Adieu au langage (3D) de Jean-Luc Godard – Sélection officielle #Cannes2014

24/05/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , , ,

adieu-au-langage-affiche-536a0cbd94d59Etre journaliste, c’est accepter d’être masochiste. On ne parle pas uniquement des horaires de folie et de la paye de misère pour une reconnaissance quasi ridicule. Non, on veut parler des œuvres que l’on doit voir/s’infliger pour faire notre boulot correctement. Et lors d’un Festival comme celui de Cannes, notre niveau de masochisme peut parfois exploser tous les plafonds au point de passer pour des tendances auto-destructrices.

Chaque Cannes à son film événement. Celui qui va faire parler la presse et les festivaliers pendant longtemps avant/pendant/après ces 15 jours. Celui qui va diviser. Celui qui va provoquer des “guerres” de clans. Cette année ne fait bien sûr pas exception avec le retour (après 13 ans d’absence) de Jean-Luc Godard. On aura hésité longuement avant d’aller le voir et maintenant que c’est chose faite, on se dit qu’on aurait mieux fait de continuer à hésiter. On est conscient qu’avec les lignes qui vont suivre, les puristes et admirateurs du maître de la Nouvelle Vague vont nous détester (d’autant qu’il y en a, dans la rédaction d’Envrak). Mais on sait aussi que ceux partageant notre avis existent et comprendront notre douleur.

Au vu des premiers plans 3D (car Godard se lance dans la 3D), on a presque envie de dire “Wahoouu” en pensant être devant un objet cinématographique non identifié mais potentiellement impressionnant. Et puis (très) rapidement, la souffrance s’installe. Nos yeux nous font mal, nos neurones souhaiteraient s’éteindre les uns après les autres, nos oreilles sont agressées et les 1h10 de ce film deviennent les 1h10 les plus longues de l’histoire du cinéma. Alors pour éviter de recevoir trop de cailloux ou d’insultes, on reconnaîtra tout de même une chose : Godard reste un inventeur de l’image cinématographique.

Une expérience désagréable

Il le prouve ici en étant le premier à créer un plan 3D en surimpression : il superpose deux plans en relief ce qui donne une image encore jamais vue jusqu’à ce jour. Le seul problème c’est qu’elle agresse notre rétine. Dommage tant la démarche est intéressante et donne une dimension et un niveau de lecture supplémentaire au plan. On s’arrête là pour le positif. Les successions de plans sonores et visuels d’Adieu au langage forment un objet d’une laideur qu’on ne pouvait pas imaginer même dans nos pires cauchemars de critique cinéma. C’est un égo trip que se paye Godard et on se demande sincèrement quelle genre de substance il faut ingérer pour faire ce film, et, pour le voir et le comprendre ensuite. On a de tout : Un chien (celui de Godard) comme fil conducteur qui devient le héros du “récit”, un homme qui chie devant sa femme nue, un couple dans un lit remettant une couette dans sa housse, des phrases se voulant des pseudo réflexions philosophiques et élitistes…

Alors oui, le film est une véritable expérience, mais de là à la considérer comme agréable, il ne faut pas abuser non plus. On est maso certes, mais on a nos limites. On se dit qu’on aurait peut-être dû demander un décodeur en plus des lunettes 3D, car il doit bien y avoir quelque chose à comprendre derrière ce capharnaüm. Certains parlent d’oeuvre testamentaire. Pas sûr que ce film là sera ce que les spectateurs veulent garder du cinéaste. En fait, on aurait dû s’en tenir à notre première impression : Eviter le Godard ! Que cette expérience soit l’erreur à ne plus réitérer dans l’avenir.

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