La culture des travailleurs

11/12/16 par  |  publié dans : A la une, Carnets, Société | Tags : , , , ,

Mital hurlant

 

Jadis, au temps des grandes usines, les travailleurs s’associaient pour créer des syndicats, ce qui constituait « la culture des ouvriers». Ils avaient leurs chansons, depuis « La chanson des canuts » de Lyon jusqu’au routier de Francis Lemarque, en passant par « Bella Tchao » le chant des mondines devenu chant révolutionnaire ou « Te recuerdo Amanda » de Victor Jarra, il se souvient d’Amanda qui ne reverra plus Manuel, l’ouvrier parti dans la sierra. Les chansons demeurent, mais l’automatisation a vu la quasi disparition de la classe ouvrière dans les pays les plus développés.

Plein emploi

Il y a à peine vingt ans, le monde agricole était un grand pourvoyeur de main d’oeuvre saisonnière, au temps des récoltes, des vendanges et même des foins. Nombre d’adolescents désargentés et d’étudiants ont trouvé là leur premier salaire ou l’argent de leurs études. Ce janvier 2016, dans un reportage télévisé, un agriculteur vantait les prouesses de son robot bineur totalement autonome. Infatigable, il travaillait toute la journée, il fallait juste recharger ses batteries le soir. Un autre présentait un robot qui trayait seul les vaches, fonctionnel 24 heures sur 24. Les vaches viennent spontanément se faire traire par la machine, à toute heure du jour ou de la nuit, selon leur désir. Quel monde merveilleux où on respecte même le désir des vaches ! A moins que ce soit la douleur d’un pis à la limite de l’éclatement qui les motivent. Il possède aussi un robot ramasseur de bouses entièrement autonome. Fièrement, le paysan entrepreneur industriel vantait ses vaches toujours propres. « Le seul inconvénient », disait-il, « c’est qu’il faut investir à chaque innovation et s’endetter », et puis pourquoi pas, quand on n’y arrive plus, qu’on produit deux fois plus de lait ou de cochons qu’il ne s’en consomme, aller se pendre dans sa grange.
Comme le temps perdu, tous ces emplois ne se rattrapent plus.

 

Ouvrières

 

Les temps modernes

Des robots livreurs urbains et des taxis sans chauffeur sont en cours d’expérimentation, partout des machines remplacent l’homme. Elles le libèrent de l’esclavage, la chaîne, celle du film de Charlie Chaplin l’humour en moins, mais elles le vouent au chômage « structurel » de masse.
Nous ne sommes pas égaux devant le chômage : moins vous serez qualifiés, plus les robots vous remplaceront. Plus vous serez qualifiés, plus vous serez amenés à concevoir, construire, vendre, piloter ou réparer des robots. Parfois le malheur des uns fait le bonheur des autres : la mondialisation de l’extrémisme religieux crée tendanciellement des emplois peu qualifiés dans la sécurité, cette tendance n’est pas à l’apaisement imminent, mais cette niche exclue, le taux structurel de chômage ne peux que croître.
Il y a bien ces dernières semaines une petite « inversion de la progression de la courbe » due au milliard débloqué par l’état pour envoyer un maximum de chômeurs en formation, « bulle » de création d’organismes ad hoc, souvent créés ex nihilo pour la circonstance, avec des formateurs aux compétences fantaisistes, voire des stages purement et simplement fictifs. Ce genre de soufflet a généralement vocation à se dégonfler sitôt les élections passées.

 

Charpentiers

 

