Poker (3), last but not the least

01/10/07 par  |  publié dans : Carnets, Tendances | Tags : ,

Suite, et fin. Nous vous avions annoncé il y a deux mois un article en profondeur sur les subtilités des rudiments du jeu. Nous avons décidé de le faire sous forme de vade-mecum. Il s’adresse aux débutants aussi bien qu’aux joueurs qui commencent à taquiner. Il est incomplet, car décrire toutes les subtilités (qui varient en fonction des joueurs présents à la table, des mains, de la réserve de jetons…) est impossible dans cet espace.

Il est imparfait aussi, car basé sur nos lectures et notre expérience du jeu : suffisante pour faire plus de bénéfices que de pertes, tout en encaissant de sévères défaites. On pourra donc allègrement le compléter en allant consulter les règles, le lexique, les outs (probabilités) et la multitude de blogs et forums sur internet consacrés au poker.

Si vous décidez d’ouvrir un compte internet, pour éviter mauvaises surprises, attention à la politique des sites en question sur les joueurs français, le poker online chez nous est interdit (voir notre article du mois d’août) et nous n’encourageons pas les lecteurs d’Envrak à outrepasser la loi. Quel que soit votre choix, jouez de manière res-pon-sable, en vous tenant à un budget, et sans oublier la vie à côté. Ceci dit, allons-y. Qui distribue ?

Patience et longueur de temps…
L’erreur type du débutant est d’aller voir le flop avec n’importe quelle main, même les plus improbables, et de miser sitôt sa paire de 3 pêchée. LAISSEZ TOMBER. S’il est possible de gagner quelques coups de cette manière, à long terme l’effet est désastreux. La première chose à apprendre est la rigueur. On ne rentre pas dans un coup avec n’importe quoi, sauf avec de l’expérience et en s’attendant à subir des pertes. Les petites paires servies 2-2, 3-3 etc sont à jouer avec extrêmement de prudence et de préférence avec des blindes faibles.

Pour les mêmes raisons, respectez les mises de vos adversaires. Vous avez AS-ROI en main, il tombe 8-2-DAME au flop. Vous allez miser pour tester ce que vos adversaires ont dans le ventre. L’un deux relance. Posez vous des questions : selon ce qu’il met sur la table, c’est qu’il a sa dame avec un gros kicker (seconde carte qui départage les joueurs en cas d’égalité), une double paire ou essaie de vous embusquer avec un brelan de 8 déjà servi. N’allez pas vous mettre à tapis parce qu’As-Roi c’est une bonne main. Une autre règle d’or est de savoir se coucher, y compris avec des paires de Rois ou d’As.

Respectez aussi votre position dans le jeu, votre tour de parole. C’est-à-dire selon la position du bouton combien de joueurs auront à miser avant vous et après vous. Ex : avec 10 et Reine vous êtes plutôt pal mal, vous pouvez, outre la paire et la double paire, tenter une suite. La chose à faire et de faire une petite relance avant le flop. Sauf que si derrière vous il y a encore 7 ou 8 joueurs à parler, et que la moitié vous suivent, vous risquez d’être en position délicate s’il tombe un 10 As 3… prudence. Autre exemple plus parlant : vous avez une réserve de jetons fragile et vous avez As 4 en main. Vous êtes le premier à parler (miser). Ne faites pas des folies et checkez, parce qu’avec As et 4 on ne vaut rien du tout. S’il tombe un As au flop, que faites vous ? Vous sentez vous fort avec un 4 comme kicker ?

Maîtrisez vos émotions et observez vos adversaires.
Il peut arriver qu’on ne touche que des mains dégueulasses pendant longtemps, ou pire, de perdre plusieurs coups de suite avec des mains excellentes, parce que le débutant de service a suivi vos relances avec deux poubelles ou en cas de « malchance » (bad beat : alors que vous partiez gagnant et misez gros en lançant votre (vos) adversaire(s) à tapis, des cartes tombent qui leur (lui) donne(nt) finalement un meilleur jeu). Ca arrive. Ne pétez pas les plombs, ne vous laissez pas démonter et ne faites pas n’importe quoi, comme miser votre cave sur votre prochain As-3.

Traquez le moindre indice qui puisse vous orienter sur le comportement ou la main d’un joueur. Online, les 10 à 20 premiers tours d’une table sont des rounds d’observation. Observez vos adversaires, leurs mises et leurs cartes et essayez d’en déduire des profils. Tel joueur va suivre trop souvent les mises des autres jusqu’au bout ? (face à lui, prudence s’impose, sauf en cas de jeu démentiel chez vous : faites lui cracher un max de jetons) Tel autre relance systématiquement plus que nécessaire avant le flop ? C’est un tyran, n’hésitez pas à aller le confronter avec une grosse paire, dès 10-10, et à remettre la même somme quel que soit ce qu’il tombe, ou mieux, attendez la paire de Reines ou d’As et mettez le à tapis. En live, la moindre parole lâchée par vos adversaires ou une hésitation à miser pour aller voir le flop peut vous être utile. Profitez-en dès que vous remarquez une faiblesse et misez de manière agressive. Le poker est autant un jeu de probabilités et de logique que de « présence » à la table, d’un rythme que l’on impose et d’une image que l’on donne à la table. Les meilleurs joueurs savent tous se faire craindre et remporter des pots. En maniant le bluff avec tact…

