C’est l’été, la chasse aux roms est ouverte

10/07/17 par  |  publié dans : A la une, Société | Tags : , , , , ,

Pourquoi les roms ?

Parce qu’ils sont là, visibles, dans des bidonvilles ou dans des squats, que les femmes mendient dans la rue et aux feux rouges, parfois avec leurs enfants, pauvres parmi les pauvres. Migrants de l’intérieur de l’Europe ils sont en deçà des frontières barbelées, dans l’espace Schengen de libre circulation des marchandises et des travailleurs déplacés, on ne peut pas les “renvoyer chez eux”. Ils ne sont pas comparables aux gens de la rue par choix ou par accident, les « sans domicile fixe » isolés, ils se regroupent par villages, reconstituent une communauté culturelle et linguistique.

Pourquoi sont-ils là ?

Parce que leurs poubelles roumaines sont vides quand nos poubelles françaises sont pleines, ici ils peuvent survivre en travaillant dur. C’est certain, ils ne repartiront pas. La réalité des roms des pays de l’Est est complexe, la moitié d’entre eux se sont intégré pendant la période stalinienne où ils étaient considérés comme des citoyens à part entière -comme l’étaient les juifs d’Europe entre les deux guerres mondiales- quasiment « invisibles » jusqu’à ce que l’Etat français de nouveau les identifient. Les Roms intégrés n’ont aucune envie d’être de nouveau identifiés ou recensés. Une autre partie vit isolée dans des villages ghettos dont ils ne sortent quasiment plus. Entre les deux extrêmes les plus aventureux « tentent leur chance », avec toutes les motivations imaginables. Leur immigration est récente, elle est l’un des effets des lois européennes, mouton noir des xénophobes et des racistes.

Une intégration difficile

Barrière de la langue, barrière de la culture, l’intégration se fait peu à peu pour une part d’entre eux, aidés et soutenus par nombre d’associations humanitaires. Les associations sont nombreuses mais pas les militants, la tâche est complexe et difficile. Elle passe d’abord et avant tout par la scolarisation des enfants, avec toutes les difficultés de vivre en bidonville insalubre, sans eau ni toilettes, ni électricité, avec des parents non francophones, souvent analphabètes.

Invasion

La population rom est peu nombreuse, quelque milliers de personnes, il serait aisé de faciliter leur intégration. Mais leur expulsion est un message politique fort, elle est ce qu’attend la population. Dans les quartiers Nord de Marseille des habitants des HLM ont eux même chassé les roms d’un terrain trop proche de chez eux à leur goût et brûlé leurs cabanes et autres caravanes, ils auraient attiré la police et les ennuis. On sait que le dernier arrivé ferme toujours la porte derrière lui et refoule les nouveaux arrivants, l’extrême droite recrute largement dans les « minorité visibles » qui lui servent de caution.

Faire de leur vie un enfer

Les roms vivent de récupération et de ferraillage, ils produisent un fort volume de déchets incompressibles. Ils vivent dans des friches abandonnées. Il suffirait de leur fournir de l’eau, de l’électricité et des sanitaires pour une vie décente, d’installer des containers et de les vider régulièrement.
Cela a un coût, mais bien moindre que le nettoyage des immondices accumulés au fil des mois et celui des expulsions à répétition.
Mais on ne parle là que de coût financier, quand ils s’agit d’humains. Rappelons nous ici l’humour d’un élu d’extrême droite qui proposait de les faire payer avec leurs dents en or. « Je plaisantais bien sûr » affirmait-il.
A l’inverse, il suffit de laisser le camp devenir une décharge à ciel ouvert et d’attendre les vacances scolaires pour les jeter à la rue, les enseignants n’aiment pas qu’on maltraite leurs écoliers, les juges eux même sont parfois plus sensibles aux droits humains qu’à ceux de la propriété d’un terrain municipal abandonné. Rien n’est simple. 

Comme on le sait, la rue est moins insalubre qu’un squat

 

Sans violence

La procédure est simple : on leur fait savoir par le truchement des associations que l’expulsion aura lieu à telle date. Pour éviter les violences policières, l’humiliation et le traumatisme -il y avait deux cent personnes à Bougainville dont cent enfants- quand ils savent que c’est inévitable, les roms partent la veille. Ils tentent alors de rejoindre un autre lieu abandonné dont on les chasse aussitôt, puis un autre et encore un autre, jusqu’à ce que les forces de l’ordre se fatiguent, même les fonctionnaires de police ont des limites. Pas les roms qui sont en situation de survie. Peut-être faudra-t-il « uberiser » la police comme les autobus ?
Parfois Monsieur le Préfet “à l’Egalité des Chances” joue encore plus fin : il annonce une expulsions de squat, et quand tout les humanitaires sont « fixés » devant, il en expulse un autre sans préavis ni solutions de relogement, avant la fin de l’année scolaire. La chasse aux roms est une bonne politique de communication, le Maire Front National était invité à la fête, lui.


Il suffirait de considérer que des êtres humains peuvent être légitimement traités comme des animaux nuisibles pour trouver que « tout est pour le mieux dans le meilleur des monde possible ». Ce n’est pas la position de la Fondation Abbé Pierre, ni du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, ni de Médecins sans frontières, ni de la Ligue des Droits de l’Homme, ni des comités rom de Marseille Aix Gardane Aubagne ou Martigues, ni de Rencontres Tziganes, ils étaient tous là au matin devant le bidonville abandonné, ni de l’Ecole au Présent, ni même de quelques citoyens avertis de ce pays qu’on dit encore des Droits de l’Homme. Ce sont des citoyens européens, on ne peut pas les renvoyer chez eux, juste faire de leur vie un enfer.

Qui peut regarder en face ces visages d’enfant, ces gestes de tendresse et de réconfort dans l’adversité sans frémir de les savoir encore et encore rejetés à la rue ?

 

Jean Barak

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