Le temps des assassins

24/11/15 par  |  publié dans : Société | Tags : , ,

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Le temps des larmes

 

Il y a eu le temps de la stupeur puis le temps des larmes. Le temps pour comprendre devra advenir. Mais il nous faut mobiliser la totalité de nos moyens d’analyse -et largement au delà- pour concevoir l’inconcevable, pour tenter de penser l’impensable. L’impensable ne l’est pas en soi et pour soi, il l’est pour un individu ordinaire qui s’est -bon gré mal gré- civilisé, qui a refoulé comme il a pu ses pulsions primitives.

Attaquée de tous côté notre raison a vacillé. Comment comprendre si ce n’est en explorant tous les angles et tenter une synthèse, en tournant autour du sujet comme pour une photographie? La bonne image est-elle de face? De côté? Mais lequel? De trois quart? De dos? A contre jour? Dans la lumière? Lumière zénithale? Du matin? Du soir? Sous un ciel bleu? Nuageux? A l’ombre? Avec un flash pour supprimer les ombres ou en jouant avec les contrastes? Un champ net en « hyper focale » ou un flou artistique en arrière plan? Quelle ouverture? Quelle vitesse? Quelle sensibilité? En automatique ou en manuel? Même ce qui semble aller de soi comme appuyer sur un bouton est complexe.

Murs Buenos Aires 011

Les années de sang

Le ciel nous est tombé sur la tête, comme il est tombé dix ans durant sur celle des algériens, mais c’était loin. L’Afrique était loin, le moyen orient était loin. Israël et la Palestine était loin. Même l’Espagne ou la Belgique c’était loin. Accrochés à nos postes ou à nos écrans, nous pensons le dos au mur. En plus du ciel sur la tête, le dos au mur ça fait beaucoup. Tout les spécialistes de toute les réponses, tous les politiques de tous les bords nous expliquent ce qu’on doit refuser ou accepter, ce qu’on doit faire et ne pas faire, ce qu’on doit comprendre et ce qu’on doit penser. Moins on pense par soi même, plus le « prêt à penser » est pratique, il coule à flot cathodique.

Quelle est l’analyse pertinente: Sociale? Sociologique? Politique? Militaire? Religieuse? Philosophique? Marxiste? Bergsonienne? Psychologique avec la petite boite à outils? Psychanalytique? Lesquelles sont complémentaires? Lesquelles incompatibles?

Sociologie des laissés pour compte

Relisons « Chien Blanc » de Romain Gary. Les enfants de l’immigration sont poches vides face à la « société de provocation », comme l’étaient les enfants de l’esclavage. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les gosses des cités sont en crise: certains -nombreux- avaient approuvé avec enthousiasme les assassinats de Charlie Hebdo et de l’hyper casher: éradication des blasphémateurs et des infidèles. Maintenant ils ont peur, tout le monde est visé, donc eux aussi. Tous les enfants de l’immigration ne sont ni des trafiquants de drogue, ni des terroristes en puissance, mais les cités sont des poudrières et un terrain de chasse pour tous les réseaux criminels.

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Anecdote

« M’sieur! Les flics nous rackettent, ils nous prennent tout! Qu’ils prennent leur part d’accord, c’est normal, mais ils nous laissent rien! C’est pas normal M’sieur! » Les enseignants de ce collège marseillais riaient: quelle imagination! Un jour la police des polices a gaulé la police, c’était vrai. Ca fait désordre: des flics de Marseille Lyon ou Paris en croquaient sans retenue, mais tous les flics ne peuvent pas être ripoux.

Le clergé du Vatican organisait des ballets bleus, le pape nouveau les a dénoncés, l’église anglicane a créé un fond d’indemnisation des victimes des pasteurs pédophiles tant elles étaient nombreuses, mais tous les religieux ne peuvent pas être pédophiles. Des religieuse irlandaises tuaient les enfants de leurs pensionnaires à la naissance, mais toutes les religieuses ne sont pas infanticides. Mengele torturait des êtres humains, des médecins argentins assistaient les tortionnaires, mais tous les médecins ne peuvent pas être des assassins ou leurs complices. Les violeurs de l’O.N.U. étaient des soldats français chargé de protéger leurs victimes, mais tous les militaires ne peuvent pas être des viandards.

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La guerre, avant, après

Bien entendu il en faut, mais qu’on pardonne aux enfants de l’après guerre d’avoir de la mémoire, un policier c’est en creux la promesse d’une rafle du Vel d’hiv sans bavure, un Gendarme, la garantie que les camps de transit -les antichambres d’Auschwitz- seront bien gardés. Des gens qui obéissent aux ordres « perende ad cadaver ». Le risque d’un état d’urgence qui dure trop, c’est qu’on s’habitue à courber l’échine, à rester confiné, à obéir aux ordres et eux à les donner. Un pouvoir sans contrepouvoir.

Pour rester au pouvoir, le gouvernement « socialiste » prend le risque de préparer les conditions d’une dictature pour un parti d’extrême droite. « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux » aurait dit en substance Benjamin Franklin en parlant de tout autre chose. La citation erronée et hors contexte prend aujourd’hui tout son sens dans son détournement même.

