoir du journaliste, à mon sens bien sûr, est de dépasser le stade des blagues faciles et répétitives sur le dépaysement et l’aliénation supposée des personnes présentes… Mais bon, passons… A Monsieur Novice, il y a beaucoup de sites francophones qui proposent des mangas en téléchargement, mais la légalité ne leur permet (en fait le terme “tolérer” serait plutôt de mise puisqu’il n’y a pas de législation à ce sujet) que de proposer au téléchargement les chapitres qui n’ont pas encore été publié en France… Bien sûr il existe d’autres sites, moins légaux, qui proposent aux amateurs de la culture japonaise leurs mangas préférés en téléchargement… un des plus connus est http://www.fullanime.com. Voila pour les informations pratiques.

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