VBIFL : Dis papa, comment on fait les bébés ?

08/12/11 par  |  publié dans : Carnets, Voyages | Tags : ,

« – The baby woke me up twice last night ?
– Courtney ?
– No Molly’s fake baby. »

Le nouveau cours qui fait presque fureur au lycée ? Le cours de parenting. Les élèves y apprennent les rudiments des soins et attentions requis par les enfants, et l’examen final consiste à s’occuper pendant trois jours d’une poupée. Non pas Barbie. Celle-ci est programmée pour pleurer régulièrement – si ce n’est (trop) souvent – et réagir aux interactions qu’elle a avec l’élève (retirez lui le biberon avant qu’elle soit rassasiée et hop, elle re-pleure un coup). A la clé ? Une note qui compte autant que celle obtenue en math ou en histoire. Et oui, l’école ça sert aussi à ça.

Mon premier réflexe a été de me dire que c’était une idiotie locale de plus. Les américains sont connus pour avoir des lycéens assez loin d’être futés, leurs cours d’anglais consistant à lister des mots avec leur définition, les cours d’histoire-géo se limitant généralement à l’étude de leur seul pays. L’école, en résumant ma modeste pensée, ne doit pas servir à apprendre à changer des couches mais à apprendre à réfléchir par soi-même. Et puis j’ai regardé autour de moi. Innombrables sont ces jeunes parents qui ont moins de 20 ans et ne poursuivent pas – pour cette raison – d’études supérieures (même dans les universités « publiques » donc abordables*). Alors que dans les états du sud, et c’est ça le plus drôle, les filles – comme les garçons – sont élevés avec le sacro-saint précepte de ne pas avoir de relations sexuelles avant le mariage. Aucun des parents sus-mentionnés ne sont mariés. Les tenants de cette ligne de conduite sont aussi ceux qui empêchent les cours d’éducation sexuelle au lycée, et ainsi l’explication de la contraception à tous ces jeunes – sans y palier eux-mêmes, cela va de soi. Ceci doit certainement expliquer. Les deux objectifs du cour de parenting m’apparaissent alors plus clairement. L’objectif avoué : un certain nombre d’élèves seront un jour parents, il semble bon de leur expliquer qu’un bébé n’est pas un ballon et qu’on ne peut pas le laisser pleurer indéfiniment dans un placard. L’objectif caché : littéralement les dégoûter d’avoir un bébé (pour l’instant) et donc les inciter à ne pas procréer (pour l’instant).

L’école s’adapte et fait avec les moyens du bord, c’est à souligner et à saluer. Mais c’est aussi véritablement dommage : la contraception ne peut se résumer à démontrer à un adolescent qu’un bébé ça pleure la nuit et c’est casse-pieds, surtout qu’en trois peut-on réellement se rendre compte de la responsabilité que représente un enfant ? Et puis accessoirement … l’éducation sexuelle ne concerne pas que la contraception. Sans être sérophobe, cette jeune fille là refuse l’idée de partager la bouteille d’une personne séropositive, parce qu’elle est persuadée qu’elle sera à son tour contaminée, de cette manière. Et celle là se demande si elle risque quelque chose en allant se faire couper les cheveux chez un coiffeur séropositif…

Molly a rendu son bébé, elle aura une bonne note, n’aura pas de relations sexuelles le soir du prom et cette nuit, dans la chambre adjacente, je dormirai d’une traite.

* Dont les frais d’inscription se limitent donc à peu près à 5.000 petits dollars

Illustrations © PA

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