Séville : une année sous le soleil

03/08/11 par  |  publié dans : Carnets, Voyages | Tags : ,

« Erasmus à Séville ? Wahou ! C’était comme dans L’Auberge Espagnole ? ». Primo, Romain Duris est à Barcelone, deuxio, pourquoi devrais-je suivre le même parcours que son personnage dans le film ? Pas très original d’être Erasmus à Séville, certes. Nous étions sûrement des centaines à affluer dans la capitale andalouse, pour tout ce que le nom de « Sevilla » évoque… le flamenco, l’Andalousie, la beauté de ses femmes, le charme de l’influence arabe, etc. Jusqu’où vont les idées reçues et où commence la réalité ?

 

 

Triana

D’abord, c’est une ville qui porte en elle des odeurs, une multitude d’odeurs : le matin en passant devant les innombrables cafés (la rumeur populaire dit qu’il y a un café pour neuf habitants), la senteur du latte et des tartines grillées recouvertes de tomates et d’huile d’olives happe le chaland, les rues regorgent d’orangers qui les embaument, en début d’après-midi c’est au tour des tapas de répandre leur odeur alléchante et la nuit, les eaux de Cologne et les parfums des shampoings ouvrent le bal.

La place de Séville

Capitale du flamenco, Séville se bat avec ses cousines, Cádiz, Jérez de la Frontera et Granada, pour se déclarer reine de cet art. N’empêche qu’elle a de sacrés avantages sur les trois autres avec – notamment – sa biennale du flamenco, qui rameute les plus grands artistes de cette danse et des aficionados du monde entier pendant un mois. « De cuerpo y alma », le titre de la prochaine édition de la biennale, qui débutera le 7 septembre 2012, laisse déjà entendre les zapateados ra(va)geurs d’un Israel Galván ou le chant de la star de Grenade, Estrella Morente.

Dans les rues, un studio de répétition se révèle parfois aux oreilles de ceux qui ne savent pas : les taconeos crépitent sur le sol, laissant vagabonder l’imagination du visiteur aveugle du côté des nuits sévillanes endiablées. Car si Séville se montre sage le jour, ancrée dans la terre, le jaune flamboyant de ses façades explosant de lumière, travailleuse, sieste chaleureuse, la nuit, elle montre un tout autre visage. Retrouvailles entre amis, retrouvailles entre amants, Séville est sauvage car la lune et les étoiles entraînent dans leur voyage une ouverture sur tous les possibles.

 

Les insurgés de Séville

La dualité de la cité ne s’arrête pas à sa double vie, entre le jour et la nuit, mais se joue aussi entre tradition et modernité. Les Sévillans sont réputés pour leur fierté. Tel un paon, la ville fait la belle, elle charme, attire, elle vous fait entrer dans son monde, vous enseignant ses joyaux, mais pour y faire sa place durablement, c’est une autre histoire. Peuplée d’étrangers, elle est propice aux rencontres et il est facile d’arriver au bout de trois /quatre cañas à des discussions très personnelles, des liens souvent éphémères. Tu es Erasmus ? Alors consomme, consomme la ville, consomme la nuit, consomme les gens, et retourne dans ton pays avec de belles images. C’est la fête, la folie des photos se déchaîne sur les Facebook de ces jeunes « sévillans pour quelques mois », histoire de dire j’y étais et j’en ai bien profité. Et si on gratte un peu plus loin, la vie à Séville est-elle vraiment celle que l’on imagine ? Au-delà de la fête, que se passe-t-il ?

Sémana Santa

Sans pour autant prétendre avoir mieux compris que les autres, Séville, c’est aussi la galère pour trouver un travail, un peuple qui s’insurge contre son gouvernement, des danseurs, des chanteurs et des guitaristes venus d’ailleurs qui luttent pour se faire une place dans l’art flamenco venu d’ici, lui. Séville, c’est beaucoup de tristesse masquée derrière un verre de tinto de verano et un sourire d’apparat, ce sont des travailleurs acharnés qui font une petite sieste parce que le climat l’ordonne, ce sont des gitans qui fouillent les poubelles tous les jours en quête d’objets à revendre sur le marché le week-end, c’est le poids de la famille, très présente et importante, tout comme la religion catholique.

Qui dit religion à Séville, dit Semana Santa, qui, avec la Feria, est la fête la plus populaire de la ville. Les rues et surtout l’atmosphère se transforment complètement durant ces deux semaines spéciales, les Sévillans s’habillent et on a soudain l’impression de faire un bond dans le temps, retour dans le passé, quelque part dans le XIXème siècle. Les processions de la Semana Santa, qui créent des embouteillages dans l’étroitesse des rues, sont entourées d’un profond respect et d’une dévotion étonnante pour l’étrangère que je suis. Certains se lancent dans des chants adressés aux figures saintes, du haut de leurs balcons ‒ ce qu’on appelle les saetas. La Feria est comme une explosion de joie, les femmes arpentent la ville en robe flamenca, on boit du rebujito (mélange de manzanilla et de limonade) et tout le monde se lance sur la piste pour danser des sevillanas.

Assise à la terrasse d’un café de la calle Betis, à Triana ‒ l’autre Séville, ancien royaume des gitans qui regarde fièrement la ville de l’autre rive du Guadalquivir ‒ je me dis que la vie ne pourrait pas être plus belle.

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