Soyez créatif. Paradoxalement à ce qui a pu être exprimé avant, on peut tenter de rentrer dans un coup avec des petites cartes… du genre « suited connectors », les cartes qui se suivent et sont de la même couleur. A partir de 6-7 (de carreau, trèfle etc) et en passant par 7-8, 8-9, 9-10, 10-J… vous êtes plutôt pal mal, si les blindes ne sont pas trop élevées et s’il n’y a pas trop de personnes dans le coup. Vous avez donc des possibilités de suite et de couleur, et possibilité de bluffer si aucune « tête » ne tombe au flop. Dans ce cas là, vous êtes invisible pour les autres joueurs qui ont misé avec des grosses cartes. Il faut par contre être préparé à aller engager quelques jetons pour aller jusqu’à la rivière, et à souvent se coucher après le flop. Pas la peine non plus de miser sa vie avec 6-7 s’il est tombé 4-Roi-9 – il vous faut dans ce cas aller chercher deux cartes (5 et 8) et les probabilités sont contre vous.

(Penny Poker, un tableau de Max Mannix)

Soyez créatif, encore, avec deux ou trois trucs de joueur confirmé.

Le continuation bet. Reprenons l’exemple du 10-Dame. Disons qu’ils sont de la même couleur. Vous avez un tapis confortable. Les blindes sont à 30. Vous misez la relance de rigueur, soit 2,5 ou 3 fois la blinde, ce qui monte votre relance à 90. Il tombe 10-Valet-As, et deux de ces cartes sont de la même couleur que votre 10-Dame. Ne checkez pas trop vite : vous avez un tirage à couleur et une possibilité de quinte par le ventre avec le Roi. Préférez le continuation bet et remisez exactement la même somme (90). L’effet ?

Vous avez annoncé avec votre relance initiale que vous aviez un gros jeu, et avez ainsi la possibilité de faire croire à vos adversaires que vous avez l’As avec un gros kicker, et les faire coucher. Quelqu’un a effectivement l’As ? Selon son kicker il va hésiter à vous suivre et ne dépassera pas les 90. Vous êtes en outre un minimum couvert avec votre paire de 10, avec une possibilité de brelan. Il vous faut agir de même au turn, voire en misant encore plus. A ce stade, vous avez installé la crainte chez votre (vos) adversaire(s). Vous jouerez la rivière au feeling et avec précaution (gare au joueur qui a effectivement un As)…

Le check-raise. Arme d’une simplicité et d’une efficacité redoutable. Deux cas où la jouer :

Pour bluffer ou semi bluffer. Vous avez un tapis solide et deux bonnes cartes dans les mains. Vous êtes l’un des premiers à parler. Il tombe n’importe quoi au flop, vous checkez. Les autres joueurs à parler misent des sommes ridicules. Vous sentez qu’ils vont chasser leur combinaison au turn et à la rivière, où sont engagés dans le coup en ayant touché une petite paire. Lorsque cela revient à votre tour, vous leur mettez 3 ou 5 fois cette mise. Poum. Souvent, ça fait son petit effet.

En embuscade. Vous êtes l’un des premiers à parler, avez une paire en main et vous touchez votre brelan au flop. Exemple 10-10, il tombe un flop 10-As-3. N’allez pas de suite miser comme un fou mais checkez pour voir le comportement de vos adversaires. Plusieurs misent ? contentez-vous de suivre. Le turn donne 10-As-3-7, les possibilités de couleurs sont presque nulles et vous ne voyez pas qui aurait AAA. CHECKEZ et laissez les autres joueurs s’exprimer. A ce stade il est plus que probable que le joueur doté d’un As et d’un bon kicker, voire d’une double paire ou d’un tirage couleur (il cherche le dernier cœur ou trèfle sur la rivière) mise gros pour tenter de décourager les autres joueurs de suivre. C’est ce que vous attendiez : « raisez » lui une bonne mise dans la tête pour lui mettre un bon mal de crâne. « Mais qu’est-ce qu’il a ? » se demandera-t-il. « Il a suivi avec un As et un petit kicker ? Il vient de toucher sa double paire ? J’ai un As-Roi, il croit qu’il va pouvoir me bluffer ? Ou alors il cherche sa couleur ? ». Ce joueur va être tenté de suivre, à moins qu’il n’aie deviné votre brelan. Pourquoi checker et raiser alors que vous étiez assuré dès le départ de gagner ? Pour faire monter les enchères et gagner plus. L’important n’est pas de gagner toutes les mains mais de les rentabiliser.

Pour conclure : discipline et audace peuvent faire d’un joueur du dimanche un joueur correct.

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2 commentaires

    LVB  | 01/10/07 à 22 h 54 min

  • “Les petites paires servies 2-2, 3-3 etc sont à jouer avec extrêmement de prudence et de préférence avec des blindes faibles.”

    Quel est le rapport avec la choucroute ? Une petite paire ça se joue fort et en tête à tête ! Ah oui, c’est vrai, j’oubliais, avec les mêmes cartes il y a juste 50 façons de jouer une main ! Chacun son style ! Mais si vous ne devez retenir qu’un seul mot de ces articles c’est : DISCIPLINE ! De toute façon dans 99% des cas, quand vous ne respecterez pas vos idées de base, vous le regretterez !

  • H  | 02/10/07 à 19 h 59 min

  • Effectivement, d’où l’avertissement “décrire toutes les subtilités (qui varient en fonction des joueurs présents à la table, des mains, de la réserve de jetons…) est impossible dans cet espace”. ;-)

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