Reviens Freud, ils sont devenus fous!

10/09/16 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags : , , , , ,

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Charles Pinel; Jacques Lacan; Mélanie Klein; Sigmund Freud; Jean Etienne Esquirol; Carl Gustave Jung; Jean Martin Charcot; Gaëtan Gatian de Clèrambault de l’Hôpital Saint Jean de Dieu; priez pour nous.

Décomplexé

Être décomplexé est la posture à la mode. Les ultra libéraux, la droite et l’extrême droite sont décomplexés, les colonialistes, les xénophobes, les homophobes, les hétérophobes et les racistes sont décomplexés. Jusqu’à il y a peu ils faisaient peu ou prou profil bas, aujourd’hui ils affichent fièrement leurs haines, depuis que la droite sous Sarkozy a revendiqué les bienfaits de la colonisation et de la culture chrétienne, que les vertus de la compétition ont pris le dessus sur les valeurs d’égalité et de fraternité, au nom de la mondialisation et de la liberté d’entreprendre. Pour parfaire le tableau, Monsieur Valls a braconné sur les chasses de la droite libérale et extrême, cabotant au plus près de la côte des sondages. Avec la mondialisation, « fatalité » à laquelle le gouvernement de Monsieur Valls -“socialiste” décomplexé- déclare inévitable de s’adapter, il a diabolisé les syndicats et attaqué les droits sociaux. L’oubli du temps faisant son œuvre, l’extrême droite se refait une virginité de pucelle d’Orléans, elle a pleinement réussi sa « dé-diabolisation ».

 

Loi travail

Éloge du complexe

Petit rappel freudien. Avant qu’ils ne “s’hominise” sous le joug de l’éducation le petit d’homme est un fauve, bien heureusement aux dents de lait. Il est naturellement et successivement habité au cours de son développement par tout ce que l’adulte identifie comme perversions. Coprophilie, sadisme, voyeurisme, exhibitionnisme, etc…
En réprimant ses pulsions, l’éducation en fait un être social, modelé à l’image de la société dans laquelle il vit, et de sa culture. Élevé par des loups, le petit d’homme devient un loup comme les autres, et ce n’est pas une métaphore.
Dans une société réputée « civilisée », les pensées inacceptables associées aux pulsions réprimées sont refoulées et constituent l’inconscient, la partie autorisée est « sublimée », c’est à dire détachée de sa prime de jouissance, elle se portera sur des activités socialement admises, à l’érotisme esthétique et éthique. Le plus cruel des enfants sadiques deviendra le médecin qui sauve, sauf circonstances particulières : Schweitzer n’est jamais loin de Mengele, ils sont les deux faces de la même médaille. Docteur Jekyll et Mister Hyde n’est pas qu’une fable mais la description de la dualité de tous les êtres humains. Les petits exhibitionnistes se produiront sur scène, nous leurs devons les plus belles interprétations des œuvres de théâtre et de cinéma, les petits voyeurs deviennent de grands spectateurs, des cinéastes ou des photographes, et ainsi de suites. Tout cela fonde les cultures et les sociétés.
Dans l’inconscient, dominés par le maître suprême, le surmoi, la constellation de ces interdits constitue un ensemble complexe, devenu dans le langage de la vulgarisation « les complexes ». Sans eux, la sauvagerie régnerait en maître, quand le surmoi perd le pouvoir elle revient aussitôt.
En mais 1968 la jeune génération a sévèrement bousculé un monde totalement sclérosé, mais elle l’a remplacée aussitôt par un code nouveau, bien plus sympathique: « Il est interdit d’interdire », « Jouis sans entraves », « Éducateurs éducastreurs », libérant une part de refoulé au bénéfice du désir et de la sublimation. Une utopie sans doute, mais qui ouvrit une époque d’une exceptionnelle richesse culturelle et initia un «élitisme de masse ».
Les complexes sont donc des tyrans nécessaires qui permettent de faire société mais qui brident chacun, un peu, beaucoup, ou au delà du soutenable, alors il faut une révolution. La psychanalyse ce n’est que ça : desserrer l’étreinte du tyran de la morale interne qui bride les pulsions et les désirs, quand ils se manifestent sous forme de souffrance, de symptômes ou de pathologie. C’est un processus lent et respectueux de la personne qui libère son énergie vitale, que Freud appelait libido. 
Il existe des sociétés totalement décomplexées, l’État islamique en est l’exemple le plus achevé.
Grâce à la destruction des instances sociales et politiques, au demeurant dictatoriales, opéré par les Forces du Bien sans avoir prévu aucune alternative, la pulsion de mort est aujourd’hui seule à l’œuvre. Ceux qui refoulaient leurs pulsions d’agression et de haine peuvent tuer violer étriper décapiter lapider éventrer à l’envie, et gagner le paradis.

Radicalisation

On pose toujours la question : « Que se passe t-il dans la tête d’un converti radicalisé ? ».
Ce n’est pas la bonne question : on devrait se demander au préalable, « que ne se passe t-il pas ? » et « que ne s’est-il jamais passé ? » si une allumette provoque l’explosion, elle ne l’explique pas, il faut un explosif. Qui sont les candidats au martyre ?

