Trumpingite fulminante

21/02/17 par  |  publié dans : A la une, Carnets, Société | Tags : ,

Étude épidémiologique.

A quoi ça sert la culture ? A rien, rien de matériel en tout cas, seulement à être. Être pensant, être ensemble, être éveillé. Elle est notre mémoire vive et le lieu fragile où l’éthique s’élabore et se transmet. Quand elle s’absente ou quand il l’abandonne, voire quand il n’y a jamais eu accès, l’homme est ou redevient le pire des primates, celui dont la capacité de nuire est illimitée. Sans la fine couche de vernis qu’est la civilisation qui s’actualise dans la culture, l’homme est un psychopathe : son caprice est sa loi, il l’impose à tous. La décomplexion est la nouvelle mode, une forme de sociopathie virale contagieuse.

Après les États Unis d’Amérique, l’Europe en général et la France en particulier sont menacés par une nouvelle vague épidémique de populisme. Du fait de sa forme de propagation la plus récente outre Atlantique, imprévisible et totalement imprévue, les scientifiques l’ont appelée trumpingite fulminante. Comme la méningite sur un campus, elle peut-être foudroyante. Il y a eu des précédents dans l’histoire récente comme les berlusconneries italiennes, mais elles prêtaient plus à rire, ce n’était pas la première puissance du monde.

Vaccin

Ce n’est pas un phénomène nouveau, les virus s’adaptent. A peine a-t-on ajusté le vaccin de la grippe que le virus a muté, vous êtes protégés de ce qui est déjà passé mais pas de ce qui va arriver. Dans la guerre contre la grippe l’institut Pasteur construit des lignes Maginot contre des armées qui passent par la Belgique. Quand les organismes mondiaux de veille sanitaire construisent des murs, les prions prennent l’autoroute dans des bétaillères pour vaches folles et des camions frigos, la grippe aviaire vole au dessus avec les canards sauvages. Et même si on les canarde, d’autres encore prennent le bateau comme le moustique tigre qui voyage paisiblement dans le monde entiers et dans les vieux pneumatiques qui vont se faire rechaper moins cher ailleurs, couveuses idéales pour les œufs et les larves de cet insecte sympathique si appétant de l’humain. Certains virus affectent le corps, d’autres l’esprit.
On sait que la grippe espagnole -pardon à nos ibères voisins qui n’y sont pour rien- a fait autant de morts que la première guerre mondiale. Elles ont en réalité agi de conserve et en bonne intelligence, pour autant que ce soit le terme adapté : la grippe tue de préférence les vieux, les affamés, les carencés, les enfants, les nouveaux nés. Les facteurs propitiatoires se combinent.

Le rempart de la culture

« Quand j’entends parler de culture, je sors mon révolver », célèbre proverbe saxon.
Berthold Brecht demandait humblement « Vous qui viendrez après nous, pensez à nous avec indulgence ». Lucide, il savait pourquoi. Nombre d’entre nous ont fait de leur mieux avec son héritage, nous avons vu et revu ses pièces, les plus courageux les ont montées et les montent encore, comme « Les fusils de la mère Carrar » cet été en Avignon. Leur actualité est plus que jamais bouleversante, comme les pièces de Shakespeare, d’André Benedetto ou de Dario Fo. Depuis plus de soixante et dix ans le public, les saltimbanques, tous les acteurs de la culture ont élevé des digues de sacs de sables contre la barbarie. Comment eussions nous pu imaginer qu’elle préparât des tsunamis ? La culture, combien de divisions ? Ça ne suffira peut-être pas, mais ils est devenu plus qu’urgent, quand nous entendons parler de revolver, de sortir notre culture.

De l’histoire

Nos parents et grand parents ont cru si fort aux lendemains qui chantent qu’ils ont fait jusqu’à l’éloge du mensonge, c’est là que nous avons refusé de les suivre. A « Il vaut mieux nous tromper ensemble qu’avoir raison tout seul » nous avons opposé « Plutôt avoir raison tout seul que nous tromper ensemble ». Nous l’avons payé du prix de la solitude et avons rêvé de sujets et de libre arbitre. Nous nous sommes cru au centre de l’histoire, comme si nous avions prise sur elle, alors que nous n’étions comme toujours qu’au centre de la notre, c’est déjà ça. L’histoire s’en fout, elle trumpette de Géricault autour de la démocratie, elle la prend d’assaut avec les pieds bottés et la viole. Rien ne laisse présager que ça lui fera de beaux enfants, comme le virus Zica elle engendrera plutôt des acéphales. Dans les années 80 une plaisanterie circulait chez les communistes : « Nous avons vécu le temps des aigles royaux, l’âge venant ces dirigeants prestigieux se sont entouré de faucons, qui à leur tour se sont entouré de vrais. Là, on est à la génération des trisomiques ». Il semblait bien que les socialistes aient pris le même chemin, les mêmes causes produisant les mêmes effets, jusqu’à la surprise Hamon. Pourvu que ça dure.

