VBIFL : J’ai une question

29/12/11 par  |  publié dans : Carnets, Voyages | Tags : ,


A chaque « passage » dans le coin, ma valise rentre plus gonflée que jamais. Des sucreries aux couleurs improbables, des fringues, des mugs, des legal-pads jaunes lignés pour prendre des notes comme dans les séries, etc. 23 kilos, au bas mot, à chaque fois. Et pourtant, rien n’a jamais réussi à détrôner LE souvenir que j’ai un jour rapatrié : ma Magic 8 Ball. Ma boule de billard n°8 à qui je peux poser les questions les plus existentielles qui m’habitent et qui indéfectiblement me répond et me guide. Va-t-il faire beau ? « Without a doubt». Dois-je rappeler mon rencard d’hier ? « My reply is no ». Vais-je terminer ma thèse? « Ask again later ». Vais-je arrêter ma thèse ? « Cannot predict now» (parce qu’en plus elle est sérieusement cohérente – ce qui prouve clairement que ce n’est pas une arnaque). Alors quand la Magic 8 Ball me dit qu’il semble hasardeux d’associer ces chaussures avec ce pantalon, je la suis les yeux fermés et en attrape une autre paire. Plus jamais une question ne reste sans réponse.

Bien que la Magic 8 Ball soit un véritable classique parmi les classiques, tout américain n’en possède pas une. Mais ce n’est pas grave, car ici, quand on n’a pas de Magic 8 Ball, et qu’on a des questions, on a toujours un accès à la télé. Un mal à la tête ? Cette pub m’explique très pédagogiquement que je souffre en vérité de migraines chroniques et qu’il est normal que je ne puisse rien faire de mes journées. Il suffit que je continue et que je prenne cette pilule. Le lait qui traine depuis un mois dans le frigo ne me réussi pas trop ? Pas d’inquiétude ! Dr Bidule – Oz, Phil, ou un nom monosyllabique comme ça – me démontre que le lait de vache c’est pas génial pour tout un tas de raisons que la page de publicité approchante ne permet pas de développer. Qu’à cela ne tienne, Wal-Mart vend aussi du lait de soja. Je ne sais pas comment mettre fin à mon couple ? Machine Truc le fera pour moi.

Bref, quand on ne sait pas quelque chose, que l’on se pose une question – ou non en fait – pas la peine de chercher la réponse bien loin : elle est là, à portée de main. Et pendant 10 minutes toutes les 10 minutes (non je n’exagère pas : trois coupures publicitaires pour un épisode de Friends, des fois qu’en 20 minutes j’ai envie de boire / manger / aller au toilettes / fumer une clope / téléphoner / envoyer des mails / râler parce qu’il y a trop de pubs).

La becquée informative devient une habitude, un style de vie. Elle sort de la pub et de la télé. Tout s’explique, se décrit, tout le temps, par tout le monde. Par exemple, quand on regarde un film, tous les spectateurs s’expliquent les uns aux autres – en cours de visionnage – ce qui se déroule à l’écran. « Oh la la, regarde, il ouvre la porte ! » Un élément de l’histoire est simplement suggéré ? Il sera clairement explicité à l’oral, surtout si des enfants – de 2 à 25 ans – visionnent. Il ne faudrait pas qu’ils loupent un élément possiblement fondamental pour la bonne compréhension de pourquoi le loup-garou devient copain avec le vampire. En fait, même plus besoin de poser les questions.

Illustration © PA

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