 

Icônes

Je est un autre

On voit toujours l’autre à son image : si on pense « adolescent » on imagine un adolescent certes un peu rebelle, mais gentil et cultivé, avec un bon niveau de réflexion et de questionnement, accessible au doute, qui a intégré les règles du vivre ensemble. D’ailleurs on peut en trouver qui basculent, comme cette jeune fille juive qui se convertit à l’islam et met le feu aux poudres de la question du voile. Sans doute une version actuelle de « Famille je vous hais ». Comme ça existe à la marge et que c’est facile à analyser, on en fait un concept, révolte adolescente. Comme le voyou fils de flic ou la fille de prof en échec scolaire.

 

Manif anti code du travail

La jeunesse chevauchant des chimères

L’autre c’est moi

Aux yeux du candidat jihadiste vous possédez 500 mots dont une centaine d’insultes, vous êtes un bloc de haine inaccessible au doute, vous le méprisez et avez peur de lui, vous êtes prêts à transgresser toutes les lois y compris les plus “sacrées”. Vous êtes un nuisible à éliminer, c’est une action de gloire. Vous êtes un tigre de papier puisque infidèle : Dieu est de son côté. On voit toujours l’autre à son image. Ce n’est pas nouveau : les stratèges savent que dans un conflit les combattants doivent aussi peu que possible être au contact de l’ennemi. Si vous le rencontrez, vous êtes devant un miroir, vous êtes lui et il est vous, vous risqueriez de fraterniser. Après il faut les décimer comme en 1915, c’est contre productif. Si vous faites un prisonnier il faut détruire l’humanité en lui, l’humilier, l’abaisser, le ravaler au rang de déchet. L’autre doit être un cafard à écraser comme les tutsis pour les hutus, une vermine comme les juifs pour les nazis, sous humain ou non humain. Avant l’abolition de l’esclavage, le noir américain n’était officiellement humain que pour un tiers, bestial pour le reste.

 

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« Tu ne tueras point »

C’est le fondement premier des trois monothéismes et du bouddhisme, ce qui n’empêche pas les chrétiens de s ‘étriper ( Dans Béziers il y avait des catholiques et des cathares, comment faire la différence ? « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens » aurait ordonné le légat pontifical Arnaud Amalric). les musulmans entre eux en font autant, de même entre bouddhistes chrétiens et musulmans, sectes et sous sectes de tout bord. Mais le précepte demeure : tu ne tueras point, sauf si on te le permet ou te le commande.

 

Arles 2016

Fresque de Clarissa, Mustapha, Yoav, Elsa, Ahmed et Yohan, Arles

Licence to Kill

On le sait par la fiction, OSS 117 est l’archétype du « permis de tuer » permanent sans autorisation préalable, l’apanage des agents secrets, dans des circonstances néanmoins codifiées et dans « l’intérêt supérieur de la nation ».
Les soldats du jihad deviennent tout à la fois des agents secrets et des tueurs en série, ils ne leur est même plus nécessaire de s ‘autoriser d’eux mêmes, leurs crimes sont prescrits et récompensés au nom de Dieu. Tout ce qui était interdit est permis, eux ont réussi à jouir sans entraves, à faire de tout être humain l’objet sans limite de leur jouissance, jusqu’à la jouissance absolue : le martyre. Sur le terreau de l’échec scolaire et social, de la misère intellectuelle et culturelle, de l’humiliation -l’apartheid dont parle Monsieur Vals- des demi sauvages fanatisés sont  individuellement autorisés -et prescrits- à outrepasser la loi fondamentale, le « Tu ne tueras point ». Alors, selon le principe « nous ne sommes rien soyons tout » ils deviennent les égaux de Dieu.
On peut également s’interroger sur cette toute nouvelle figure médiatique de la fiancée du tueur, déjà répertoriée par Isabelle Horlans avec les femmes amoureuses des tueurs en série. Ils reçoivent -dit-on- un impressionnant courrier d’admiratrices fascinées et énamourées. Elles sont des centaines en France et des milliers aux Etats Unis. Brecht écrivait déjà dans “l’opéra des gueux” la chanson de l’humiliation  -la fiancée du pirate- :

«Qui veux tu de tous ces gens que je tue ? » «Et moi je répondrais doucement: tue les tous ! Chaque tête qui tombera je battrais des main, hop là!».

 

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Hier aujourd’hui et demain

Une fois l’État Islamique autoproclamé détruit, combien de ses combattants orphelins rêveront-ils de leur petit holocauste ? Tout le monde a pu constater qu’ils étaient des « pieds nickelés », mais des crétins fanatisés avec une kalachnikov ou des explosifs peuvent faire dans les démocraties occidentales de graves dégâts,  et infiniment plus en terre d’Islam. Aussi monstrueux que soient leurs actes leur capacité de nuire reste limitée, mais ils visent surtout à faire régner la peur pour empoisonner la paix sociale, et pour longtemps.
Alors, bouter l’étranger hors de France ? A partir de combien de grand parents non français est-on un étranger? Si chaque français secoue son arbre généalogique, combien de métèques en tomberont-il ? Un Guantanamo pour fichés « S » à la porte de chacune de nos villes ? Un fascisme à visage humain ? Ou vivre avec la réalité de notre héritage colonial et faire avec, du moins mal qu’on peux ?

Jean Barak

 

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