Poker

01/07/07 par  |  publié dans : Carnets, Tendances | Tags : ,

Caves enfumées au cigare, visages de canailles dissimulés derrière des lunettes noires et des chapeaux de cow-boy, liasses de billets verts, piles de jetons sonnants et trébuchants, il ne sera donc pas question ici de Trivial Pursuit, mais de poker ! Et depuis quelques années le jeu n’est plus le même. S’il conserve certains des attributs qui ont fait sa légende – Doyle Brunson, mythe vivant du poker, porte le Stetson de cow-boy – le poker a changé de règles, de look, et de sphère d’action, passant des cercles confidentiels ou cercles friqués à l’ère d’Internet et de la médiatisation.

Olà, n’allons pas trop vite
Un peu d’histoire s’impose, c’est toujours sympa, même si en la matière et pour les débuts, on ne dispose pas de sources sûres. Les ancêtres du poker seraient apparus au Xe siècle en Chine, ou au XVIIe chez les Perses (actuellement, l’Iran), qui pratiquaient le As Nas, jeu à vingt cartes ornées de figures (lion, roi, soldat…), basé sur le bluff. Encore que la France, l’Italie et l’Espagne revendiquent des jeux apparentés dès le XVe siècle. Le premier témoignage fiable d’un poker à la As Nas pratiqué à la Nouvelle-Orléans date de 1829. Très rapidement, sur les rives du Mississippi puis dans le Grand Ouest américain, enfin chez les soldats pendant la guerre de Sécession, le jeu a subi les modifications qui en on fait LE poker d’aujourd’hui : généralisation des cinquante-deux cartes (1837), apparition de la couleur et de la suite (vers 1865), stabilisation des règles du poker fermé…

Il y a poker et poker…
Le poker fermé, c’est la version de papa, le poker emblématique, celui des pros de la première heure. Il existe des variantes largement pratiquées aujourd’hui, comme l’Omaha, mais elles restent somme toute marginales et il est fort à parier que vous n’en entendrez pas souvent parler. De toutes, une seule s’est détachée. C’est le Texas Holdem’, né dans le Cantal comme son nom l’indique au début du XXe, et popularisé dans les casinos américains dans les années soixante-dix, jusqu’à « contaminer » les World Series Of Poker (WSOP), les championnats du monde. Le hold’em a aujourd’hui supplanté le poker fermé sur les tables de la planète. Il se joue avec des règles sensiblement différentes, qui, en faisant une large place aux statistiques, à la stratégie et à la psychologie, font tout son intérêt et sa force. En parlant de statistiques, vous exposer les règles dans ces colonnes prendrait plus de place que de raison, aussi je vous renvoie ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Texas_hold%27em

On s’était dit rendez-vous sur une table
Minute papillon. En France, le poker, comme les autres jeux de « hasard » est sous le monopole de l’État, qui ainsi a seul le droit d’en organiser les parties – hors parties privées chez mémé. Mais alors comment ce jeu a-t-il pu se généraliser à ce point ?
C’est que les caméras on fait leurs apparitions dans les gros tournois depuis 2003. D’abord pour filmer les joueurs, ensuite pour révéler aux spectateurs leurs mains : des mini-caméras sont placées de telle manière qu’un joueur peut discrètement montrer sa paire d’As ou sa « poubelle ». Avec pour effet de rendre le jeu aussi spectaculaire pour les spectateurs qu’un match de football (si si), surtout que les parties, qui durent des heures, sont montées pour convenir au format télé, et qu’on ne lésine pas sur le show. Voir les paquets de dollars déversés sur la table lors des finales, sous l’œil de flics armés de fusils à pompe… En France, le poker débarque sur Canal courant 2006 avec Patrick Bruel aux commentaires. Quelques fois raillé (y compris aux Guignols), Patriiiick a gagné un championnat du monde à Vegas (1998), est sponsorisé dans une équipe, et ses commentaires sont très pertinents. Sa notoriété fait le reste. Télé + Patrick = carton. Selon un sondage de ClubPoker.net sur 2400 personnes, à la question « Comment avez-vous découvert le Texas Hold’em », 44 % répondent : Patrick Bruel et le World Poker Tour sur Canal +.

Business is business
Qui dit popularité dit business. Les pros sont des stars médiatiques et sponsorisées dans des « teams » de joueurs, très conscientes d’avoir à assurer le show. Ils se nomment Doyle Brunson et son fils, Todd, Phil Helmuth, Daniel Negreanu, Phil Laake, Antonio Esfandiari, Barry Greenstein, Gus Hansen… Jennifer Harman et Isabelle Mercier pour les femmes, David Benyamine, et, dans une moindre mesure, Fabrice Soulier pour les Français (Mercier est Canadienne). Non seulement le jeu leur confère une image cool (gagner sa vie en jouant, le rêve), mais leurs gains vont de quelques dizaines de milliers de dollars à… plusieurs millions.

Du grain à moudre tout frais pour le rêve américain, en somme. Une aubaine pour l’industrie du jeu qui voit débarquer dans ses casinos des hordes de joueurs à l’assaut des pros de la télé (lunettes noires comprises pour empêcher l’adversaire de voir ses expressions), ainsi que pour les fabriquants de matériel, et la presse magazine spécialisée dont on a vu l’apparition en France, dans des conditions parfois peu élégantes. A l’arrivée du petit troisième, Poker World, très agressif dans son édito envers ses deux confrères, on a vu les patrons des trois titres s’écharper pour savoir qui-qu’avait-la-plus-grosse, notamment sur le blog poker de Libé (voir le débat en question dans les posts de ce billet http://interactif.blogs.liberation.fr/lepokeratouteblind/2007/03/presse_poker_ce_1.html#more).

