Un Festival Rom, Latcho Divano, et un chemin de croix

12/04/17 par  |  publié dans : A la une, Festival, Société | Tags : , , , , , , ,

 

Ce samedi 8 avril le Festival Lacho Divano s’achevait à Friche de la Belle de Mai avec une rencontre entre le public marseillais, des Roms de Marseille et des musiciens Roms de Transylvanie, le Nadara Gypsy Band fondé par Alexandra Baujard et le violoniste Tocila.

Ghita Iorga fondateur de la fanfare Vagabontu les rejoignait avec son nouveau groupe de tziganes marseillais, pour un concert exceptionnel. Les fanfares Rom des mariages et des enterrements sont réputées faire danser même les morts!

 

 

Une boutique improvisée exposait les vanneries que les vanniers réalisaient sur place, devant vous. Vous pouviez  rencontrer des membres actifs du CCFD, Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, des militants de la Ligue des Droits de l’homme, de Rencontres Tziganes, de Médecins du Monde, et des “collectifs Rom” de la Région.

Ces moments heureux de rencontre et de partages, avec buffet de spécialités rom et musique endiablée font chaud au cœur. Il y a à Marseille des tziganes qui vivent de leur art et qui nous enrichissent de leur différence, eux qui n’avaient pourtant pas “vocation à s’intégrer”, mais comme ils ne le savaient pas, ils l’ont fait.

 

 

Ce lundi, changement radical d’ambiance, elle était à l’inquiétude et à l’angoisse. Un “camp” de Roms devait être démantelé et un squat évacué, près du marché aux puces.  Les associations ayant averti les autorités qu’ils se réuniraient devant le squat du Capitaine Gèze pour une conférence de presse, Monsieur le préfet leur a assuré que l’expulsion avait été reportée sine die. L’occasion était trop belle: tous les militants des droits de l’homme et journalistes étant devant le squat, les forces de l’ordre ont pu détruire en toute tranquillité et sans préavis le petit bidonville de la Rose et jeter ses habitants dans la rue. (Parfois on leur propose de les loger une semaine à l’hôtel avant le retour à la rue, ce qui coûte cher et ne règle rien: ils ne peuvent ni cuisiner ni récupérer des objets de rebut pour les vendre, ni ferrailler, ce qui est l’essentiel de leurs revenus).

En l’absence de Monsieur le Préfet “à l’égalité des chances” (sic) qui a signé l’arrêté d’expulsion,  le Maire Front National  qui était manifestement dans la confidence pavoisait au milieu des policiers.
Autant dire que c’est la rage au cœur que les associations  ont affirmé haut et fort: “devant la brutalité des décisions nous irons si il le faut au conflit, pour rouvrir le dialogue”. (Aide à Toute Détresse quart monde, CIMADE Marseille, MRAP 13, Fondation Abbé Pierre, CCFD, Secours Populaire, collectifs Rom d’Aix Gardanne Martigues et Aubagne, L’école au présent, Ligue des Droits de l’Homme, Médecins du monde, Rencontres Tziganes, Syndicat de la Magistrature, Syndicat des Avocats de France…)

 

Ce mercredi, un autre squat près de la gare Saint Charles a été “évacué”.

Cela mérite une explication: les bidonvilles sont par définition insalubres, de même que les squats un peu plus confortables, mais ils n’ont souvent ni eau ni toilettes.

 

 

La santé et la sécurité y sont particulièrement précaires, ce qui justifie qu’on les ferme. C’est donc au nom de la sécurité et de la santé de cette population en situation d’extrême précarité qu’on les jette à la rue sans aucune solution de relogement. La plupart des enfants sont scolarisés, on sait que les enseignants s’y attachent, certains d’entre eux sont en difficulté, d’autres se montrent brillants, il était donc logique de les jeter à la rue pendant les vacances scolaires, ça limite les protestations des “humanitaristes”, vocable injurieux dont on qualifie les associations humanitaires comme tous ceux qui défendent les droits à l’instruction, à la santé, au logement, au respect de la personne humaine, etc….

 

 

Si vous n’êtes pas convaincu de la validité et de l’efficacité de cette politique les statistiques sont formelles: en faisant de leur vie un enfer, l’Etat français et ses représentants ont permis de ramener la population Rom dans la Métropole marseillaise de 1500 à 800, encore un effort et la question Rom sera en bonne voie de solution. Pour autant qu’il soit légitime de traiter des êtres humains comme des animaux nuisibles.

 

Le chemins des Roms n’a pas fini d’être un chemin de croix.

Jean Barak

 

 

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1 commentaire

    Delahousse  | 15/05/17 à 12 h 47 min

  • Il faut rendre justice aux pouvoirs publics : la réduction de 1500 à 800 du nombre de personnes contraintes à se loger en squatt ou en bidonvilles est pour beaucoup due à l’accession de familles à des logements réguliers. Les associations déplorent que ce relogement, imposé par la législation, ne se fasse qu’au compte goutte. Demander à l’association Rencontres Tsiganes pour avoir les chiffres exacts.

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