Aix-en-Provence, un terrain pour les Roms!

26/12/18 par  |  publié dans : A la une, Société

Sorina et Renata

Épiphanie à Aix-en-Provence

Bien sûr, il y a eu le puits Z à Gardanne, qui reste dans la mémoire des Roms qui y ont habité comme de ceux qui y ont grandi, le paradis perdu. Un paradis avec un seul point d’eau et pas de sanitaires, mais avec l’électricité. Avec la vigilance bienveillante de la municipalité, le soutien assidu et multiforme des bénévoles des associations de solidarité, nombreuses, au premier rang desquels le « Collectif Rom de Gardanne ». Pour être emblématique, l’expérience a failli coûter -de très peu- la Mairie à Roger Meï et son équipe, la droite dure et l’extrême s’étant déchaînées, mais pas que*, avec un quasi succès électoral. Fallait-il persister et laisser la droite extrême emporter Gardanne ?

Il faut dire que les Roms du Puits Z avaient volé et mangé tous les chats de la ville, puis les canards du plan d’eau, et enfin les deux chameaux d’un cirque de passage. *

Chacun se fera sa religion.

Un terrain pour les Roms à Aix en Provence

Ça rend d’autant plus méritoire l’attribution et l’aménagement d’un terrain officiellement dédié aux Roms d’Aix-en-Provence, après que Madame le Maire n’ait assidûment asséné « Pas un seul Rom sur la Commune d’Aix-en-Provence, pas un seul sur la communauté du Pays d’Aix ».

Après tant d’expulsions, de poursuites judiciaires, de destructions de leurs cabanes ou caravanes misérables, jetant ces familles encore et encore à la rue ou sur les routes, sans doute Madame Joissains a-t-elle été émue par la détresse de ces enfants, tous scolarisés malgré les difficultés, pour qui l’horizon de la “France terre d’asiles” se réduisait à une haie de C.R.S.

L’esprit de Noël sans doute.

Il faut bien admettre que les Roms sont agaçants: on les expulse, on les harcèle, on bafoue leurs droits et les droits humains élémentaires, mais ils reviennent encore et encore. Ça coûte une fortune en pure perte. Sauf électorale.

C’est l’effet pervers de l’espace Schengen, la libre circulation des marchandises et des travailleurs détachés leur a ouvert la porte des bidonvilles d’Europe de l’Est. Citoyens Européens, ils ont le droit de venir fouiller nos poubelles pleines, alors que -disent-ils- les leurs sont vides.

Correctif de la Ligue des Droits de l’homme

“Ce qui est une première, ce n’est pas une Epiphanie présumée de Madame le Maire, c’est que la justice a condamné la Ville d’Aix-en-Provence à créer cet espace dédié”.

Dorénavant, quand on dira « Je crois en la justice de mon pays », on aura au moins une bonne raison. Après avoir essayé de les diriger vers l’aire des gens du voyage* qui n’en veulent surtout pas et à laquelle ils n’ont pas droit, un premier terrain a été proposé.

Les riverains s’y sont violemment opposés, au motif que « Ce ne sont pas des êtres humains, c’est une déchetterie ». Rien de nouveau sous le soleil de Satan.

Un terrain idéal a été trouvé : sous l’ancienne auberge de jeunesse transformée en foyer d’accueil pour jeunes travailleurs, derrière l’hôtel des ventes, à l’abri des regards, les Roms pourront vivre cachés, donc heureux. « Dans deux ans ils dégagent » affirme toutefois la municipalité.

Que le temps passe vite…

Pour les Roms, deux ans c’est l’éternité, en regard de la peur quotidienne de l’expulsion.

La circulaire sur l’éradication des bidonvilles de janvier 2018 jamais appliquée laisse les associations humanitaires perplexes, « Faut voir » disent-ils, « c’est peut-être un premier pas ». Pour l’heure, la fête fut belle. Il y avait un seul élu de la Ville d’Aix, Edouard Baldo, dans l’opposition ; le responsable adjoint de la police municipale ; la responsable des Services Sociaux du Département ; Madame Prioleaud, Secrétaire Générale de la Sous Préfecture ; le Directeur de l’ADAP, la CIMADE, la LDH, Médecins du Monde, le CCFD-Terre solidaire, le Relais Saint-Martin de l’église d’Aix, et bien entendu le public, les collectifs roms et les Roms accueillis sur le terrain, manifestement heureux.

Il y eut à boire et à manger, repas de fête rom, de la musique avec le groupe Hop cha cha, et des danses tziganes.

« Je parle le roumain, le romani, le hongrois, le français et un peu l’anglais » nous confie Renata, douze ans, arrivée en France à quatre ans, épanouie. Elle danse avec sa cousine Sorina, pour le plaisir et pour les photographes. Avec un peu de stabilité, tous les espoirs lui sont permis !

Jean Barak

*« On sait qu’il y a sur le terrain des personnes qui ont un casier judiciaire ou ont été arrêtées à de multiples reprises, affirme l’entrepreneur Jean-Brice Garella. Il s’agit d’une population typée serbo-croate, avec des blousons en cuir et un regard plus agressif. Eux chargent les métaux, chapardés par les Roms, et vont les vendre dans le Jura à des ferrailleurs. Cette partie qui organise le trafic, on doit l’exclure. » Quand on lui demande d’où il tient ces informations, notamment sur les casiers judiciaires confidentiels, Jean-Brice Garella dit s’être rendu sur le terrain et lire la presse. Le tri n’est pas fini : « Il y a encore une partie qui ne veut pas s’adapter aux principes républicains et qui doit partir. » Restent « ceux prêts à s’intégrer et à changer leur mode de vie ». Soit tout au plus « 5 à 7 familles, estime Jean-Brice Garella, pour lesquelles il faut trouver des solutions au cas par cas ». Le candidat PS cite notamment des HLM disponibles dans la commune, ce qui « les empêcherait de continuer les trafics ». (Louise Fessard, Médiapart)

Tout est bon pour devenir Maire.

A Gardanne on ne dit plus “je suis garé là” mais “je suis stationné ici”.

*Les chats les canards et les chameaux, c’est pourriels et fake news, bien évidemment.

*Les Roms n’ont rien à voir avec les « gens du voyage », français depuis 4 siècles. « Il n’y a qu’en France que nous vivons en caravane, chez nous nous habitons dans des maisons » nous dit une petite fille. Il y a bien cent ans que les gitans et autre tziganes ne sont plus nomades.

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