Internet n’est pas en reste avec une myriade de sites de jeu on-line à l’efficacité redoutable. Cinq minutes pour ouvrir un compte et créer son pseudo, une minute pour rentrer son numéro de carte bleue, une autre pour trouver sa première table et roulez jeunesse ; là où une sortie au casino se révèle beaucoup plus compliquée. De Everest Poker jusqu’à 777 en passant par PKR (tout en 3D, avec possibilité de créer un personnage et le faire interagir à la table comme un « vrai » joueur), tous promettent des bonus en cash importants pour appâter le chaland, qui sera fort avisé de lire les petits caractères des conditions d’utilisation avant de pouvoir en profiter. On estimerait en France les utilisateurs des poker-rooms à des centaines de milliers. Elle ont vu arriver une nouvelle génération de joueurs, dont les plus brillants, entraînés en seulement quelques mois sur des centaines de parties, peuvent se qualifier lors de « tournois satellites » aux plus grands championnats live, et damer le pion aux professionnels. Voir l’exemple de Chris « Moneymaker », célèbre pour avoir ainsi transformé 32 $ en… 2 500 000 $.

Signe du temps, on s’échange les liens vers les vidéos les plus spectaculaires. Voir cette « main » désormais célèbre entre Daniel Negreanu et Gus Hansen (http://www.youtube.com/watch?v=5k8mdvx0RWM), on télécharge les vidéos de tournoi sur P2P ou on s’extasie devant les chip tricks – voir cette vidéo complètement hallucinante : http://www.youtube.com/watch?v=aUP-noLRQYI ou http://www.21ace.com/TheEMan-Chip-Tricks-6-Video.php

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14 commentaires

    Marie  | 01/07/07 à 18 h 19 min

  • En voici un article qui m’a appris plein de choses. Merci Holden.

  • dolly  | 03/07/07 à 19 h 56 min

  • je comprends pas que ce jeu soit a la mode :s même si j aime bien y jouer ; je comprend pas la passion du moment :s d’ou vient cette folie ?

  • H  | 08/07/07 à 11 h 52 min

  • Ben… peut-être du fait qu’on peut gagner beaucoup d’argent, et que la structure du jeu donne l’impression de “maîtriser”. Un bluff réussi = changer le cours du destion.

  • Zarastro  | 09/07/07 à 12 h 45 min

  • “De Everest Poker jusqu’à 777 en passant par PKR” : Euh… tu ne confonds pas avec Poker770 (et pas 777) ? Non parce que là on touche au domaine du sacré…

  • Sab  | 09/07/07 à 14 h 21 min

  • C’est vrai, oh, faut pas déconner là

    (de quoi vous parlez?)

  • H  | 09/07/07 à 20 h 53 min

  • Autant pour moi, il s’agit bien de la poker room de jeu en ligne 770 et pas 777, le joueur des mariages entre actrices et basketteurs

  • Sab  | 10/07/07 à 15 h 29 min

  • J’ai rien compris

  • Sab  | 10/07/07 à 15 h 29 min

  • Ah siiii, t’as surement voulu dire “le JOUR des mariages”. Ayé c’est bon

  • milenko  | 15/07/07 à 19 h 35 min

  • bon article, jeremy.
    salutation… en attendant de se retrouver à une table au WPT.

  • Sab  | 16/07/07 à 16 h 14 min

  • Toi aussi tu joues??

  • milenko  | 18/07/07 à 15 h 30 min

  • je joue, un peu sur le net (mais pas trop car j’ai pas que ca a branler non plus).
    et beaucoup entre amis autour d’un bon repas et quelques boisons raffraichissantes.
    mais jamais d’argent pour l’instant, ce qui est dommage car je pile tous mes amis systematiquement à présent.

  • Holden  | 20/07/07 à 0 h 46 min

  • Ho, c’est qui milenko ? Ah, c’est toi ? Je suis flatté, et salutations itou…

  • Krovax  | 28/07/07 à 11 h 00 min

  • Bon, je viens mettre mon grain de sel.
    Très bon article, même si l’intro parle plus du poker de saloon à l’époque du far west. Perso ça fait quelques semaines que je m’y suis mis sérieusement, et je ne pensais pas trouver autant de joueurs si rapidement.
    Pour une ville comme Tours, on trouve même quelques bars qui organisent des tournois freerolls (Sans argent, mais donc souvent sans gain).
    Sinon le poker en ligne est sympathique, même si la dimension mentale du jeu prend beaucoup moins de place… Les mensonges se jouent plus sur la durée que l’on met à jouer un coup, mais ça va pas beaucoup plus loin.
    Inconvénient, je trouve, du jeu en ligne. Il est beaucoup plus facile de ne pas s’arrêter, et donc de se faire plumer. :)

  • LVB  | 31/07/07 à 23 h 41 min

  • Le poker sans enjeu … je n’ai toujours pas compris l’intéret ! Un freeroll en ligne avec gain potentiel c’est le royaume des Kamikazes pendant une heure puis ça devient intéressant. Sinon entre pôte, même une toute petite mise permet d’intéresser la partie et d’éviter d’avoir des mecs qui suivent sur 2-9 dépareillés! :D

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