Une Adèle sans ailes

16/04/10 par  |  publié dans : Cinéma, Sorties | Tags :

Pour son nouveau film, Adèle Blanc-Sec, en salle depuis le 14 avril, Luc Besson s’attaque à une bande dessinée de Jacques Tardi. Un pari risqué, tant l’univers du dessinateur est particulier et riche, tant son héroïne, une feuilletoniste des années 1910, s’avère inclassable.

Décors et costumes très soignés, Luc Besson s’est creusé la tête pour recréer l’ambiance des quatre premiers volumes de la bande dessinée dont son film s’inspire. L’appartement de l’héroïne comme l’apparence des personnages, nombreux seconds rôles compris, sont particulièrement réussis. Malgré la présence au casting de momies et d’un ptérodactyle, les effets spéciaux s’utilisent à bon escient, et avec une certaine parcimonie – ce dont personne ne se plaindra en ces temps de débauche de 3D, d’autant que cela rend l’image plus fidèle à la BD.

Alors, où est le malaise ? Dans le scénario, d’abord. Adèle part à la recherche d’une momie égyptienne, alors qu’un ptérodactyle tout juste sorti de l’œuf sème la panique à Paris. Certes, adaptation rime avec réinterprétation, mais on frôle la trahison avec l’ajout d’une intrigue niaise – une sœur paralysée qu’Adèle veut guérir (sans commentaires). Luc Besson souhaite humaniser son personnage, mais perd de vue ce qui faisait son sel, et gomme ce côté revêche qui a séduit les amateurs de la bande dessinée. Les dialogues pêchent également : malgré l’effort accompli pour respecter l’original, la copie cinématographique ne peut s’empêcher d’ajouter une (trop) grosse dose d’humour, sans beaucoup de distance ni d’ironie. Quand l’humour de Tardi était plutôt caustique, le film fait dans le franchouillard.

Ces défauts sont par ailleurs synthétisés dans la prestation de Louise Bourgoin, au physique un peu trop moderne pour le personnage, d’autant qu’elle est entourée d’une galerie de « trognes ». Si elle réussit à trouver les bonnes attitudes physiques pour incarner Adèle Blanc-Sec, sa diction peu claire et relâchée et sa tendance à surjouer sur un mode comique souvent lourd desservent son personnage et le film. Pour le reste, les acteurs sont plutôt bons, avec une mention spéciale pour Jean-Paul Rouve, parfait. On notera les apparitions de Mathieu Amalric (méconnaissable en Dieuleveult, ennemi juré d’Adèle), trop rares pour emmener le film vers la noirceur d’origine. Car Luc Besson a complètement évacué le côté noir, fantastique, politique de la bande dessinée, ainsi que son flegme, au profit de l’aventure grand-guignolesque. Un choix auquel il n’arrive pour autant pas à se tenir, tant il hésite entre comédie, aventure et fantastique, tiraillant ses spectateurs en tous sens.

Résultat, l’imagerie de Tardi est bien respectée, mais sur le fond, le compte n’y est pas – ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les scènes les plus réussies sont celles directement inspirées de la bande dessinée. Les fans risquent d’être déçus, et les autres perdus.

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