La culture entre les murs (1)

02/02/09 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags :

Première partie : des détenus dans une grande pièce… Ça change.
Depuis le début des années 1990, des actions culturelles comme le théâtre ou des ateliers de musique contemporaine sont expérimentées en milieu carcéral. Vingt ans après, où en est-on ? La place dans les ateliers dits culturels ? C’est comme la superficie des cellules, tout petit… Alors la culture en prison, pourquoi, pour qui et comment ? On ne sait que très rarement ce qui se passe derrière les murs des pénitenciers. Afin d’en savoir plus, nous avons mené notre enquête auprès d’artistes qui connaissent le terrain, qui sont intervenus en prison et qui, pour certains d’entre eux, y travaillent encore. Première rencontre, Judith Depaule et Françoise du Chaxel.

La taule prend le pli de la culture

Initier des détenus à des formes de culture classique est devenu un défi pour Judith. Ces projets ne peuvent se réaliser sans une coopération avec les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC), ainsi que les Services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP). Ces services régionaux dépendent eux-mêmes du Ministère de la justice. Il s’agit là d’un long processus bien verrouillé, qu’il est impossible de pouvoir le contourner. La culture en prison ne peut se faire sans des financements assez conséquents. Selon Françoise du Chaxel auteur de pièces théâtrales et ancienne collaboratrice de Judith, un atelier théâtre coûte près de 40 000 euros sur une année.

Par ailleurs, le système carcéral français est complexe et diversifié. Au 1er janvier 2007, on comptait 116 maisons d’arrêt en France, 4 maisons centrales et 13 centres de semi-liberté (http://prisons.free.fr). « Un travail d’initiation culturel en prison diffère que l’on soit dans une maison d’arrêt ou une maison centrale » déclare Judith Depaule. « Le changement, c’est inhérent à la maison d’arrêt. La composition de l’atelier évolue tout le temps. Quelqu’un peut se faire transférer ou libérer du jour au lendemain » ajoute-t-elle. La durée moyenne de détention en métropole est de 7,5 mois selon l’administration pénitentiaire. Les maisons d’arrêt comme Saint-Maur, Fresnes ou la Santé accueillent souvent des détenus en attente de jugement. Dans ces conditions, il n’est pas toujours possible d’établir des projets culturels sur le long terme. Judith Depaule rappelle que « pour monter Hamlet de Shakespeare à la Santé, il a fallu plusieurs mois de travail, ne serait-ce pour des individus qui ne sont pas habitués à apprendre des textes par cœur ». Pour les maisons centrales, il s’agit essentiellement de détenus purgeant de longues peines. Pour Judith, la prison engendre « une façon de travailler très particulière. Je ne voulais pas poursuivre trop longtemps. Deux ans c’était suffisant pour moi. Pour rester neuf et innovant, c’est bien de laisser sa place et de passer à autre chose ». Tous les intervenants rencontrés sont unanimes : les actions culturelles sont nécessaires pour la santé mentale des détenus, et leur retrouver une humanité. Par le théâtre ou la musique contemporaine, l’imaginaire des prisonniers est sollicité, et, l’espace d’un atelier, ils peuvent s’évader.

Des Brecht dans les murs

Les taulards ne montent plus uniquement sur les planches pour y dormir, mais également pour y jouer la comédie. Judith Depaule a mis en scène en 2007, à la prison de la Santé, la Résistible ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht. Il y a une longue tradition théâtrale à la Santé depuis la fin des années 1990. Durant près de six années consécutives, de 2001 à juillet 2007, le théâtre de la Cité Internationale a pris en charge cet atelier à la Santé. « Nous voulions uniquement faire intervenir des artistes : danseurs, compositeurs, acteurs et non de simples animateurs » précise Françoise du Chaxel. « Les détenus étaient assidus aux ateliers, il y avait une demande assez importante, on a réussi à monter jusqu’à 18 détenus ce qui est de l’ordre de l’exceptionnel ». En effet, pour des raisons de sécurité et de locaux, l’administration pénitentiaire n’autorise que des groupes à effectif réduit de l’ordre d’une quinzaine de personnes tout au plus.


Entretiens avec Judith Depaule et création musicale de prisonniers

Le travail de Judith Depaule aura fortement inspiré les détenus participant à son atelier, puisqu’ils auront crée une chanson, interprétée en guise d’épilogue de la pièce d’Hamlet (un guitariste, un percussionniste, un rappeur et deux chanteurs pour le refrain), jouée devant les détenus de la Prison de la Santé.
La culture entre les murs : deuxième partie

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