La voyageuse futée

01/11/08 par  |  publié dans : Carnets, Voyages | Tags : ,

Emmanuelle a 29 ans. Elle travaille pour le guide du Petit Futé depuis maintenant sept ans. Si elle a commencé à voyager de manière ponctuelle en même temps que ses études, c’est maintenant devenu son métier et sa vie.

Quand as-tu commencé ce travail ?

J’ai débarqué dans le milieu du tourisme en 2001, un peu par accident, en répondant à une annonce du Petit Futé qui recherchait quelqu’un dans la ville où j’habitais. Comme je connaissais bien ma ville et que j’aimais sortir, j’ai postulé. Ma candidature a été retenue, j’ai passé les tests, entretiens et eu le job. J’ai ensuite réalisé plusieurs guides en France avant d’intégrer l’équipe internationale l’année dernière. Depuis j’ai fait plusieurs destinations en Europe. L’année prochaine je devrais normalement aller en Asie.

Qu’est-ce qui pousse à vouloir faire du tourisme sa profession ?

Rien ne m’a vraiment poussé c’est une opportunité de travail qui finalement cadre avec mes envies et ma façon de travailler : pas de patron, pas de bureau, liberté en échange d’un travail sérieux et régulier. Impossible de rendre le boulot en retard !
J’ai fait des études qui nécessitaient de travailler en bibliothèque, c’était super, mais c’était un monde trop éloigné de moi, trop immobile…

Et ce métier alors, ça se passe comment ?

Toute la subtilité du boulot est la gestion de son travail. On a une grande liberté en échange de responsabilités, des avantages en nature en échange d’un timing rempli 24h/24 pendant la durée du séjour. On ne fait pas 35h, ni 45h, je bosse sans compter car j’aime ce que je fais. Je n’ai jamais compté combien de temps je passais à vérifier toutes les informations, à écrire les textes, à programmer mon voyage, je le fais c’est tout, je m’organise, je planifie, j’ai toujours un temps d’avance sur le programme, pour savoir ce que sera la suite. C’est comme ça : une grande liberté et une pression liée à ces contraintes.
Sur place c’est pareil, on fait des trucs agréables, des trucs qui le sont moins. Pas le choix : tout est dans l’action, tout le temps. On visite, on bouge, on découvre et on doit rendre compte de tout cela le mieux possible, le plus honnêtement et le plus rapidement car on n’a pas beaucoup de temps sur place. Du coup c’est un rythme infernal mais en même temps génial. On rencontre toujours du monde, des gens très différents et le tout combiné fait qu’on découvre un pays d’une façon différente : culture, histoire, mœurs. On doit s’imprégner de beaucoup de choses pour comprendre et transmettre les infos qui vont ensuite aider les touristes. On œuvre entre ombre et lumière selon les cas…

Lac gelé en Estonie

Est-ce que maintenant, tu envisages ton avenir professionnel dans le voyage ?

Je ne sais pas, j’aime beaucoup ce que je fais mais c’est un milieu difficile : tout le monde veut faire ce que je fais alors les places sont dures à obtenir ! Qui sait de quoi demain sera fait ? De plus, on a un statut d’auteur qui est plutôt précaire et ne va pas forcément avec une vie de famille par exemple. Affaire à suivre…

Mais est-ce que tu pourrais travailler sans voyager maintenant?

C’est vrai que j’ai du mal à l’envisager. Là je suis six mois à Paris et je trouve (parfois) le temps long. C’est devenu quelque chose d’assez vital même si en contrepartie je suis consciente du fait de rater des choses ici, avec mes amis, ma famille, les gens que j’aime… de m’éloigner de leur quotidien pour m’y ré-incruster un peu plus tard. Heureusement, j’ai la chance d’être bien entourée et mon cocon s’est jusqu’à présent toujours reformé à chaque retour. En attendant, chaque départ se fait de mon côté au profit d’autres expériences et rencontres que je vis différemment.

Justement, est-ce qu’on voyage vraiment différemment quand c’est pour le boulot ?

Oui c’est un voyage totalement différent ! Il m’enrichit considérablement sur la façon dont les gens vivent, ce qu’ils pensent de la France, ce que nous, français, pensons d’eux (on me pose souvent la question), ce qu’ils ont vécu par le passé et comment ils vivent aujourd’hui, quelles sont leurs préoccupations et comment se présente le futur pour eux. En voyageant pour le Petit Futé, je fais aussi des destinations que je n’aurais peut-être jamais faites, je rencontre des gens que je n’aurais jamais croisés, c’est très enrichissant !

Tu as un exemple, une anecdote ?

Pour les destinations, je suis allée en Estonie. Honnêtement avant d’y aller je ne savais même pas où c’était exactement, ni même quelle était la capitale… bref une vraie honte ! Mais du coup, on découvre beaucoup de choses, on se documente, on pose des questions et pour cela je suis très forte, c’est une curiosité saine !
Côté anecdote, j’ai passé une soirée avec le maire d’une petite ville d’Estonie (Rakvere) je devais simplement rester à mon hôtel ce soir là et il m’a appelée, m’a emmenée au théâtre avec lui. J’ai rencontré toutes les personnes influentes d’Estonie et même le Ministre de la Culture, ça c’est un truc qui ne serait jamais arrivé autrement que par mon travail !
D’ailleurs la semaine dernière il m’a rappelée il va venir à Paris bientôt et je devrais le revoir… Malheureusement je ne pourrai pas lui présenter notre Ministre de la Culture.

Est-ce qu’un guide te semble indispensable pour les voyages?