Théâtre

d’où vient cette impression obsédante d’assister à un théâtre de marionnettes dans la ronde médiatique indécente des hommes politiques?

Les six députés « décalés » qui n’ont pas voté la loi d’exception sont ils irresponsables ou les seuls lucides?

Quatre vingt (80) parlementaires seulement (de gauche, en l’absence des communistes déjà dans la tourmente) sur 649 ont refusé d’accorder les pleins pouvoirs à Pétain. 569 ont voté pour, dont 286 « de gauche » et 283 de droite. Depuis l’histoire a tranché. Si ce gouvernement socialistes mène une politique de droite, pas la pire au demeurant, il est vrai que François Hollande n’a rien à voir avec Pétain, et Manuel Vals n’est pas Franco, malgré ses postures de « mata moros ». Mais quel héritage vont-ils laisser?

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Deuil

La menace terroriste n’est pas un fantasme. Autour des victimes des milliers de vies ont basculé, les mesures prises devaient l’être, les tueurs ne pointent pas au commissariat et se déplacent vite, librement. Mais pour l’heure, les citoyens de France sont privés de grandes manifestations de deuil comme en janvier, pour trois mois. C’est beaucoup. Est-ce par précaution ou par calcul électoral? Les belges sont-ils devenus paranoïaque ou prudents?

Il faudra bien renoncer au monde merveilleux des bisounours: des fauves sont lâchés, le phénomène est viral. N’importe qui peut se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

La guerre sainte est maintenant à la portée du premier crétin « décomplexé » venu: le sentiment de toute puissance n’a que faire de la réalité.

A Marseille un délinquant en sursis passe en voiture devant des policiers. Il crie « Allah akbar » et mime l’égorgement. Qu’il ait été coursé, rattrapé, jugé en comparution immédiate et emprisonné pour un an ferme ne servira pas de leçon à tous les abrutis qui se croient tout puissants. Ils ne le sont pas, mais ils ne le savent pas.

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Histoire juive

Un juif dit à un autre « Hitler veut tuer tous les juifs et tous les coiffeurs ». L’autre s’étonne; « A bon? Les juifs je comprend, mais pourquoi les coiffeurs? ».

Ça arrive bien tard: enfin, les musulmans de France et leur autorité pusillanime osent condamner le crime: les victimes ne sont plus seulement des journalistes et des juifs, des victimes coupables. Il n’y a plus que des victimes innocentes.

Profil

Le profil du criminel est-il toujours: « origine étrangère, échec scolaire, milieu socialement et culturellement défavorisé »?

Milosevic était fils d’un prêtre et d’une enseignante, Docteur en Droit, Président élu et criminel de guerre. ( Guerre en ex Yougoslavie, 300 000 morts, 4 millions de déplacés).

Les criminels de la guerre de 14/18 n’ont jamais été jugés, ceux de part et d’autre qui envoyaient des vagues entières de jeunes hommes au massacre: c’était des généraux.

Le Docteur Petiot était issu d’un milieu petit bourgeois, maire, conseiller général, tueur en série. Le style sublime du Docteur Detouche alias Céline procure toujours de délicieux frissons aux amoureux des belles lettres:

« Le juif doit disparaître! »  « Mille fois racisme! Racisme suprêmement! Désinfection! Nettoyage! », « intégralement; absolument! Inexorablement! Comme la stérilisation Pasteur parfaite! ». Pol Pot, enseignant de Français, études à Paris, fils de paysans aisés.

Hitler et Staline, match nul, ils n’étaient pas tout seuls. Les patrons américains de l’usine de Bhopal (25 000 morts 300 000 malades) ont des chemises blanches, mais ça n’a rien à voir. La liste est bien plus longue, ce n’est qu’un petit aperçu.

Combien de Schindler? Combien de Jean Moulin?

Combien de Schweitzer pour combien de Mengele?

Combien de Docteur Petiot pour combien de Schwartzenberg?

Y a-t-il des statistiques?

 

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Il n’y a pas de profil du criminel. Qu’on analyse tous les facteurs, qu’on prenne en compte toutes les variables, on retombera sur un seul invariant: la pure jouissance de nuire. Le basculement du quidam « décomplexé », vous ou moi, sauvageon, militaire, médecin, industriel ou Docteur en Droit. Romain Gary le résumait dans sa formule lapidaire: « l’humain c’est très inhumain ».

Tout le reste n’est que contexte, opportunité, circonstances, atténuantes ou aggravante, moyens. Petit pouvoir, petit crime, grand pouvoir, génocide. C’est la question du libre arbitre et de l’éthique: au moment du choix, face à une personne en détresse, on peut porter assistance ou nuire et en jouir. Aider demande un effort permanent, nuire est la jouissance suprême, elle est de surcroît inépuisable.

Rendu là on n’est arrivé nulle part, il faut tout reprendre inlassablement dans son intégralité. Cent fois, mille fois. Changer d’angle, croiser toutes les analyses.

Et continuer de vivre.

Découragement 08_11_210

Bien présomptueux celui qui croit connaître les réponses, aujourd’hui, si nous avons des questions, c’est déjà un début.

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1 commentaire

    sandrine f  | 29/11/15 à 10:01

  • merci

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