Une étoile est née (ou presque)

02/07/12 par  |  publié dans : Carnets, Société | Tags :

Hollywood, fin des années 80.

Debbie Newton était en retard comme d’habitude, elle s’était bricolée une excuse de sonnerie de réveil, mais la faute revenait en réalité à son sommeil profond alcoolisé de la veille. Encore un casting aujourd’hui, un de plus, elle avait cessé de les compter depuis son arrivée de son Kansas natal, un début d’aventure foireuse datant de trois ans. Son fantasme de gloire de pin-up du grand écran pour seul bagage dans sa valise en carton, avait filé aussi vite que les bouteilles de whisky s’étaient entassées dans l’appartement insalubre où elle logeait depuis son arrivée à la ville des anges. Debbie croyait devenir une Meryl Streep, elle avait vite déchanté. Un job de figurante dans des réclames pour Corn Flakes était jusqu’ici sa plus grande performance, et son plus important cachet.

Mais ce matin là, Debbie, tout en buvant un café froid pour oublier sa gueule enfarinée, sentait au fond d’elle, hormis son foie et son estomac qui jouaient aux fléchettes, que ça y’est : elle aurait le rôle de sa vie. Elle en pariait presque son check up de l’année chez son toubib binoclard. Ce qui ne l’empêcha pas de sortir son colt pour jouer à la roulette russe le temps de faire griller des toast. Manque de bol pour elle, Debbie ne perdit pas la vie et se dépêcha de se préparer pour ressembler à quelque chose – du moins le minimum syndical pour ne pas effrayer la production qui allait découvrir sa majestueuse silhouette et son sourire vertigineux.

L’heure tournait dangereusement

Debbie Newton avait raté le bus pour Sunset Boulevard, lieu du rendez-vous fatidique, et début de son ascension fan-ta-stique ! En attendant, elle subissait une légère pointe de stress. Ce fut seulement au bout du second paquet de Marlboro Light qu’elle se décida à entamer un sprint, une course effrénée au son de ses nombreuses quintes de toux, comme si Carl Lewis battait le bitume dans le genre ralenti à la Steve Austin tout en imitant le tchou-tchou caverneux d’une locomotive en fin de parcours. Selma Avenue, point de départ pour atteindre l’immeuble du 200 du Sunset Boulevard, une éternité en somme quand on doit slalomer entre la foule humaine agglutinée au macadam et les automobiles, sans oublier les divers arrêts dûs au besoin de reprendre le souffle vital. Une grande inhalation de pot d’échappement et le footing matinal repartait de plus belle. Puff Puff, Debbie arriva enfin au bout de son périple physique, tout en se liquéfiant elle glissa dans le couloir principal du bâtiment.

Dans pas longtemps, l’instant fatidique.

Debbie Newton avait été introduite dans une pièce sombre par une femme sans âge et peu sympathique qui portait en plein été un pull en mohair. Depuis son entrée dans l’édifice elle attendait assise sur une chaise l’heureux évènement de montrer à la terre entière les multiples facettes de son talent. La première chose qui l’intrigua quand elle pénétra dans la salle où elle se trouvait à présent, fut qu’il n’y avait personne d’autre qu’elle, et une mouche qui devait apprécier la transpiration dégoulinant encore de sa permanente ébouriffée par la course.

Étrange : soudain, la porte qui se trouvait au bout de l’espace dans lequel se perdait au milieu de la pénombre le fauteuil branlant de Debbie, s’ouvrit et une luminosité aveuglante, qu’après coup elle qualifia de Divine, inonda l’endroit .

Ça y est, il était venu le temps pour Miss Newton, perle encore inconnue du fin fond du Kansas, de sortir son Joker de sa manche et gagner la partie. Elle avança souverainement vers sa destinée.

Voici l’unique occasion de voir sur cette vidéo d’archive la performance magique d’actrice de Debbie Newton, on apprit par la suite qu’elle gagna sa croûte en doublant des films à tendance pornographique péruvien sans Lama mais avec des acteurs portant des Chullos.

Ce récit est une œuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé et qui sont peut être décédées depuis ne saurait être que fortuite.

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