Un guide est forcément important quand on voyage. J’ai toujours eu des guides avec moi et c’est vrai que j’ai toujours bien aimé le concept du Petit Futé surtout pour ses parties sur le shopping, les activités, les visites. Un guide est bon si l’auteur qui l’a fait a été consciencieux et qu’il fait bien son travail, cela n’a rien à voir avec la marque du guide, il faut que le boulot soit fait correctement et personne ne peut vérifier le travail de l’auteur sauf si on emploie un autre auteur ! Du coup que ce soit Lonely Planet, Routard ou Futé c’est plus ou moins de bons guides selon qui les a faits.

Tu fais donc un travail nécessaire ?

Oui, j’espère que mon boulot est utile ! Le monde du tourisme change très vite et il faut toujours avoir un temps d’avance et permettre de donner des astuces qui vont servir dans tous les cas car on est tous différents et on a tous besoin de conseils différents. A l’instant je viens de mettre à jour un paragraphe sur l’accès aux handicapés à Londres, ça ne servira pas à tous le monde mais cela sera essentiel pour certains et leur permettra de voyager dans les meilleures conditions…

Au final, question incontournable, pourquoi voyages-tu ?

Je voyage pour apprendre et découvrir autre chose. Réaliser qu’on n’est pas seul, qu’on vit en même temps de manière proche et différente. Je rentre dans cette intimité avec mon travail. En apprenant des trucs idiots comme Walkie Talkie que nous sommes seuls à dire Talkie Walkie ! En relevant des faits graves sur l’histoire ou le style de vie des gens… Bref, en n’étant pas nombriliste mais au contraire en allant vers les autres et en découvrant comment ils vivent. Savoir qu’on peut manger du kebab de rennes en Europe et que les anglais préfèrent manger la mayonnaise dans la salade plutôt qu’avec leurs frites : ce sont des trucs qui ne servent à rien mais qui font partie d’un quotidien, le nôtre ou le leur, très différent selon le lieu où on vit. J’aime découvrir le quotidien des autres !

Et puis voyager pour les paysages, les lieux, la nourriture, les monuments, l’architecture, l’ambiance d’une ville, d’une forêt, d’un désert, avoir chaud, avoir froid… Voyager pour réaliser que notre monde matérialiste n’est pas si important et à partir du moment où on a un toit pour dormir (et encore) qu’on n’a ni trop chaud ni trop froid et qu’on a de quoi manger, le reste importe peu. J’aime avoir toute ma vie dans mon sac à dos et savoir que je n’ai besoin de rien d’autre, savoir que le plus important c’est mon appareil photo et à la rigueur mon passeport, savoir que je n’ai pas besoin de penser à quel petit haut je vais mettre assorti à une robe ou un pantalon ? Savoir que je vais juste porter un truc confortable pour marcher, marcher, marcher…

Rennes en Norvège

J’aime traverser des pays différents et m’arrêter au bord de la route pour prendre des photos de panneaux avec des animaux qu’on n’a pas chez nous (élan, kangourou…), marcher sur des chemins sans savoir ce qu’il y a au bout et avoir les yeux émerveillés lorsque je contemple un endroit magnifique pour la première fois et que je me dis qu’on est vraiment idiot de ne pas prendre plus de temps à regarder autour de soi, à profiter simplement de ce qui nous entoure… Et je m’arrête là car ça commence à être mièvre !

Un mot de la fin quand même ?

Je dirais que “Oui!” je pense que tout le monde devrait voyager ! Comme tout le monde devrait lire, écouter de la musique, voir des films… C’est simplement une ouverture sur le monde, ceux qui ne le font pas manquent quelque chose et ce n’est pas une question de prix car on peut voyager dans la ville d’à côté, le département, la région voisine, pas besoin d’aller au bout du monde. Voyager c’est l’une des dernières possibilités d’être entièrement libre, faire ce que l’on a envie, s’arrêter où on veut, à condition de ne pas passer par des tours opérateurs, regarder le monde sous un angle différent et mieux le comprendre, enfin j’espère…

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3 commentaires

    ikki  | 08/09/09 à 9 h 48 min

  • un article sympa et original…

  • virginie  | 30/06/12 à 12 h 09 min

  • Merci pour ce joli partage, ça donne envie de voyager.
    Je viens de postuler aussi pour un emploi de chef de publicité chez petit futé, j’attends d’être contactée.

    Bon voyage.
    Bises
    Virginie

  • Marie  | 06/09/12 à 9 h 14 min

  • Drôle d’article.

    Je ne doute pas que cette expérience soit enrichissante mais je vais apporter quelques précisions concernant le Petit Futé, pour ceux qui seraient intéressés :

    – par rapport au nombre d’heures fournies, c’est-à-dire un nombre incalculable, le salaire est très bas et il faut avoir un autre métier à côté pour atteindre le smig
    – le Petit Futé fait partie de ces entreprises qui, faute d’encadrement, tire la rémunération des pigistes vers le bas et précarise la profession
    – le PF s’approprie également la totalité de vos droits sur les ventes, même si vous êtes l’auteur
    – certaines entreprises paient le PF pour qu’une publicité figure dans le guide, sans que ce soit dit
    – il est très difficile de rédiger des articles négatifs, tout doit être susceptible de donner envie au concerné de prendre une publicité
    – il faut avancer tout l’argent de son voyage et son remboursement en totalité est aléatoire

    De nombreux journalistes dénoncent ces pratiques sur Categorydunet.

    Puisqu’il est de plus en plus difficile de travailler aujourd’hui pour les jeunes, il serait peut-être bon d’éviter de les jeter dans la gueule au loup et de casser cette langue de bois qui consiste à dire que tout est génial, même lorsque l’entreprise n’a aucune éthique et que vos droits minimums sont bafoués.

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