Travailler plus pour gagner plus

Le partage du travail est une vieille idée, il semble établi que les 35 heures aient créé 350 000 emplois. On en attendait beaucoup plus, mais elles ont surtout évité des milliers de licenciements et augmenté la productivité.
Qui peut croire qu’en travaillant plus longtemps il y aurait moins de chômage ? Que face à la concurrence, attaquer le droit du travail ramènerait les usines parties à l’étranger ?
Les patrons sont des philanthropes incompris : si les ouvriers français reviennent à la raison, ils relocaliseront. La mondialisation leur impose une concurrence féroce à laquelle ils doivent s’adapter en réduisant -à leur corps défendant- les droits des travailleurs. D’ailleurs les cadres ne comptent plus leurs heures depuis longtemps, il savent que pour être chef il faut savoir se sacrifier. Pourquoi pas les autres? “L’amour est précaire, pourquoi pas le travail?” demandait innocemment la patronne du MEDEF, Laurence Parizot.
Le gouvernement « Socialiste » a voulu nous faire croire qu’en nous rendant tous précaires ils lutterait contre le chômage. Généreux, saisis par la compassion, les patrons n’auront plus peur d’embaucher des « locaux » à la place des « travailleurs détachés » régis par les droits et les salaires de leur pays d’origine. Comme le coût du travail en France est réputé prohibitif, Ils avaient délocalisé les usines qu’ils pouvaient et relocalisé des travailleurs étrangers sous payés, on ne peut pas fabriquer un immeuble en Pologne et le rapatrier en France.
De droite ou de « Gauche » nos gouvernants le savent: dès qu’elle arrive au pouvoir, la gauche mène une politique de centre droit.

 

Charpentiers

 

La faute aux droit du travail

« Ils n’ont pas encore commencé à travailler qu’ils sont déjà dans la rue » vitupérait un petit patron en direct au «  téléphone sonne ». « Bande de fainéants! » ajoutait-il. S’il a pensé « il leur faudrait une bonne guerre » il ne l’a pas dit. Un vieux complexe peut-être. Bien sur, il y a des petites entreprises où le patron est un passionné, il l’a créée, il connait tout le monde, on l’aime et on le respecte. Toujours sur France Inter, le patron d’une entreprise familiale performante et florissante raconte qu’après l’avoir vendu à une entreprise américaine, ils s’est fait licencier du jour au lendemain, sans droits ni recours. Naïf, il avait cru qu’il pourrait continuer à diriger son usine après l’avoir vendue. De plus en plus les entreprises sont internationales, dirigées par des patrons mercenaires surpayés, pour enrichir des actionnaires anonymes qui n’ont de rapport avec la production que leur compte en banque. Les entreprises nationales sont vendues au privé pour équilibrer la balance des paiements. De Gaulle avait nationalisé, tous les gouvernements qui lui ont succédé dénationalisent. Les achats et les ventes en bourse ne se font plus à la corbeille, des robots achètent et vendent à la nanoseconde.

 

Travailleuses

 

Que faire ? La révolution ?

Lors d’un congrès de psychanalyse, un communiste expliquait en aparté à Freud le programme de la révolution. « Au début il y aura une période très difficile, mais ensuite nous connaîtrons la paix et la prospérité ». « Je crois à la moitié de votre programme » lui répondit Freud, « la première ». L’avenir lui a donné raison.
La leçon de l’histoire est sans pitié : la seule organisation politique vivable pour une société ne peut être que la démocratie, « Le pire des système à l’exception de tous les autres » ironisait Churchill. Mais Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes, comme Erdogan et Poutine, la liste des candidats dictateurs reste largement ouverte, les temps leurs sont de nouveau très favorables. La démocratie est un système fragile, elle peut faire le lit des dictatures. Les gauches grecques et espagnoles qu’on dit « radicales », autrement dit les gauches qui restent de gauche, il faudra revoir les définitions, on fait l’épreuve de l’intransigeance de l’Europe et ont du capituler. Sans l’Europe, le capital jouera systématiquement les pays les uns contre les autres, et saignera les peuples. Avec l’Europe de l’argent, les riches sont toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres, alors les peuples sans mémoire votent majoritairement à droite. La gauche socialiste et non socialiste en France se ridiculise, entre verts envasés, parti communiste atomisé et Mélanchon qui joue les Poutine au petit pied, l’avenir n’est pas encore radieux au bout du bulletin.

Prolétaires de tous les pays…

Aux vues du contexte actuel, la droite molle écartée par la droite dure, le scénario le moins catastrophique serait une gauche battue mais revigorée parce que libérée de la réalité, imposant à la droite au pouvoir une politique modérée et le respect des droits sociaux qu’ils n’ont pas eu le temps de détruire eux mêmes, des syndicats offensifs et réinvestis par les travailleurs. En attendant, prolétaires de tous les pays, démerdez vous. En 1968, le slogan des plus lucides était « Volem rien foutre al païs ».
Ah ! La nostalgie !

Jean Barak

 

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