Les rituels de départ

01/05/08 par  |  publié dans : Carnets, Voyages | Tags :

La plupart des Roumains sont orthodoxes et ont donc des pratiques funéraires apparentées à cette religion. Cependant, la mort est plus présente dans leur vie quotidienne que dans celle des Français. Il y a bien sûr des raisons à cela : médecine peu performante ou conditions de travail dangereuses par exemple. En parallèle, il existe une abondance de rituels qui aident le défunt à s’en aller l’esprit tranquille et surtout ceux qui lui survivent à mieux l’accepter.

Coliva est le plat traditionnel, qui se cuisine exclusivement pour les enterrements ou les rituels mortuaires. C’est un dessert à base de blé, de noix, de zestes d’orange, de cannelle. Sa préparation s’étale sur plusieurs jours (au moins deux), selon un cérémonial précis : laver le blé neuf fois à l’eau froide et deux à l’eau chaude, décorer de sucre en poudre et faire une croix avec du cacao, ou placer une bougie. On y rajoute souvent des bonbons colorés pour rendre l’aspect encore plus joli. Bien qu’il n’existe pas d’interdiction, on ne prépare pas ce plat à un autre moment vu sa connotation symbolique liée à la mort.

La cérémonie de l’enterrement se déroule dans une église, bien souvent celle du cimetière, dont les murs sont peints avec des couleurs vives à dominante rouge et bleue. Il n’existe pas de grands vitraux comme en France, et les murs ne sont jamais gris dans ces lieux de prière. On accroche des banderoles au dernier lit du défunt sur lesquelles on écrit des messages à son attention. Chaque personne présente portera une chandelle dont la base sera recouverte d’un mouchoir. Un jeune aura à sa charge d’accrocher avec une épingle un petit ruban noir à la poitrine des « convives », signe de leur soutien et de leur deuil. Le cercueil sera ouvert la plupart du temps. A la fin de la liturgie on pourra chacun son tour s’en approcher, demander à l’être disparu de nous pardonner si on a encore des choses sur le cœur, et lui donner un dernier baiser. Enfin, lorsque le cercueil sera mis en terre, on jettera des Garoafe (type d’œillet) rouges et blanches, qui sont les fleurs traditionnellement associées à cet évènement. A la fin de la mise en terre, la famille partagera avec les proches Coliva et un verre de vin blanc.

La tradition ne s’arrête pas à ce jour là. Par la suite, la famille proche conservera une bougie (Candella en roumain) qui brûlera en permanence devant une photo du disparu. Cette bougie, souvent faite maison, comprend à la base un pot (pot à yaourt en verre par exemple) rempli d’huile et pour la mèche un mouchoir tressé par exemple. On la laisse brûler jour et nuit, le temps de faire le deuil. Cela dépend du sentiment de chacun, certains la laisseront ardre quelques jours, d’autres quelques mois, voire des années.

Une Candella pas tout à fait traditionnelle

Ensuite, l’événement le plus essentiel se nomme le partage. On accomplit ce rituel à diverses dates, 6 mois après l’enterrement, puis 1 an après, puis tous les ans, aux anniversaires du défunt, ou à d’autres occasions symboliques (les habitudes diffèrent en fonction de la région). Les proches vont cuisiner différents plats, souvent typiquement roumains comme du riz pilaf, des « sarmales » (de la viande hachée dans de la feuille de chou), des saucisses ou encore du caviar d’aubergine par exemple. On entasse tous ces plats dans une assiette, la plupart du temps achetée pour l’occasion. On y joint dans un bol ou une tasse du dessert Coliva et bien souvent un verre de vin blanc.

Et une assiette pas traditionnelle non plus

On offre ces paniers ainsi garnis à des voisins, amis, collègues de travail, ou autres membres de la famille. Les proches qui reçoivent ces présents doivent les honorer, et bien sûr ne rien jeter par respect pour la famille. Ils conserveront en plus l’assiette et le bol, dont ils pourront se servir à l’avenir. Ceux qui réalisent ce rite montrent ainsi qu’ils pensent à l’être perdu. On dit que tout ce que l’on offre dans ce monde, l’autre le reçoit au paradis.

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