Madeleine : recette d’une envrakée

21/11/10 par  |  publié dans : Carnets | Tags :

Madeleine est à la fois serveuse, libraire et pigiste culturelle. Madeleine est surtout réfractaire aux portraits d’Envrakés. Elle avait beau se livrer ici-même avec son feuilleton Gilles, elle ne souhaitait pas qu’on parle d’elle dans nos pages : sur Envrak on traite de culture ! C’était donc sa condition pour répondre à mes questions sur son prénom : « rien de trop perso ». Peu importe : dis moi ta culture et je te dirai qui tu es.

C’est quoi ta Madeleine de Proust ?

La bière. Mais ça ne renvoie pas à un souvenir particulier : j’en bois tous le temps ! Quand j’étais petite, je mangeais des barres de chocolat Côte d’Or le dimanche soir en regardant la TV, ça compte ?
Sinon, dans Au revoir les enfants de Louis Malle, il y a une scène où le personnage croquait des sucres cachés dans son casier, on entendait bien le bruit, ça m’a toujours fait envie. Et pour le goûter je mangeais des BNs, à chaque fois que j’en mange, j’y repense…

Est-ce que tu pleures comme une Madeleine ?

Je ne pleure pas du tout facilement au cinéma ou en lisant des livres. J’ai pleuré en lisant Harry Potter, le tome 6. Là, récemment, pour D’autres vies que la mienne, un roman d’Emmanuel Carrère.
Au ciné, je crois que j’ai versé quelques larmes devant La vie est belle,comme tout le monde. Ou pendant Juno. Je pleure des fois quand je regarde des extraits de concerts. Je suis plus sensible avec la musique, même dans les films.

Des exemples ?

J’ai dû pleurer devant Bob Dylan, ça c’est certain. Un clip de Damian Rice 9 crimes. Ben Harper, bien entendu. Je l’ai vu deux fois en concert dont une fois à Rome en 2007. Quand je regardais les extraits du concert après coup, j’en mourrais encore.
En musique, je suis touchée par Benjamin Biolay, Sophie Hunger, Bruce Springsteen, les Stereophonics, et pleins d’autres. Quand j’avais 15 ans, je pleurais en écoutant Saez, j’avais eu une révélation en le voyant aux Victoires de la musique à l’époque et j’étais tombée amoureuse, c’était l’âge.

La Madeleine de Jacques Brel, ça te dit quelque chose ?

Bien sur, ça m’évoque tous les gens qui me la chantent quand ils me voient.
Je trouve ça cool qu’elle ne vienne jamais et qu’elle soit trop bien pour lui (- c’est un peu une revanche). Madeleine, les frites elle aime bien ça, c’est vrai : j’aime beaucoup les frites. Elle prend le tram : je prenais tout le temps le tram.

Et les lilas, elle aime bien ça ?

Je ne connais pas les fleurs, c’est une de mes lacunes. Mais comme Madeleine, j’aime bien aller au cinéma. Et Brel, j’adore ! En particulier La chanson des vieux amants. Quand je faisais du théâtre à Lille (où j’ai grandi), on avait eu un cours dans lequel on devait s’entrainer en chantant. Le prof nous avait prévenus que c’était impossible d’essayer sur Brel. J’avais tenté Le plat pays et je m’étais rendu compte qu’en effet, ça ne servait à rien de chanter Brel, ce n’était que frustrant…

Le Théâtre de la Madeleine ?

Je n’y suis jamais allée. Mais je fais du théâtre depuis que j’ai huit ans, et encore aujourd’hui. D’ailleurs, quand les gens disent : « Oh, tu fais du théâtre, tu devrais avoir confiance en toi ! », ça m’énerve. Je manque parfois d’assurance, ça n’a rien à voir. Et quand on me demandait ce que m’apportait le théâtre, je ne savais jamais quoi répondre, parce que j’ai grandi avec : ça fait tellement partie de moi que je n’arrive pas à prendre du recul. Je ne sais pas comment aurait été ma vie sans.
A côté de ça, j’aime bien le théâtre, et aller au théâtre mais je ne suis pas sûre que ça ait grand-chose à voir : ce ne sont pas du tout les mêmes plaisirs.

Qu’est-ce que tu aimes plus particulièrement ?

Le théâtre jeune public : c’est ça que je préfère. Je m’en suis rendu compte récemment. Il y a deux ou trois ans, j’ai travaillé pour une compagnie jeune public et j’ai découvert plein d’auteurs. Je crois que ce qui me touche le plus dans ce domaine est le théâtre contemporain : Fabrice Melquiot ou Joël Pommerat, par exemple.

Et ta dernière émotion théâtre ?

En septembre, j’ai vu la trilogie de Wajdi Mouawad : trois pièces d’affilée au théâtre de Chaillot. Une journée entière, c’était trop bien. Un beau texte, et épique ! On n’a pas l’habitude de voir ça sur scène.

La station de métro Madeleine ?

Maintenant que j’habite Paris, j’aime bien y passer. C’est pratique aussi pour les soirées déguisées sur le thème « stations de métro », je pourrais venir comme je suis.
Mais je me perds dans Paris à peu près une fois par semaine parce que je n’ai pas le sens de l’orientation. Je n’ai pas l’impression que c’est ma ville. Ma ville c’est Lille, Paris est trop grand, pas facile de se l’approprier.

Pour finir avec ton prénom, une anecdote de Madeleine?

Juste après mon bac, Daniel Pennac était venu dédicacer son bouquin Le dictateur et le hamac juste à côté de chez moi. Il est cool Pennac, il fait de beaux dessins dans ses dédicaces. Et il m’avait dit : « Oh, j’aime beaucoup ce prénom, j’ai une vieille amie qui s’appelle Madeleine et peut-être qu’un jour, je nommerai un de mes personnages comme ça ». Il ne l’a pas encore fait. [Ndlr : Daniel, si tu lis Envrak…].

Et au fait, la Madeleine d’Envrak ?

Elle a l’impression qu’elle a le droit d’y écrire tout ce qu’elle veut, que personne ne lui dit jamais non. Du coup c’est une très mauvaise habitude qu’elle prend. Et elle se fait la réflexion que ce serait génial d’être payé pour les choses qu’on préfère faire…

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