Alleluia de Fabrice du Welz – Quinzaine #Cannes2014

01/06/14 par  |  publié dans : Cinéma | Tags : , ,

ALLELUIA-AFF 120x160.inddLa Quinzaine des réalisateurs présente : le dernier long-métrage de Fabrice du Welz, après Calvaire (présenté en 2005 à la semaine de la critique) et Vinyan (2007).

On a mis du temps à se motiver pour écrire sur Alleluia. Il faut dire que sur Envrak, Fabrice du Welz est éminemment respecté par Sabrina – entre autre – dont on ne présente plus l’amour pour les films de genre alors qu’elle se passionne pour le cinéma d’auteur. Ça tombe bien : en France, les deux vont de pair. Pour Du Welz (certes belge), c’est aussi une évidence, lui qui s’engage sur de vrais sujets, fait de chacun de ses films une proposition cinématographique. Alleluia n’échappe pas à la règle : romance pathologique tournée en 16mm (avec ce grain un peu glauque qu’on trouvait déjà dans Calvaire), le film oscille – et c’est presque le problème – entre comédie, expérimentation et gore, tant dans le style que dans le ton, avec, toujours, ce don de l’image forte et de l’atmosphère oppressante.

Instinct de cruauté

Retour dans les Ardennes belges, retour à Laurent Lucas, pour le deuxième volet d’une trilogie autour de ce lieu, cet acteur, et l’amour fou, qui fascine Fabrice du Welz au plus haut point (et au plus insoutenable pour son public). Après Calvaire, il s’inspire du fait divers des Tueurs aux petites annonces (Raymond Fernandez et Martha Beck) et/ou du film les Tueurs de la lune de miel (de Kastle, 1970). Soit Alleluia, l’histoire de Gloria et Michel : la jalouse chronique et le gigolo arnaqueur. Lui, séduit les femmes pour leur extorquer un maximum d’argent. Elle, quitte tout pour le suivre (sa fille comprise), se faisant passer pour sa sœur, avant d’éliminer les conquêtes de son amant. A chaque maîtresse, un chapitre, et à chaque fois Gloria promet de ne pas les tuer. Michel, de son côté, essaye de ne pas les baiser, mais c’est aussi plus fort que lui. Sur ces points Lola Duenas et Laurent Lucas sont parfaits, tour à tour naïfs et possédés, manipulateurs et manipulés, l’un et l’autre empreints d’une sensibilité dans le regard et d’une froideur dans les yeux, ou l’inverse. Sous l’œil de Fabrice du Welz, leurs personnages maladifs apparaissent comme des animaux sauvages, faussement domestiqués, de ceux à qui on pardonne de jouer avec la souris pour ensuite l’éventrer – l’instinct que voulez-vous -, de ceux qui captivent par leur hypnotisante cruauté.

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Après le succès de son premier film, l’électrochoc qu’il fut pour la presse et l’audience, Fabrice du Welz peine toutefois à surprendre. Avec Alleluia, il dépoussière ses galons de cinéaste émérite (on ne l’avait pas vu depuis 2007 puisque son polar Colt 45 n’est pas sorti sur les écrans) tout en passant de petit génie à bon faiseur. La digne suite thématique qu’il offre à Calvaire – et à ses amateurs – provoque en effet plus de nostalgie que d’enthousiasme. On ne comprend pas qu’il ait laissé dans le scénario ces quelques répliques ultradidactiques (soit Laurent Lucas répétant à tout va qu’il a mal à la tête, tout en jouant le mal de tête, alors que son personnage est seul dans son appartement) ou qu’il se répète à ce point sans transformer ce matraquage en ressort comique assumé – le film s’y prêtait. Pourtant, ce n’est pas comme si Vinyan n’avait pas existé. Pour preuves, cette scène complètement décalée où Gloria chante – à sa première découpe – un amour fantasmé, celle où le couple danse autour d’un feu de camp, ou les rituels vaudous de Michel (sous-exploités). Un peu d’onirisme et une violence poétique, la crudité de Calvaire en plus (les scènes de sex-porn d’Alleluia évoquant étrangement la zoophilie de son ainé), le dernier long de Fabrice du Welz a beau être la somme des deux premiers (l’huile et l’eau ne se mélangeant que quand elles sont secouées), il lui manque le jusqu’au boutisme et l’ambition des précédents – qu’aurait donné Alleluia si Colt 45 avait été distribué, tel est la question. Aussi décevant qu’intéressant, option jouissive sans supplément, il reste loin du chef d’œuvre qu’on attendait enfin – on se permet de le dire, Sabrina rectifiera à la fin de l’année.

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