Cassandre

Il n’est pas nécessaire de jouer les Cassandre, les bulletins d’informations suffisent à nous effondrer le moral. Les humoristes font ce qu’ils peuvent, mais ils n’arrivent plus eux même à rire de leurs bons ou mauvais mots, ils se forcent et ça se sent. Sophie Aram s’est effondrée en sanglots à la fin de sa chronique « humoristique » sur la Syrie. Ils n’osent plus rien dire tant ils ont peur qu’on les lise au premier degré, alors ils en font des tonnes dans le genre pornographe du phonographe. Ah ! Desproges ! Ah ! Coluche ! Revenez !
Les hommes politiques sont moins crédibles que jamais : ceux qui sont censés nous représenter -élus ou représentants autoproclamés- se sont lancé à corps perdu dans la grande compétition des egos, comme si ils avaient compris, l’âge venant, que c’était leur dernière chance. Certes pas d’être élus, ils ne peuvent tout de même pas être aussi stupides ou aveugles, mais comment ne pas saisir la dernière occasion d’exhiber son nez rouge de clown au lyrisme de quatre sous sur la piste du grand cirque politique ? On entend dire ici ou là « Mélenchon n’est pas un imbécile, il passera au final un accord d’union des gauches ». On attend cette épiphanie qui tarde à venir, pour le moment il nous régale de bon mots, nous serons bientôt fixés. Depuis qu’on lui adresse toutes nos prières infiniment sincères, la seule excuse qu’on trouve à Dieu, c’est de ne pas exister. Mais si après les surprises de Sarkozy, Holland, Vals et les casseroles de Fillon un petit miracle avait lieu, alors champagne ! La gauche française est devenue fellinienne et le peuple de gauche le cocu de l’histoire.
Il nous reste l’espoir que le principe émis par Karl Marx soit encore d’actualité: « L’histoire se répète toujours, la première fois c’est une tragédie, la seconde fois c’est une farce ». Hâtons nous d’en rire : nous pourrions bien en être les dindons.
Certes, les lignes bougent si vite que les sondeurs y perdent leurs sens de la statistique finement pondérée, les récidivistes mordent la poussière, ça ne nous fera pas pleurer, mais Trump, oui. Et ce n’est que le début du retour du balancier de l’histoire.

Comment va le monde ?

Nos amis américains sont des gens étranges : après avoir installé des dictatures dans toute l’Amérique latine, elles ont tenu plus de cinquante ans, massacré les vietnamiens les laotiens et les cambodgiens, pour changer ils ont assassiné des dictateurs au moyen Orient, plongeant les peuples dans le chaos absolu des guerres tribales et des crétins de Dieu. Après qu’ils leur aient apporté la démocratie des baïonnette, toutes les milices et chiens de guerre pillent, tuent, violent, massacrent, dans des villes anéantie sous un tapis de bombes russes ou syriennes. Toute une humanité est dévastée, sans nourriture, sans eau, abandonnée de tous, l’ONU se pince le nez et tergiverse, paralysée par les veto des criminels. Par milliers les désespérés se noient dans la Méditerranée, ou escaladent les barbelés hérissés de lames de rasoir qui protègent l’Europe. A Cuba qu’ils n’ont pu réduire, ce n’est pas du tout une démocratie, le parti unique n’apporte qu’autoritarisme dans l’atmosphère confinée de la forteresse assiégée. Mais assiégée par qui ? Castro le chef de guerre romantique est devenu un autocrate, tous les cubains sont pauvres. Mais l’éducation et la santé sont gratuites, ils sont pauvres mais digne et fiers, ils font de la musique et ils dansent la salsa. Sous Batista, c’était comment ? Et à Haïti, c’est comment ? Et avec dix millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, en France, c’est comment? Ainsi vivent les hommes. Où est l’erreur ?

Ce monde est fou. Un peu partout des utopistes se lèvent, des pacifistes, des écologistes, des citoyens ordinaires qui s’organisent pour inventer un monde plus juste. Un éleveur de poules qu’on dit anarchiste aide des migrants en détresse à passer la frontière, c’est un délit, la justice juge et condamne. Un prof. d’université fair de même, il est relaxé. Cent cinquante mille personnes manifestent à Barcelone pour que l’Espagne accueille les migrants. L’utopie, combien de divisions ?
Que pourrait se demander l’ours blanc sur son glaçon qui dérive, si il avait la parole ?
Heureusement pour lui, il ne l’a pas. Il meurt sans faire d’histoires, lui.

Et nous, que dire ?

Encore et encore, carpe diem !

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